Guerre en Ukraine : comment vont se dérouler les exportations de céréales qui doivent reprendre "dès cette semaine" ?

Voilà quatre mois que 25 millions de tonnes de céréales attendent d'être exportées. Bonne nouvelle : les trois ports d'Ukraine d'où partiront les navires ont recommencé à fonctionner.

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Un homme stocke du blé dans un hangar à Odessa (Ukraine), le 18 juin 2022. (METIN AKTAS / ANADOLU AGENCY / AFP)

Après la signature, l'action. Une semaine après l'accord trouvé entre Kiev et Moscou sur la reprise des exportations de céréales, les premiers chargements devraient partir "dès cette semaine" sur les eaux de la mer Noire. "Nous nous attendons à ce que l'accord commence à fonctionner dans les prochains jours", a déclaré, lundi 25 juillet, Oleksandre Koubrakov, le ministre ukrainien des Infrastructures. Quelque 25 millions de tonnes de céréales, en particulier de blé, vont donc ainsi quitter les greniers et les silos. Franceinfo vous explique comment vont se dérouler les opérations.

Un centre de coordination basé à Istanbul

La Turquie, qui était à la manœuvre dans les négociations entre la Russie et l'Ukraine, a obtenu qu'un centre de coordination soit ouvert sur son sol. La structure, chargée du contrôle des opérations, a été inauguré mercredi 27 juillet à Istanbul. Installée au sein d'une académie militaire, elle est composée d'une vingtaine de membres : cinq représentants de la Russie, cinq de l'Ukraine, cinq de l'ONU et cinq de la Turquie.

Le Centre de coordination conjointe (ou CCC) a pour mission d'immatriculer les navires marchands qui participeront aux convois et d'assurer leur suivi via internet et par satellite. Il devra aussi et surtout les inspecter de fond en comble au départ et à l'arrivée d'Istanbul afin de garantir qu'ils ne transportent rien d'autre que des céréales. C'était une exigence de la Russie pour empêcher que les Ukrainiens utilisent les chargements pour importer des armes.

Ce contrôle sera effectué "par des équipes conjointes aux endroits appropriés" au moment du chargement dans les ports ukrainiens et à leur arrivée dans les ports turcs, précise le ministre turc de la Défense, Hulusi Akar. Mais sans "aucune présence militaire". En cas de nécessité, un déminage pourra avoir lieu. Il sera décidé et organisé "par les parties".

Des couloirs sécurisés mis en place en mer Noire

C'est une autre étape importante en vue de la reprise des exportations de céréales : Kiev a annoncé, mercredi 27 juillet, que les trois ports du pays d'où partiront les navires avaient recommencé à fonctionner. Ils ont "repris le travail", s'est félicitée la marine ukrainienne.

Dans le détail, il s'agit des ports d'Odessa, de Tchornomorsk et de Ioujny. Ils sont situés à quelques dizaines de kilomètres les uns des autres, dans le sud de l'Ukraine, face à la mer Noire. Kiev espère pouvoir accroître leur nombre à l'avenir. "Dans les deux prochaines semaines, nous serons techniquement prêts à effectuer des exportations de céréales depuis tous les ports ukrainiens", a promis le vice-ministre des Infrastructures, Iouri Vaskov.

Une carte situant les ports ukrainiens d'Odessa, de Tchornomorsk et de Ioujny. (FRANCEINFO)

Ces "couloirs sécurisés" sont mis en place pour une durée de 120 jours, soit quatre mois. Dans l'accord, Moscou et Kiev se sont engagés à "ne pas attaquer" les navires transportant des céréales pendant toute cette durée. L'ONU a précisé que des "pilotes ukrainiens" ouvriraient la voie aux cargos dans les eaux territoriales, après que les demandes russes de nettoyer la mer Noire des mines posées par les Ukrainiens pour protéger leurs côtes ont été rejetées.

Pour l'ancien amiral américain Fred Kenney, qui représentera les Nations unies, "la première fonction" de ce nouveau dispositif est de "garantir aux cargos une navigation sûre. Tout sera fait en ce sens." Concrètement, "la sortie et l'entrée des navires dans les ports maritimes se feront par la formation d'un convoi qui accompagnera le navire de tête", a précisé la marine ukrainienne, jeudi.

Des opérateurs ferroviaires prêts à accélérer les exportations

Il reste encore beaucoup à faire pour assurer la sécurité des convois de céréales. En effet, le tracé du "corridor humanitaire maritime" n'a pas encore été fixé. Quid aussi de la distance que les navires, avions ou drones militaires devront respecter ? Et il faut encore trouver des armateurs et des équipages volontaires. Pour ce faire, le ministère ukrainien des Infrastructures vient justement de lancer des appels d'offres publics "pour que des compagnies de transport ukrainiennes acheminent le blé des silos vers les infrastructures portuaires", écrit RFI

Cet appel est destiné aux armateurs et aux compagnies internationales afin qu'ils proposent leurs services pour faire venir des cargos vers l’Ukraine. "Ce jeudi, à Londres, les compagnies d’assurance maritimes ont commencé à se mettre d'accord sur des tarifs permettant de naviguer dans ces eaux troubles, continue la radio. Mais à ce stade, rien ne permet d’assurer que la Russie ne tirera pas sur des installations portuaires."

Avec l'aide des pays occidentaux, Kiev travaille donc sur d'autres voies d'exportation par le Danube, le rail ou la route, par exemple. En Allemagne, la compagnie ferroviaire Deutsche Bahn s'est déjà dite prête à accélérer les exportations via son réseau pour les acheminer vers des ports en Pologne, aux Pays-Bas ou en Allemagne. "Nous pouvons augmenter considérablement la capacité du système dans les semaines à venir, afin de parvenir à extraire le maximum [de céréales] d'Ukraine", a déclaré à la télévision allemande ZDF Sigrid Nikutta, la directrice de DB Cargo, la division fret de l'entreprise. Problème : le rail permet seulement de faire sortir une à deux millions de tonnes d'Ukraine chaque mois, loin de la capacité des ports de la mer Noire. 

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