Exportations de céréales : quatre questions sur l'accord signé entre Kiev et Moscou, déjà compromis par des frappes russes sur Odessa

La Russie et l'Ukraine ont signé, vendredi à Istanbul, un accord pour débloquer les exportations de céréales ukrainiennes et russes, face aux risques de famines dans le monde. Mais des frappes russes sur le port d'Odessa, où sont traitées les céréales, font douter de l'application de cet accord.

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Une moissonneuse-batteuse est vue en train de récolter du blé dans un champ de la région de Zaporizhzhia, en Ukraine. (DMITRY MAKEEV / SPUTNIK)

Les céréales ukrainiennes vont-elles (enfin) pouvoir nourrir le monde ? La Russie et l'Ukraine ont signé, vendredi 22 juillet, un accord pour permettre l'exportation de ces denrées, bloquées depuis le début de la guerre. Mais les bombardements intervenus dès samedi 23 juillet sur le port d'Odessa, en Ukraine, mettent le doute sur l'application de cet accord.

1Que contient cet accord ?

La principale mesure de cet accord est la mise en place de "couloirs sécurisés" afin de permettre la circulation en mer Noire des navires marchands. Moscou et Kiev se sont engagés à "ne pas attaquer" les navires transportant des céréales pendant toute la durée de l’accord, soit 120 jours. L'ONU a précisé que des "pilotes ukrainiens" ouvriraient la voie aux cargos dans les eaux territoriales, après que les demandes russes de nettoyer la mer Noire des mines posées par les Ukrainiens pour protéger leurs côtes aient été rejetées.

En contrepartie, le Kremlin a demandé à "permettre aux marchés de recevoir des volumes supplémentaires d'engrais et de céréales" russes, dont l'exportation était freinée par les sanctions occidentales. Autre exigence de la Russie : les navires de marchandises au départ et en direction de l'Ukraine seront inspectés dans les ports d'Istanbul pour empêcher les Ukrainiens de les utiliser pour importer des armes.

2Comment cet accord a-t-il été conclu ?

Cet accord, fruit de longues négociations sous la supervision des Nations unies, s'est concrétisé vendredi 22 juillet au palais de Dolmabahçe, à Istanbul. L’Ukraine et la Russie ont paraphé deux textes identiques, mais séparés, à la demande des Ukrainiens qui refusaient de signer avec les Russes. Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, ainsi que le président turc Erdogan étaient présents autour de la table lors de la signature.

Cet accord doit maintenant être "pleinement mis en œuvre", a souligné Antonio Guterres, tout comme le chef de la diplomatie de l'Union européenne, Josep Borrell. De son côté, le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou a assuré que les conditions sont réunies pour son application "dans les prochains jours". Kiev s’est toutefois montré méfiant. "L'Ukraine ne fait pas confiance à la Russie. Je ne pense pas que quiconque ait des raisons de faire confiance à la Russie", a souligné le ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro Kouleba.

3Que pourrait changer cet accord pour les exportations de céréales dans le monde ?

L'accord doit permettre d'exporter entre 20 et 25 millions de tonnes de grains bloquées en Ukraine, tandis qu'une nouvelle récolte approche. Les marchés russes et ukrainiens représentent conjointement 30% du commerce mondial du blé. L'invasion de l'Ukraine par la Russie a ainsi conduit à une flambée des cours des céréales et des huiles, frappant durement le continent africain très dépendant de ces pays pour son approvisionnement.

L'Union africaine s'est donc "félicitée" de l'accord signé entre la Russie et l'Ukraine pour débloquer les exportations de céréales. Il s'agit d'un "développement bienvenu" pour le continent qui fait face à un risque accru de famine, alors que la Corne de l'Afrique (Kenya, Ethiopie, Somalie, Djibouti) connaît sa pire sécheresse depuis 40 ans. L'ONG International Rescue Commitee (IRC) a également salué vendredi une "première étape vers l'atténuation de la crise alimentaire mondiale".

4L'accord est-il (déjà) compromis par les frappes russes ?

Des missiles russes ont touché, samedi 23 juillet, le port d'Odessa, où sont traitées les céréales ukrainiennes destinées à l'exportation, a déclaré à l'AFP le porte-parole de l'armée de l'air ukrainienne Iouri Ignat. "Le port d'Odessa a été bombardé, en particulier là où se déroulaient les processus d'expédition (de céréales). Nous avons abattu deux missiles, et deux autres missiles ont touché l'infrastructure portuaire où, de toute évidence, il y avait du grain", a-t-il ajouté. 

"Il a fallu moins de 24 heures à la Fédération de Russie pour remettre en cause, avec des attaques de missiles sur le territoire du port d'Odessa, les accords et les promesses qu'elle a faites à l'ONU et la Turquie dans le document signé hier à Istanbul", a affirmé le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Oleg Nikolenko. Une position partagée par Josep Borrell : "Frapper une cible cruciale pour l'exportation de céréales un jour après la signature des accords d'Istanbul est particulièrement répréhensible et démontre une fois de plus le mépris total de la Russie pour le droit international et les engagements", écrit le chef de la diplomatie de l'Union européenne sur Twitter.

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