Convoi humanitaire, blindés, armes... La frontière ukraino-russe théâtre d'un étrange ballet

Les journalistes relèvent depuis une semaine de nombreux mouvements de véhicules militaires à l'est de l'Ukraine. De quoi renforcer les soupçons autour d'un soutien de Moscou aux séparatistes pro-russes.

Des véhicules militaires russes circulent à une dizaine de kilomètres de la ville de Donetsk, près de la frontière ukrainienne, le 18 août 2014.
Des véhicules militaires russes circulent à une dizaine de kilomètres de la ville de Donetsk, près de la frontière ukrainienne, le 18 août 2014. (DMITRY SEREBRYAKOV / AFP)

La Russie est-elle en train de rejouer le scénario criméen dans l'est de l'Ukraine ? En mars, de mystérieux hommes armés avaient pris le contrôle de la Crimée avant l'organisation d'un référendum qui a conduit au rattachement de cette région ukrainienne à la Russie. De quoi suspecter Moscou d'être derrière cette opération destinée à récupérer cette zone stratégique.

Or, depuis le départ d'un mystérieux convoi humanitaire depuis Moscou vers l'Ukraine, les témoignages se multiplient faisant état d'incursions russes dans l'est du pays et de mouvement de troupes à la frontière. Francetv info fait le point sur les mouvements à la frontière entre les deux pays.

Un convoi militaire russe anéanti ?

Jeudi 14 août, la nuit tombe sur la frontière entre l'Ukraine et la Russie. Depuis quelques jours, un convoi humanitaire parti de Moscou inquiète l'Ukraine et les Occidentaux, qui redoutent qu'il ne soit chargé d'armes pour les rebelles pro-russes. Mais ce ne sont pas les quelque 300 camions blancs de ce convoi qui attirent le regard de quelques journalistes : au moins 23 véhicules militaires et blindés aux plaques russes passent la frontière vers l'Ukraine. 

Un reporter russe les prend en photo (article en russe).

Vendredi, Kiev et l'Otan confirment une incursion. La nouvelle crée un incident diplomatique. L'Ukraine s'offusque, l'ambassadeur russe à Londres est convoqué, les chancelleries occidentales tonnent. Moscou, imperturbable, dément tout en bloc, du FSB (les services secrets russes, successeurs du KGB) au ministre des Affaires étrangères.

Mais l'Ukraine insiste et affirme avoir détruit une partie du convoi avec son artillerie. Depuis, silence radio : pas une photo, un débris ou un bilan pour venir confirmer l'annonce des autorités ukrainiennes. Du coup, Moscou raille Kiev qui détruirait des "fantômes".

Trente chars et 1 200 hommes envoyés par Moscou ?

Mais samedi 16 août, ce sont les pro-russes eux-mêmes qui relancent les soupçons. Le Premier ministre séparatiste Alexandre Zakhartchenko affirme, dans une vidéo postée sur YouTube (en russe), avoir reçu "150 équipements militaires, parmi lesquels 30 chars et d'autres blindés, et quelque 1 200 hommes, qui ont eu quatre mois d'entraînement sur le territoire russe et qui sont arrivés ici au moment le plus crucial". 

De quoi renforcer les soupçons d'invasion. Encore une fois, Moscou dément. Le leader séparatiste s'est-il fait tirer les oreilles par le Kremlin ? Lundi, il se ravise, tweete alors un correspondant français. Alexandre Zakhartchenko affirme désormais n'avoir jamais reçu d'aide russe. 

 En revanche, des Serbes se joindraient à sa cause, précise-t-il. 

 

Une partie de cache-cache à la frontière ?

Pour bien comprendre l'enjeu de ces supposées incursions à la frontière, il faut jeter un œil à cette carte réalisée par Kiev.

La situation dans l\'est de l\'Ukraine le 19 août 2014.
La situation dans l'est de l'Ukraine le 19 août 2014. (MEDIA RNBO)

Donestsk, le bastion des séparatistes, se trouve à 200 km de la frontière russe. L'Ukraine a annoncé, lundi 18 août, avoir changé de tactique. Plutôt que de s'engager dans des combats hasardeux en ville et potentiellement lourds en pertes civiles, les troupes ukrainiennes cherchent à encercler les séparatistes pour couper le cordon qui les relie à Moscou (la zone beige sur la carte).

Dans ce contexte, plusieurs journalistes relaient d'importants mouvements au poste-frontière d'Izvariné, où se trouve aussi le convoi humanitaire russe. Dimanche et lundi, une équipe de télévision polonaise filme des véhicules blindés et des armes anti-aériennes russes à ce poste-frontière, qui donne sur une zone encore tenue par les rebelles. 

 

Le journaliste estime que ce sont les mêmes canons qui sont filmés, sur une vidéo dont la source n'est pas identifiée, de l'autre côté de la frontière, à Louhansk, dans la zone tenue par les séparatistes. 

 

Dans le même temps, des véhicules militaires sans plaques entrent en Russie depuis la zone tenue par les rebelles. Un autre journaliste, américain cette fois, relaie sur Twitter l'arrivée d'un bus de combattants séparatistes venus se faire soigner dans un hôpital russe. Quand ils se présentent, ils sont interrogés par les services de renseignements russes qui leur font signer des documents. 

D'autres combattants, en revanche, attendent de pouvoir franchir la frontière dans l'autre sens.