Comment l'Europe cherche à arrêter Vladimir Poutine

Angela Merkel et François Hollande se sont rendus, vendredi à Moscou, pour présenter au président russe un plan pour sortir de la crise ukrainienne. Mais ce n'est pas le seul dossier brûlant lié à Poutine qui préoccupe les Européens.

La chancelière allemande Angela Merkel, le président russe Vladimir Poutine et le président de la République François Hollande, le 6 février 2015 à Moscou (Russie).
La chancelière allemande Angela Merkel, le président russe Vladimir Poutine et le président de la République François Hollande, le 6 février 2015 à Moscou (Russie). (MICHAEL KLIMENTYEV / RIA NOVOSTI / AFP)

Beaucoup présentent ces négociations comme celles de la dernière chance. François Hollande et Angela Merkel ont atterri, vendredi 6 février à Moscou pour présenter un plan de sortie de crise au président russe Vladimir Poutine dans le brûlant dossier ukrainien. Jeudi, ils étaient à Kiev pour présenter ce document au président ukrainien Petro Porochenko.

Depuis trois semaines, le conflit, qui oppose l'armée ukrainienne aux séparatistes pro-russes dans l'est du pays, a repris d'une façon aussi brusque que violente. Au moins 220 personnes, en majorité des civils, sont mortes dans les bombardements et les combats qui ont eu lieu récemment. Selon Kiev, l'initiative franco-allemande "laisse espérer un cessez-le-feu". Mais comment convaincre Vladimir Poutine dans ce dossier et limiter ses actions à l'avenir ?

En éteignant le feu ukrainien 

Berlin et Paris espèrent convaincre le président russe de calmer les rebelles séparatistes. Tout porte à croire que Vladimir Poutine va accepter les termes de ce cessez-le-feu, pour la simple et bonne raison qu'il accueille Angela Merkel et François Hollande. "Ce n'est pas un hasard s'ils se sont d'abord rendus à Kiev, pour ensuite aller à Moscou, explique à francetv info Hélène Blanc, politologue et experte du monde slave. Plusieurs sources indiquent que Poutine est à l'initiative de ce plan porté par Merkel et Hollande et que ces derniers sont allés négocier avec Porochenko pour qu'il l'accepte."

Vendredi matin, le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung (en allemand) a affirmé que ce plan prévoit de "conclure un cessez-le-feu immédiat" contre une "autonomie plus grande accordée aux séparatistes, sur un territoire plus vaste que celui envisagé jusqu'ici". L'information a ensuite été démentie par la chancellerie. 

"Que ce soit avéré ou non, il faut comprendre que ces négociations se déroulent alors que Kiev est en position de faiblesse, tranche Françoise Daucé, directrice d'études au Centre d'études des mondes russe, caucasien et centre européen (Cercec). Il y a une volonté du côté de l'Union européenne d'arrêter ce conflit, quitte à faire des concessions."

En gérant le "complexe d'empereur" de Poutine

L'Union européenne et les Etats-Unis savent que la priorité est d'éteindre le feu entre Kiev et les séparatistes. Mais Washington et Bruxelles ont bien conscience que le problème russe dépasse le dossier ukrainien. "Poutine a un complexe d'empereur, décrit Hélène Blanc. Il est très compliqué de négocier avec lui, car il est constamment dans une démonstration de puissance. Il ignore le pragmatisme, qui est normalement de rigueur dans les relations diplomatiques."

"Il faut voir au-delà de l'Ukraine. Poutine veut redonner à la Russie sa position de grande puissance", assure de son côté l'ex-secrétaire général de l'Otan Anders Fogh Rasmussen, au journal britannique The Telegraph. Il y a de fortes probabilités qu'il intervienne dans les pays baltes pour tester l'article 5 de l'Otan." 

Un article qui stipule qu'une attaque armée contre l'un des pays membres "sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties". Et qu'en conséquence, celles-ci assisteront "la partie ou les parties ainsi attaquées", y compris par la force s'il le faut.

"Ce n'est pas dans l'intérêt de Moscou de se lancer dans un vrai conflit armé", tempère Françoise Daucé. Selon l'experte, le Kremlin souhaite surtout garder la main sur ses anciens états satellites et se constituer un halo d'influence autour de ses frontières.

En évitant de dépendre énergétiquement de Moscou

Cette stratégie n'a pas débuté avec la crise ukrainienne. Les problématiques étaient sensiblement les mêmes lors de la crise de 2008 en Géorgie, en Abkhazie et en Crimée l'année dernière. "On a le sentiment qu'il est en train de se mettre en place une nouvelle zone grise, sous l'influence russe", explique Françoise Daucé.

Que peuvent donc faire les Occidentaux face au conquérant russe ? Difficile pour l'instant de juger de l'efficacité des sanctions économiques européennes qui ont frappé Moscou. Si le rouble s'est effondré en décembre 2014, c'est plus à cause de la chute du cours du pétrole que des sanctions de Bruxelles. "On observe que plus Poutine est en difficulté avec sa politique intérieure, plus il essaie de redorer son blason avec la politique extérieure", pointe la spécialiste. Elle estime ainsi que si Moscou est étranglé économiquement, "cela risque de pousser Poutine à être encore plus belliqueux".

"L'Union européenne doit se dégager le plus vite possible de sa dépendance au gaz russe et apprendre à avoir des échanges économiques saints et équilibrés avec le Kremlin", explique la Hélène Blanc, qui a dirigé l'écriture de Goodbye Poutine, un ouvrage qui rassemble les articles de plusieurs spécialistes du pouvoir russes. Elle cite l'exemple de la Lituanie qui, depuis le début de la crise ukrainienne, s'est tournée vers les Etats-Unis pour subvenir à ses besoins en énergie. "On devrait pouvoir entretenir de vraies relations économiques et diplomatiques avec les Russes et éviter de se retrouver dans un rapport vassal-suzerain."