"Je me demande comment la Premier League va pouvoir continuer" : le football anglais très inquiet face au Brexit

Recrutement de joueurs étrangers, rémunération, attractivité : le Brexit provoque de grandes inquiétudes dans le milieu du foot anglais. Clubs, joueurs et avocats ont déjà commencé les grandes manoeuvres pour tenter d'y faire face.

Le milieu de terrain français N\'Golo Kanté portant le maillot de Chelsea avec le Brésilien de Liverpool Fabinho, pendant un match de Premier League anglaise, le 22 septembre 2019.
Le milieu de terrain français N'Golo Kanté portant le maillot de Chelsea avec le Brésilien de Liverpool Fabinho, pendant un match de Premier League anglaise, le 22 septembre 2019. (BEN STANSALL / AFP)

Autour de Stamford Bridge, le siège du club de Chelsea, un visage s’affiche partout en quatre par trois, celui du Français N’Golo Kanté, devenu bien malgré lui un symbole, l’exemple du joueur qui n’aurait pas pu signer en Angleterre à cause du Brexit. Si pour l'heure, aucun accord n'est encore en vue alors que la date butoir du 31 octobre approche, un Brexit "dur" pourrait avoir des conséquences jusque dans le milieu du football. Alors forcément les supporters comme Alan sont inquiets. "Je me demande comment la Premier League va pouvoir continuer, comment elle va faire pour continuer à se renforcer. Il y aura des problèmes pour les joueurs avec les visas et les contrats donc ici, tout le monde est inquiet. Mais bon, on peut juste regarder et voir ce qui va se passer."

La Fédération anglaise veut favoriser les joueurs locaux

Car pour le moment, c’est le grand flou. Personne ne sait quelles règles seront appliquées pour les joueurs de l’Union européenne : la Fédération anglaise veut profiter de la fin de la libre circulation pour durcir les critères d’obtention des permis de travail dans le football et ainsi favoriser les joueurs locaux. Or les clubs sont frileux à aborder le sujet publiquement. Sur la dizaine de clubs contactés, aucun n’a voulu répondre. L'un d'entre eux a expliqué avoir honte, un autre a répondu que le sujet était trop sensible, trop politique.

En coulisses, en revanche, on s’active. Des bataillons d’avocats multiplient les études sur l’impact économique et sportif du Brexit dans le football. Ils tentent surtout d’arracher un accord avec la Fédération anglaise, explique Owen Jones, avocat spécialiste de l’immigration dans le sport pour le cabinet Sheridans.

Nous avons des négociations en ce moment entre la Premier League, les clubs et la Fédération anglaise et le gouvernement pour qu’ils assouplissent les règles.Owen Jones, avocatà franceinfo

"J’espère que des solutions censées vont être trouvées pour que l’on continue à pouvoir recruter les meilleurs joueurs, les meilleurs techniciens d’Europe", s'inquiète l'avocat.

La Premier League composée à 65% de joueurs étrangers


Le championnat anglais a forgé sa réussite sur l’achat des meilleurs joueurs européens avec une Premier League composée une nouvelle fois cette saison de plus de 65% d’étrangers. Mais les joueurs commencent à hésiter à s’engager en Angleterre, raconte Thierry Granturco. Avocat, il travaille avec une vingtaine d’agents de joueurs.

 À offre égale aujourd’hui, quand il y a un grand club espagnol ou un grand club anglais qui vous approche, soit vous négociez des sécurités mirobolantes avec le club anglais soit vous allez en Espagne parce que là, il n’y a pas de risque.Thierry Granturco, avocatà franceinfo


"Il y a des joueurs aujourd’hui qui, pour des raisons sportives, de peur de ne pas jouer en Angleterre, préfèrent aller dans d’autres championnats européens", reconnaît l'avocat.

Des contrats en euros pour parer à la dévaluation de la livre

Et quand les joueurs décident de rester en Angleterre, ils négocient désormais des clauses, notamment en euros, pour parer à une dévaluation de la livre. Tous les contrats sont en train d’être réécrits, explique Thierry Granturco. "Encore une fois, on ne voit pas clair. Le joueur veut donc sécuriser sa rémunération. Et pour le faire rien de mieux que de négocier un contrat en euros. Les joueurs qui négocient une prolongation aujourd’hui font en sorte que leur nouveau contrat couvre les problématiques liées au Brexit".

"Ne pas tuer la poule aux oeufs d'or qu'est la Premier League"

Autre problème qui inquiète beaucoup outre-Manche : avec le Brexit, les clubs anglais ne pourraient plus recruter librement de jeunes talents européens âgés de 16 à 18 ans, une pratique sur laquelle s’est construite la Premier League. Malgré tout, Owen Jones ne parvient pas à voir le système du championnat anglais s’écrouler comme cela. "Je ne peux pas imaginer qu’on n’arrive pas à un compromis pour ne pas tuer la poule aux œufs d’or qu’est la Premier League," se désole Owen Jones. Car l’enjeu ne se résume pas qu’à de simples matchs de football. La Premier League, le plus riche championnat au monde, génère plus de 8 milliards et demi d’euros de revenus.