Enquête publique à Londres sur la mort de Litvinenko, l'espion empoisonné au polonium

Londres ouvre son enquête publique, mardi 27 janvier, afin de tirer au clair les circonstances de la mort de son espion, empoisonné en 2006. Le rôle de Moscou est longuement revenu dans les échanges.

Alexandre Litvinenko, lors de son hospitalisation dans une unité de soins intensifs, le 20 novembre 2006 à Londres (Royaume-Uni).
Alexandre Litvinenko, lors de son hospitalisation dans une unité de soins intensifs, le 20 novembre 2006 à Londres (Royaume-Uni). (NATASJA WEITSZ / GETTY IMAGES)

Sa mort fait penser à un roman d'espionnage de la Guerre froide. Ancien membre des services de renseignements russes, Alexandre Litvinenko est devenu collaborateur du MI6 britannique avant de mourir empoisonné au polonium en 2006.

Le rôle de Moscou a longuement été évoqué dans les audiences, au premier jour de l'enquête publique ouverte par le Royaume-Uni, mardi 27 janvier. Dès l'ouverture de l'enquête, le magistrat instructeur Robert Owen, a ainsi "validé" la thèse basée sur des documents du gouvernement britannique "établissant au premier examen la responsabilité de l'Etat russe dans la mort" de l'opposant.

Cette procédure à huis clos sert à établir des faits mais ne peut pas prononcer de condamnations. Qu'importe, selon sa veuve Marina. "L'important est que les preuves rassemblées par la police vont être présentées et que tout le monde pourra les voir."

Dans quelles circonstances est mort l'agent ?

Un empoisonnement au polonium. Le 1er novembre 2006, Alexandre Litvinenko se rend au Millennium Hotel, à Mayfair. Il a rendez-vous avec deux ex-agents russes, Andreï Lougovoï, aujourd'hui député, et l'homme d'affaires Dmitri Kovtoun, avec lesquels il prend un thé. Il se sent mal dès le soir-même. Trois semaines plus tard, il meurt à un empoisonnement au polonium-210, une substance radioactive extrêmement toxique et quasiment indétectable. Il devient ainsi la première victime connue d'un "assassinat radioactif".

Une lettre d'accusation. Sur son lit de mort, Alexandre Litvinenko dicte une lettre pleine de rage aux policiers. Il accuse le président Vladimir Poutine d'avoir commandité son meurtre. "Vous pouvez réussir à faire taire un homme mais le grondement des protestations du monde entier retentiront dans vos oreilles pendant le reste de votre vie, M. Poutine."

Quels éléments mettent en cause le Kremlin ?

Des traces de polonium. A l'hôtel Millennium, des traces très élevées de polonium ont été retrouvées sur la table, la chaise et la théière de Litvinenko. Mais Robin Tam, un conseiller juridique du magistrat instructeur, une première tentative s'était déroulée deux semaines plus tôt, lors d'une rencontre avec les deux mêmes protagonistes, dans les locaux d'une entreprise de sécurité. Là encore, des traces de polonium ont été relevées. Selon Robin Tam, Alexandre Litvinenko a donc été la cible "non pas d'un mais de deux empoisonnements".

Des confidences sur un "poison". Toujours selon Robert Tam, Dimitri Kovtoun aurait confié à un ami qu'il était en possession d'un poison extrêmement cher et qu'il cherchait "un cuisinier pour l'administrer à Litvinenko". Des précisions sont attendues sur ce point, car cet "ami" doit venir témoigner à Londres.

Une communication avec Moscou. Enfin, d'après une source proche de l'enquête citée par le Daily Telegraph (en anglais), l'agence de sécurité américaine a intercepté des communications entre les personnes soupçonnées dans l'empoisonnement et leur chef à Moscou, peu de temps après la mort de l'ex-espion du FSB. L'existence de ces communications est une "preuve centrale", selon le quotidien.

Moscou est-il la seule piste évoquée ?

La Russie refuse d'extrader les suspects. "Toute cette affaire est une farce", a déclaré Andreï Lougovoï à l'agence russe Tass. Moscou a d'ailleurs refusé de l'extrader, tout comme Dimitri Kovtoun, ce qui a bloqué l'enquête judiciaire britannique. L'enquête publique ouverte mardi vient donc prendre le relais.

La mafia russe et le renseignement britannique ? Certes, Alexandre Litvinenko enquêtait sur les liens éventuels entre Vladimir Poutine et le crime organisé", selon l'avocat de sa veuve. Mais il travaillait aussi sur le crime organisé dans d'autres pays européens comme l'Italie ou l'Espagne. L'implication de Moscou n'est donc pas la seule piste évoquée et Robert Tam a indiqué que la piste de la mafia russe ou des renseignements britanniques seraient également évoquées.