Démission du Premier ministre belge : "On a toujours pu surmonter ce genre de situations"

Un gouvernement chargé des affaires courantes pourrait se mettre un place, explique le journaliste belge Marc Sirlereau.

Le Premier ministre belge Charles Michel à Bruxelles, le 17 octobre 2018.
Le Premier ministre belge Charles Michel à Bruxelles, le 17 octobre 2018. (BEN STANSALL / AFP)

Après la démission du Premier ministre belge mardi 18 décembre, la Belgique traverse une crise politique importante. La Belgique a "toujours pu surmonter ce genre de situation", a affirmé sur franceinfo Marc Sirlereau, journaliste à la RTBF, mercredi 19 décembre.

franceinfo : Pourquoi Charles Michel a-t-il démissionné ?

Marc Sirlereau : Ce n’est pas vraiment une surprise. À l’origine des tensions, il y avait donc ce pacte de Marrakech pour l’immigration de l’ONU. L’un des partenaires du Premier ministre, la Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA), n’en voulait pas. Ce parti nationaliste et indépendantiste flamand est l’un des partis les plus importants en Belgique. La N-VA disait que le gouvernement ne pouvait approuver ce texte et que cela ne permettrait pas à la Belgique de pouvoir mener sa propre politique migratoire, alors qu’elle l’avait accepté pendant un ou deux ans. Résultat des courses : la N-VA a quitté le gouvernement et Charles Michel s’est retrouvé ainsi minoritaire. Il a tenté de trouver des partenaires à droite et à gauche qui soient intéressés pour voter le projet, en tendant même la main à des partis de l’opposition. Visiblement, cette dernière n’en voulait pas : résultat, il est allé au Palais pour présenter la démission de son gouvernement.

Comment va s’organiser le nouveau gouvernement ?

Le roi Philippe maintient sa décision en suspens. Il pourrait décider de refuser la démission de Charles Michel, mais comme il est minoritaire, cela serait difficile. La solution la plus probable aujourd’hui, ce serait de s’orienter vers un gouvernement d’affaires courantes : celui-ci n’aurait plus de réel pouvoir et se contenterait de gérer le pays sans prendre de nouvelles initiatives, ou de nouvelles mesures jusqu’aux élections européennes, régionales, législatives du 26 mai prochain, qui sont toutes trois prévues en même temps en Belgique. Ainsi, pendant cinq ou six mois ce gouvernement risque d'être en affaires courantes et de ne plus décider. Mais la constitution d’un nouveau gouvernement risque aussi de prendre du temps même après les élections. On se souvient qu’en 2010 ça avait pris 541 jours… record mondial d’un pays sans gouvernement.

Qu’en est-il des conséquences sur l’Union européenne ?

Sans parler d’affaires courantes, il y a bon nombre de pays qui ont des gouvernements minoritaires en Europe, comme en Espagne par exemple où Pedro Sanchez ne prend plus vraiment de décisions. On retrouve aussi des difficultés en France, ou dans les gouvernements de Theresa May et Angela Merkel… On voit bien les attentes qui grandissent, que ce soit les "gilets jaunes", ou à propos du climat… Si on est en affaires courantes en Belgique, on ne décide de rien. Ce n’est pas un bon message qui est envoyé aux citoyens de l’UE à quelques mois des élections européennes. Il y a de quoi se poser beaucoup de questions, mais en Belgique on a toujours pu surmonter ce genre de situations.