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Crise énergétique : "les intérêts nationaux priment sur la coopération" franco-allemande, à l'heure d'un Conseil européen crucial

Sophie Pornschlegel, analyste politique, décrypte la détérioration des relations entre la France et l'Allemagne, jusqu'au report à janvier 2023 d'un conseil franco-allemand prévu en octobre.

Article rédigé par Fabien Jannic-Cherbonnel
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 3 min
Le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Olaf Scholz, le 5 septembre 2022 à Berlin (Allemagne). (MAXPPP)

Le moteur franco-allemand va-t-il manquer de carburant ? Les relations entre la France et l'Allemagne, au centre de l'Union européenne (UE), traversent une phase difficile après le report à janvier 2023 du conseil franco-allemand initialement prévu à Fontainebleau le 26 octobre. Berlin a invoqué, mercredi, des "difficultés logistiques", mais reconnaît aussi que les deux pays n'ont pas trouvé de "position commune" sur "toute une série de sujets".

Plafonnement des prix d'achat du gaz, coopération militaire face à la Russie, critiques contre le plan allemand à 200 milliards d'euros contre l'inflation... Les sujets qui fâchent s'accumulent. De son côté, Emmanuel Macron a assuré vouloir préserver "l'amitié et l'alliance entre l'Allemagne et la France" à son arrivée à Bruxelles (Belgique), jeudi 20 octobre, à l'occasion d'un Conseil européen consacré à la crise énergétique. Comment expliquer cette mésentente ? Franceinfo a interrogé à ce sujet Sophie Pornschlegel, analyste politique au think tank European Policy Centre à Bruxelles.

franceinfo : Que signifie le report du conseil franco-allemand ? Est-ce vraiment significatif ?

Sophie Pornschlegel : Oui. C'est un très mauvais signal qui montre que les deux plus grands pays de l'Union européenne ne se rendent pas compte de leurs responsabilités européennes. L'intérêt national prime sur la coopération. Alors que c'est justement ce dont on a besoin avec les pénuries dans le secteur énergétique qui se profilent cet hiver.

Le fait que l'Allemagne refuse un compromis européen sur la limitation du prix des importations de gaz montre que Berlin et Paris n'arrivent pas à dépasser leurs intérêts nationaux. Il faut quand même rappeler que ces deux gouvernements sont censés être pro-européens. C'est un comble.

Qu'est-ce qui ne fonctionne pas en ce moment dans la relation franco-allemande ?

La question, ce n'est pas tellement le fait qu'il y ait des désaccords, parce que les intérêts nationaux de la France et l'Allemagne ont toujours divergé. Mais il y a normalement une volonté politique pour trouver un compromis. Pour l'instant, je n'observe aucune volonté des deux côtés.

La France, avec son lobby du nucléaire puissant, a décidé de bloquer un projet de gazoduc avec l'Espagne, qui aurait bénéficié l'Allemagne. Du côté allemand, on ne se rend simplement pas compte de l'importance de la politique allemande pour l'Europe. Depuis que cette coalition est arrivée au pouvoir, le chancelier social démocrate est plus occupé à résoudre les désaccords entre partis qu'à chercher des compromis en Europe.

Malgré la volonté pro-européenne, dans les faits, on voit quand même que c'est l'intérêt national qui prime. Il n'y a pas de recherche de compromis avec la France et ça, dans la situation actuelle, c'est très grave.

Comment l'expliquez-vous ?

Tous les chefs d'Etat et de gouvernement sont sous pression parce que les prix de l'énergie explosent et que l'on est dans une situation très précaire pour cet hiver. Bien entendu, il y a une volonté de faire de la politique qui va en premier lieu profiter à ses électeurs nationaux. Mais le grand problème, c'est qu'ils ne pensent pas sur le long terme. On essaye de trouver une solution à la crise pour faire en sorte de rester au pouvoir. Finalement, l'Union européenne passe à la trappe.

Le ralentissement du moteur franco-allemand risque-t-il de toucher toute l'UE ?

On se rend bien compte que l'hiver prochain, les choses pourraient être encore pires et que c'est pour ça qu'il faut absolument qu'on trouve une solution au niveau européen. Si on ne fait rien, cela va attiser des sentiments de haine envers les uns et les autres. Imaginez si on se rend compte que les Allemands peuvent laisser leur chauffage allumé cet hiver, alors que les Estoniens ou les Slovaques doivent le couper.

J'ai peur d'observer une absence de volonté politique dans la crise actuelle. Or, nous n'avons pas le temps d'attendre encore un an pour savoir si on va trouver une solution sur les prix de l'énergie. Si la France ou l'Allemagne ne réussissent pas à trouver un compromis, on peut difficilement imaginer que les Vingt-Sept y parviennent.

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