Néonicotinoïdes : le ministre de l'Agriculture "reprend exactement l'argumentation" des lobbys

Guillaume Balas, député socialiste européen impliqué dans la lutte contre les pesticides chimiques est revenu pour franceinfo, lundi, sur la volonté du ministre de l'Agriculture, de revenir sur la législation interdisant les néonicotinoïdes. 

Les néonicotinoïdes sont dangereux pour les abeilles. Image d\'illustration. 
Les néonicotinoïdes sont dangereux pour les abeilles. Image d'illustration.  (PHILIPPE HUGUEN / AFP)
#AlertePollution

Rivières ou sols contaminés, déchets industriels abandonnés… Vous vivez à proximité d’un site pollué ?
Cliquez ici pour nous alerter !

Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert, a déclaré, lundi 26 juin, vouloir revenir sur la législation interdisant, sauf dérogation, les insecticides de la famille des néonicotinoïdes, estimant notamment que certains pesticides "n'ont pas de produit de substitution".

"Un argument fallacieux", rétorque sur franceinfo le député socialiste européen Guillaume Balas, impliqué dans la lutte contre les pesticides chimiques. Selon lui, le ministre a été victime du "lobby des très grands agriculteurs". "Il reprend exactement l'argumentation de ceux qui ont toujours combattu ces interdictions", explique Guillaume Balas.

franceinfo : Le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, a rapidement répondu à son collègue de l'Agriculture, en affirmant qu'il n'était pas question de lever les interdictions de néonicotinoïdes. Êtes-vous soulagé ?

Guillaume BalasC'était un signal absolument nécessaire. J'étais catastrophé d'entendre le ministre de l'Agriculture demander un assouplissement de l'utilisation des néonicotinoïdes, et j'attendais une réaction extrêmement rapide du gouvernement. Mais je reste étonné par cette volonté [de Stéphane Travert] d'harmoniser nos positions avec la Commission européenne [le droit européen est plus souple sur les néonicotinoïdes], parce que je n'en vois pas bien le sens. Bruxelles donne un certain nombre d'objectifs et de règles de base, mais évidemment les États membres peuvent aller plus loin. C'est ce qui a été décidé par la France en 2016, avec l'interdiction des néonicotinoïdes.

Pourquoi le ministre a-t-il proposé cela, selon vous ?

Parce que le lobby des très grands agriculteurs, notamment, pense qu'il est possible de faire pression sur le sujet à chaque changement de gouvernement. (…) Le problème, c'est que tant qu'on ne change pas de modèle agricole, on recherchera ce type de produits. On doit s'interroger sur le modèle agricole. Il est certain que s'il on reste au milieu du gué, ce type de contradictions continuera à arriver.

Le ministre a donc été victime du lobbying des "très grands agriculteurs" ?

C'est certain. Il reprend exactement l'argumentation de ceux qui ont toujours combattu ces interdictions, avec toujours cet argument fallacieux selon lequel il n'y a pas d'alternative. Alors que l'alternative, c'est justement de changer de modèle agricole ! Évidemment, cela demandera beaucoup plus de réflexion, d'investissements et d'efforts que de simplement continuer à tuer les abeilles et toute la biodiversité.

"L'alternative, c'est justement de changer de modèle agricole", Guillaume Balas, député socialiste européen à franceinfo.
--'--
--'--

Franceinfo est partenaire de la consultation "Agissons ensemble pour l'environnement" avec Make.org. Si vous souhaitez y participer, vous pouvez proposer vos idées et voter sur celle des autres participants dans le module ci-dessous.