La polémique au gouvernement au sujet de l'interdiction des pesticides tueurs d'abeilles, en cinq actes

Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert, a affirmé, lundi, que cette interdiction des néonicotinoïdes pourrait être levée. Mais Nicolas Hulot lui a répliqué que les arbitrages avaient été pris dans le sens contraire, ce que Matignon a confirmé.

Le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, au G7 de l\'environnement à Bologne (Italie), le 12 juin 2017.
Le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, au G7 de l'environnement à Bologne (Italie), le 12 juin 2017. (ALBERTO PIZZOLI / AFP)
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C'est le premier désaccord entre ministres du nouveau gouvernement d'Edouard Philippe. Après la fuite, lundi 26 juin, d'un document de travail interministériel évoquant une possible levée de l'interdiction des néonicotinoïdes, pesticides connus pour provoquer la mort des abeilles, le ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert, et celui de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, se sont opposé. Matignon a finalement donné raison au second, en affirmant que la loi ne changerait pas, et que la question avait déjà été tranchée. Franceinfo reprend le fil de cette polémique.

Acte 1 : RMC dévoile un document de travail datant du 21 juin

Le débat est né d'une révélation de RMC, au sujet d'un document de travail interministériel sur un projet de loi "relatif à la transformation des relations entre l'administration et le public". Une loi de simplification administrative, donc, qui a pour objectif d'aligner la législation française sur la législation européenne quand la première est plus contraignante, et qui ne se limite pas à la question des pesticides.

Mais ce document évoque deux pistes, selon la radio. La première serait l'autorisation de l'épandage aérien des pesticides, prohibé depuis 2014. La seconde serait la levée de l'interdiction des néonicotinoïdes, votée en 2016 et qui doit entrer en vigueur en 2018, et qui "va plus loin que ce qui est prévu par la réglementation européenne", note le texte du gouvernement. En campagne, Emmanuel Macron s'était pourtant engagé à confirmer cette interdiction, comme l'a retrouvé Le Lab.

Acte 2 : Travert confirme que le sujet est sur la table

Invité de RMC, lundi matin, Stéphane Travert assure que l'idée de revenir sur l'interdiction de l'épandage aérien a été écartée (sauf en cas de crise sanitaire). Mais il n'exclut pas d'autoriser à nouveau l'usage des néonicotinoïdes. 

"Nous devons pouvoir autoriser des dérogations pour en permettre l'utilisation", lance le ministre de l'Agriculture, affirmant que certains de ces pesticides "n'ont pas de substitution" et, par ailleurs, que la loi française "n'est pas conforme avec le droit européen". Pour autant, il ne dit pas que le sujet est tranché : "C'est ma proposition", explique Stéphane Travert, qui reconnaît devoir encore "travailler sur ce sujet avec [son] collègue de l'Environnement" Nicolas Hulot, et que l'arbitrage du Premier ministre, Edouard Philippe, "n'est pas rendu".

Acte 3 : Hulot assure que l'interdiction ne sera pas levée

Le sujet a tout pour embarrasser le ministre de la Transition écologique : en 2015, il avait lancé une pétition appelant à l'interdiction des néonicotinoïdes. Lundi, il a réagi sur Twitter, moins d'une heure après l'interview de son collègue du gouvernement. Selon lui, l'arbitrage a bien été rendu, et toute levée de l'interdiction des pesticides tueurs d'abeilles est exclue.

Dimanche matin, il expliquait pourtant à une journaliste de RMC que la question n'avait pas été arbitrée. Celle-ci a publié une vidéo de l'échange sur Twitter.

Acte 4 : "Il ne faut faire aucune concession", insiste Hulot

En déplacement à Lyon, Nicolas Hulot s'exprime à nouveau, lundi midi. "Sur tout ce qui concerne la santé, ma ligne est très simple", assure-t-il : "Il ne faut faire aucune concession. On ne reviendra pas sur des acquis." Les arbitrages "ont déjà été faits : la loi existe", juge-t-il, assurant qu'il mettra les choses au point avec le ministre de l'Agriculture : "Il vient d'arriver, Monsieur Travert, et je dois le voir cette semaine."

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Acte 5 : Matignon confirme l'interdiction et assure que le sujet était déjà tranché

Lundi à midi, Matignon a mis fin au doute par un communiqué. "Le gouvernement a décidé de ne pas revenir sur les dispositions de la loi de 2016", explique-t-il, confortant Nicolas Hulot. Plus étonnant, les services du Premier ministre affirment que "cet arbitrage a été pris à l'occasion d'une réunion tenue à Matignon le 21 juin dernier", date du document dévoilé par RMC. Stéphane Travert, nommé ce jour-là en fin de journée, aurait donc dû être au courant.