Les nappes de pétrole du "Grande America" "pourraient toucher le littoral français vers dimanche soir ou lundi", selon François de Rugy

François de Rugy, le ministre de la Transition écologique explique jeudi sur franceinfo qu'un pompage "d'une partie de la nappe" va être tenté, après le naufrage mardi du navire italien "Grande America".

François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaire, invité de franceinfo, le 15 février 2019.
François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaire, invité de franceinfo, le 15 février 2019. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)
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Alors qu'une nappe d'hydrocarbures pourrait atteindre les côtes françaises dimanche ou lundi, après le naufrage mardi du navire italien Grande America, François de Rugy, le ministre de la Transition écologique explique jeudi 14 mars sur franceinfo qu'un pompage "d'une partie de la nappe" va être tenté, mais que "quand la mer est mauvaise, c’est extrêmement difficile de mettre des barrages flottants, il est extrêmement difficile voire impossible de pomper en mer".

franceinfo : Que sait-on actuellement de l'étendue de cette nappe d'hydrocarbures et du moment où elle va éventuellement atteindre les côtes françaises ?

François de Rugy : Nous avons des modèles avec Météo France qui tiennent compte des courants marins avec la force du vent, des vagues et on peut donc estimer à ce jour qu’au plus tôt ces nappes de pétrole pourraient toucher le littoral français vers dimanche soir ou lundi. Nous ne savons pas à l’heure où nous parlons s’il y a une fuite d’hydrocarbures depuis les soutes, depuis plusieurs soutes. Je le rappelle, le navire a coulé à 4 500 mètres de fond donc nous ne pouvons pas aller observer à ce stade la coque du navire et les éventuelles fissures. Mais il y a d’ores et déjà une nappe à la surface de la mer. C’est très probablement le fioul de propulsion, qui alimentait les moteurs de ce navire. C’est du fioul lourd, donc c’est un produit qui ne s’évapore pas, qui a tendance à constituer ces nappes visqueuses à la surface de la mer, qui peut aussi se transformer en boulette de pétrole donc qui peuvent arriver sur les côtes. Pour ce qui est des produits chimiques qui étaient contenus dans les containers de ce navire, on pense que la plupart ont brûlé puisque le feu a duré très longtemps, a eu tendance à prendre de l’ampleur. Il y a plusieurs containers qui sont passés par-dessus bord avant que le navire coule et lorsqu’il a coulé, plusieurs containers se sont dispersés. Malheureusement, le très mauvais état de la mer, la faible visibilité, n’ont pas permis pour l’instant d’identifier si ces containers avaient coulé ou si certains flottent entre deux eaux aux alentours de la zone où le Grande America a coulé.

Quelles sont les mesures et les moyens déployés pour surveiller cette nappe et la neutraliser ?

L’État oblige l’armateur à mobiliser des moyens privés, il l’avait fait avant que le navire coule, il y a donc un bateau affrété par l’armateur qui va arriver sur place. Par ailleurs, nous avons sollicité les autorités européennes, l’Agence européenne pour la sécurité maritime, l'Emsa (European Maritime Safety Agency), qui va déployer également plusieurs navires, au moins deux navires sur place en plus des deux navires de l’État français.

Et si la nappe touche les côtes françaises, quel dispositif sera mis en place par l’État pour tenter d’éviter une catastrophe écologique ?

J’ai demandé au préfet maritime de coordonner l’action avec les préfets des départements concernés, dans un premier temps ceux de Gironde et de Charente-Maritime, mais nous verrons s’il faut étendre la zone de protection à terre, et nous pourrons déployer d’ici dimanche ou lundi les moyens de protection. Mais encore une fois il faut regarder la réalité en face, quand la mer est mauvaise, c’est évidemment extrêmement difficile de mettre par exemple des barrages flottants, il est extrêmement difficile voire impossible de pomper en mer. Nous tenterons un pompage d’une partie de la nappe mais c’est rendu extrêmement difficile par les conditions météorologiques qui sont celles d’une tempête d’hiver.

L’État va-t-il engager des poursuites contre l’armateur italien ?

Le procureur de la République a ouvert une enquête de façon à ce que l’on puisse tenter d’établir l’origine de cet incendie, l’origine de ce sinistre, puisque c’est l’incendie qui a ensuite provoqué d’abord le chavirage puis le fait que le "Grande America" ait coulé. Nous n’avons pas à ce stade d’informations supplémentaires. Il est vrai que ce navire qui a plus de 20 ans avait été arrêté en Grande-Bretagne il y a quelques années, avait dû procéder à un certain nombre de mise aux normes - ce qui avait été fait à ce moment-là par la compagnie italienne - l’équipage d’ailleurs de commandement était italien donc ce n’est pas un pavillon de complaisance. Mais nous n’avons pas à ce stade plus d’éléments sur ce qui pourrait avoir déclenché ce sinistre et ce tragique accident qui malheureusement peut faire des dégâts écologiques importants.