Lutte contre la déforestation : "Ce n'est que le début du processus", estime une association alors que l'Union européenne veut contrôler ses importations

La Commission européenne a dévoilé mercredi son projet d'interdire les importations de certains produits dans l'Union européenne, lorsqu'ils contribuent à la déforestation. L'association Canopée estime que "c'est le bon chemin". 

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Radio France
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Une vue aérienne d'une forêt touchée par la déforestation dans la région de Nisam Antara, en Indonésie, le 13 octobre 2021. (AZWAR IPANK / AFP)

"C'est le bon chemin" mais "on a besoin de consolider le projet parce qu'aujourd'hui le texte est insuffisant", a commenté sur franceinfo Sylvain Angerand, coordinateur des campagnes pour l'association Canopée, qui vise à mieux protéger les forêts en France et dans le monde, alors que la Commission européenne a dévoilé mercredi 17 novembre son projet d'interdire les importations de certains produits dans l'Union européenne, lorsqu'ils contribuent à la déforestation.

franceinfo : Êtes-vous satisfait de la proposition de la Commission européenne ?

Sylvain Angerand : On attendait cette législation. C'est le bon chemin. C'est le fruit de longs mois de travail, d'échanges mais ce n'est que le début d'un processus parce que cela va devoir être discuté par le Parlement européen, le Conseil européen. On a besoin de consolider le projet parce qu'aujourd'hui le texte est insuffisant. Cependant, la Commission européenne fait le choix de renforcer la traçabilité et l'obligation des entreprises qui commercialisent des produits à s'assurer que leurs fournisseurs sont propres. Tout cela va dans le bon sens. Surtout, la Commission a écarté un certain nombre d'options très critiquables, comme le recours à des certifications que l'on sait être bien souvent de complaisance.

Vous trouvez néanmoins le texte insuffisant. Pourquoi ?

Le diable se cache toujours dans les détails. Par exemple, pour le soja, qui représente le principal poste de déforestation dans ce qu'on importe aujourd'hui, la législation proposée par la Commission se concentre sur les forêts mais oublie une grande partie des autres écosystèmes. Au Brésil, le cerrado - ces zones de savanes qui sont très riches en biodiversité et en carbone - est aujourd'hui complètement détruit pour mettre du soja mais cela n'est pas pris en compte dans la législation. Il va donc falloir renforcer ce point crucial. L'autre point concerne par exemple la question des peuples autochtones. La législation va devoir créer des mécanismes pour s'assurer que leurs droits sont mieux pris en compte. Dans un grand nombre de pays comme le Brésil, l'Indonésie ou les pays du bassin du Congo, on observe que les peuples qui vivent de la forêt n'ont pas de droits reconnus. Cette législation doit les aider à accéder à ces droits.

Comment faire si le Brésil n'est pas inclus dans cette législation ?

C'est justement ce qui est intéressant et c'est sur ce point qu'il va falloir renforcer le texte. On a un véritable levier de transformation du marché car, si on regarde le marché mondial, il est concentré dans les mains de quelques grands négociants internationaux, comme Bunge et Cargill, qui vendent en Europe mais aussi en Chine et en Inde. Si la loi européenne se contente de dire qu'on veut s'assurer que ce qui rentre en Europe est propre, on ne règle pas le problème de la déforestation, on le déplace simplement ailleurs. En revanche, si l'Europe dit qu'elle veut aussi demander aux entreprises et aux pays producteurs partenaires de rehausser leur législation, de s'assurer que les produits sont propres, on a effectivement un effet levier. C'est là-dessus que va devoir porter toute la discussion avec le Parlement et le Conseil, pour faire de cette loi un vrai moyen de lutte contre la déforestation.

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