La vente de bois, jackpot pour les finances des petites communes rurales

Le prix du douglas, ou pin d'Oregon, a flambé de 35% en 2020. Une aubaine pour le maire de Bersac-sur-Rivalier, en Haute-Vienne, qui a vendu le bois de six hectares de la forêt communale.

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Radio France
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Cette parcelle de six hectares de Douglas, à Bersac-sur-Rivalier, en Haute-Vienne, a été vendue au printemps 2021, pour 141 500 euros. (RAPHAËL EBENSTEIN / RADIO FRANCE)

Pour Jean-Michel Bertrand, le calcul est simple : l'élu devrait "augmenter de plus de 50% les impôts locaux pour avoir la même recette fiscale". Le maire de Bersac-sur-Rivalier, 650 habitants, en Haute-Vienne, a vendu, au printemps 2021, une parcelle de six hectares de pin d'Oregon (plus connu sous le nom de douglas). 

Une petite partie de la forêt communale, qui compte 160 hectares, mais qui a rapporté très gros au village : 141 500 euros, plus de la moitié des recettes fiscales locales sur l'année 2020. Le douglas, adapté au climat de Haute-Vienne, assez pluvieux, est plébiscité pour la construction ou le mobilier. Son prix a flambé depuis 2020, +35%, dopé par la forte demande venant des Etats-Unis. Une demande étrangère qui inquiète ailleurs, comme dans les Landes.

Ventes encadrées, et replantation obligatoire

Mais pas question pour les communes de profiter de l'aubaine en faisant n'importe quoi. Elles sont soumises à un programme de gestion du bois, sur une vingtaine d'années, établi par l'Office national des forêts (ONF). Celle-ci oblige à replanter systématiquement sur les parcelles où il y a eu des coupes de bois, contrairement aux forêts détenues par des propriétaires privés.

"Un élu, une collectivité ne pourrait pas décider de raser sa forêt ou de vendre toute sa forêt parce que les cours du bois sont très bons."

Aymeric Albert, chef du département commercial bois de l'ONF

à franceinfo

L'ONF organise et encadre ainsi toutes les ventes, notamment via des enchères en ligne, sur catalogue. À Bersac-sur-Rivalier, la parcelle de douglas vendue cette année date de 1952. "Un pari sur l'avenir, je pense, fait par mes prédécesseurs. Ils ont fait le bon choix", estime Jean-Michel Bertrand, le maire, également très actif au sein de diverses organisations, dont la fédération nationale des communes forestières. "J'espère que nous ferons les bons choix pour les générations futures."

Le choix fait par l'édile est notamment de diversifier la forêt, en plantant pour la première fois dans son village un arbre emblématique du Maghreb, le cèdre de l'Atlas. Une essence testée "en particulier en Corrèze, et qui se présente plutôt bien, précise le maire de Bersac-sur-Rivalier. Après, il va falloir trouver les débouchés industriels par rapport à cette essence-là."

Se projeter à horizon 50 ou 100 ans

L'ONF a justement pour mission de concilier intérêt écologique et économique. Ils sont parfois opposés, comme dans le Grand Est, où des communes ont dû abattre en urgence de nombreux épicéas, ravagés par des larves d'insectes. Invendables, ces coupes ont divisé par deux voire par trois les recettes de ces communes cette année. 

Mais Aymeric Albert ne verra pas "le fruit de son travail" : "On travaille à horizon 50 ou 100 ans. On ne peut pas, parce qu'on veut du résineux aujourd'hui parce qu'il se vend bien, dire qu'on ne va mettre que ça. On essaye aussi de se projeter plus loin et garantir qu'on ait une forêt en bonne santé." L'Office national des forêts planche ainsi sur les conséquences du réchauffement climatique, et l'adaptation de certaines espèces de bois à de nouveaux environnements.

La vente de bois, jackpot pour les petites communes rurales - Reportage de Raphaël Ebenstein
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