Trop jeune, déjà multi-lauréate... Pourquoi Greta Thunberg n'a-t-elle pas reçu le prix Nobel de la paix ?

L'Académie suédoise a préféré vendredi le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed à la jeune militante écologiste, pourtant en tête des pronostics.

La militante écologiste Greta Thunberg, lors d\'une grève pour le climat à Montréal (Canada), le 27 septembre 2019.
La militante écologiste Greta Thunberg, lors d'une grève pour le climat à Montréal (Canada), le 27 septembre 2019. (MARTIN OUELLET-DIOTTE / MARTIN OUELLET-DIOTTE / AFP)
#AlertePollution

Rivières ou sols contaminés, déchets industriels abandonnés… Vous vivez à proximité d’un site pollué ?
Cliquez ici pour nous alerter !

Elle était la favorite des bookmakers. A 16 ans, la militante suédoise pour le climat, Greta Thunberg, était pressentie pour être sacrée prix Nobel de la paix. Sur le site de paris britannique Ladbrokes, elle affichait une cote de 1,50, faisant d'elle une favorite. Mais c'est finalement le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed qui a été coiffé des lauriers de la paix, vendredi 11 octobre. 

Le combat de Greta Thunberg pour le climat a commencé en août 2018, quand elle a entamé seule devant le Parlement suédois sa première "grève de l'école pour le climat". Depuis, le mouvement s'est étendu dans plusieurs villes mondiales. En septembre, la militante écologiste a apostrophé les dirigeants de la planète. "Comment osez-vous ? Vous avez volé mes rêves et mon enfance", leur a-t-elle lancé, au sommet de l'ONU pour le climat. Avec une telle notoriété, comment expliquer que le prestigieux prix Nobel de la paix lui ait échappé ? Eléments de réponse. 

Parce qu'elle est jeune

En remportant le Nobel de la paix, Greta Thunberg aurait été la plus jeune lauréate de l'histoire du prix. Son âge a pu jouer contre elle. "Bien sûr, elle est une star internationale, aux prises avec Donald Trump, et elle a braqué mieux que quiconque la lumière sur le changement climatique, mais ce qui joue contre elle, c'est qu'elle n'a que 16 ans", a estimé l'historien Asle Sveen, un spécialiste du Nobel.

Un avis partagé par Henrik Urdal, directeur de l'Institut de recherche sur la paix d'Oslo, pour qui le prix Nobel aurait pu être un "fardeau" pour l'adolescente. "La seule façon pour que ça se produise [aurait été] de partager le prix avec quelqu'un d'autre", a-t-il avancé. C'est l'option qui avait été retenue lorsque Malala Yousafzai, avait été primée en 2014, à seulement 17 ans. L'adolescente pakistanaise avait partagé le prix avec l'Indien Kailash Satyarthi. 

Sur les 908 lauréats du prix Nobel, toutes catégories confondues, entre 1901 et 2018, 297 avaient entre 50 et 60 ans au moment de la remise du prix, selon les chiffres communiqués par l'Académie suédoise (en anglais). A l'inverse, seules deux personnes ont reçu le prestigieux prix avant d'atteindre 30 ans. Des statistiques qui ne jouaient pas en faveur de Greta Thunberg.

Parce qu'elle a reçu plusieurs récompenses

En un an, Greta Thunberg a provoqué un électrochoc dans l'opinion publique sur le climat et elle est devenue un modèle pour des milliers d'adolescents. En mai 2019, la Suédoise faisait la couverture de l'hebdomadaire américain Time qui la citait parmi "les dirigeants de la prochaine génération". "Maintenant, je parle au monde entier", avait réagi la militante.

Outre cette distinction, Greta Thunberg a déjà été récompensée à plusieurs autres reprises pour son combat. En juin, elle et son mouvement FridaysForFuture ont reçu le prix d'"ambassadeurs de conscience", décerné par l'organisation de défense des droits de l'Homme Amnesty International. En septembre, elle s'est également vue remettre le prix Right Livelihood, considéré en Suède comme le "Nobel alternatif", pour avoir su "inspirer et amplifier la demande politique en faveur d'une action climatique urgente reflétant les faits établis par la science". Greta Thunberg a même reçu un prix en France. En juillet, elle a été récompensée du Prix Liberté à Caen (Calvados), en présence de vétérans du Débarquement de Normandie de 1944. Un palmarès impressionnant pour la jeune fille, qui a pu inciter l'Académie Nobel à mettre en lumière une autre personnalité.

Parce que le lien entre conflits armés et climat n'est pas évident

Chaque année, le prix Nobel de la paix récompense une personne qui a œuvré à stopper les conflits armés. Les modalités de remise des prix figurent sur le testament d'Alfred Nobel, chimiste et industriel suédois qui légua sa fortune pour la création des prix Nobel. Selon sa volonté, le prix Nobel de la paix est remis à "la personnalité ou la communauté ayant le plus ou le mieux contribué à la fraternité entre les peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix", peut-on lire sur le site de l'Académie du prix Nobel (en anglais).

Pour le spécialiste Henrik Urdal, le lien entre changement climatique et conflit armé reste à établir scientifiquement. Un point de vue que ne partage pas Dan Smith, le directeur de l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm. "Le changement climatique est un problème qui est étroitement lié à la sécurité et à la paix", défend-il. De plus, l'Académie suédoise a déjà remis le prix Nobel de la paix pour des actions portant sur l'environnement. En 2007, il a été décerné à l'ancien vice-président américain, Al Gore, et au Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) pour "leurs efforts visant à renforcer et à diffuser une meilleure connaissance du changement climatique provoqué par l'homme et à jeter les bases des mesures nécessaires pour contrecarrer ce changement", détaille l'Académie.

Parce que la concurrence était forte

Si Greta Thunberg figurait parmi les favoris, la compétition était néanmoins serrée. Le comité Nobel a enregistré 301 candidatures cette année, dont il ne révélera pas l'identité. A l'approche de la remise du prix, les bookmakers croyaient de moins en moins dans les chances de Greta Thunberg de l'emporter. L'Ethiopien Abiy Ahmed, finalement sacré, s'était imposé comme le deuxième favori des experts. Nommé Premier ministre de l'Ethiopie en avril 2018, il a mis fin à deux décennies de guerre avec l'Erythrée, qui ont fait plus de 60 000 morts.

Les autres prétendants sérieux au titre étaient nombreux. La crise migratoire et les situations d’urgence humanitaire auraient pu conduire les cinq membres du comité Nobel à porter leur choix sur des organisations comme l'Agence des Nations unies pour les réfugiés et son chef Filippo Grandi, l'association SOS Méditerranée ou encore le Programme alimentaire mondial. 

Si Greta Thunberg n'a pas remporté cette année le Nobel de la paix, elle reste dans la course pour les prochaines éditions."Si le prix n'est pas pour cette année, ça sera une année prochaine", pronostiquait dans L'Express Antoine Jacob, journaliste et auteur d'Histoire du prix Nobel.