Apparition de Donald Trump, discours de Greta Thunberg, action en justice.. Ce qu'il faut retenir du sommet de l'ONU pour le climat

Soixante-six pays ont annoncé qu'ils adhéraient au principe d'une neutralité carbone d'ici 2050, mais aucune mesure décisive pour inverser la courbe des émissions de gaz à effet de serre n'a été annoncée.

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, prononce un discours lors du sommet de l\'ONU pour le climat, le 23 septembre 2019 à New York (Etats-Unis).
Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, prononce un discours lors du sommet de l'ONU pour le climat, le 23 septembre 2019 à New York (Etats-Unis). (MURAT KULA / ANADOLU AGENCY / AFP)

Les dirigeants de la planète se sont réunis au siège de l'ONU à New York (Etats-Unis), lundi 23 septembre, pour relancer la lutte contre le réchauffement climatique. Ils ont notamment été interpellés par la militante écologiste Greta Thunberg lors de ce sommet des Nations unies pour le climat. Franceinfo revient sur les principaux moments de cette journée.

Greta Thunberg a pris à partie les dirigeants mondiaux

La jeune militante écologiste Greta Thunberg a fait un discours remarqué à la tribune de l'ONU, lundi après-midi"Je ne devrais pas être là, je devrais être à l'école, de l'autre côté de l'océan, a lancé la lycéenne, la voix tremblante de colère, en ouverture de ce sommet organisé par le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres. Comment osez-vous ? Vous avez volé mes rêves et mon enfance avec vos paroles creuses !"

"Les gens souffrent, ils meurent. Des écosystèmes entiers s'effondrent, nous sommes au début d'une extinction de masse, et tout ce dont vous parlez, c'est d'argent, et des contes de fées de croissance économique éternelle ?", a asséné la Suédoise, arrivée aux Etats-Unis fin août. "Le monde se réveille, et le changement arrive, que cela vous plaise ou non. Merci", a-t-elle conclu, très applaudie dans la grande salle de l'Assemblée générale.

Seize jeunes ont attaqué cinq Etats en justice

Greta Thunberg ne s'est pas contentée d'interpeller les dirigeants mondiaux réunis à l'ONU. Avec quinze autres jeunes, elle a annoncé une action en justice pour dénoncer l'inaction de cinq pays contre le réchauffement climatique comme une atteinte à la Convention de l'ONU sur les droits de l'enfant. Cette plainte inédite, déposée avec l'aide du cabinet international d'avocats Hausfeld et la bénédiction de l'Unicef, vise cinq Etats pollueurs : la France, l'Allemagne, l'Argentine, le Brésil et la Turquie.

Cette plainte s'inscrit dans le cadre d'un "protocole optionnel" méconnu de la Convention. Il autorise depuis 2014 des enfants à porter plainte devant le comité des droits de l'enfant de l'ONU, s'ils estiment que leurs droits sont bafoués. Le comité est censé enquêter sur les violations présumées, puis faire des recommandations aux Etats visés pour y mettre fin. Les recommandations ne sont pas contraignantes, mais les 44 pays ayant ratifié ce protocole s'engagent en principe à les respecter, a expliqué Michael Hausfeld, qui espère que des recommandations seront faites dans les douze mois qui viennent.

Donald Trump a fait une apparition éclair

Le président américain n'avait pas prévu de participer au sommet pour le climat de l'ONU. Il a pourtant fait une brève apparition à l'événement, sans s'exprimer à la tribune, lundi 23 septembre. Donald Trump s'est assis pendant quelques minutes dans l'enceinte où il a écouté, puis applaudi, le discours du Premier ministre indien Narendra Modi, avant de quitter les lieux sous le regard de Greta Thunberg. Pour toute explication, il a dit : "Je crois beaucoup à l'air pur et à l'eau pure et tous les pays devraient se mettre ensemble pour y parvenir".

Certaines multinationales ont pris les devants

Si Antonio Guterres n'a pas convaincu les chefs d'Etat de s'engager, les chefs d'entreprises ont été plus réceptifs. Dimanche, 87 multinationales majeures, telles que L'Oréal, Ikea, Danone et Sodexo, se sont engagées à faire leur possible pour maintenir l'objectif de la hausse des températures en dessous de 1,5 °C. 

D'autres acteurs économiques de taille ont débloqué des fonds pour diverses actions en faveur du climat. Comme le relève Le Monde, la Fondation Bill et Melinda Gates, la Banque mondiale et plusieurs gouvernements ont annoncé une participation à hauteur de 790 millions de dollars (soit 720 millions d'euros) pour aider quelque 300 millions de petits exploitants agricoles face au défi climatique. Les 25 plus grandes banques de développement, y compris l'Agence française de développement, se sont quant à elles engagées à financer 1 000 milliards de dollars (910 millions d'euros) de projets en faveur du climat d'ici à 2025. Des initiatives saluées par certains et honnies par d'autres. Pour Jennifer Morgan, directrice de Greenpeace International interrogée par le quotidien,"on n'a plus le temps pour les initiatives volontaires d'entreprises. Il faut des réglementations étatiques qui mettent fin aux énergies fossiles et modifient en profondeur les transports ou les bâtiments".

Emmanuel Macron a appelé à "des actes" pour l'environnement

Sans nommer Greta Thunberg, Emmanuel Macron s'est dit frappé par les discours des jeunes l'ayant précédé lors de sa prise de parole à la tribune de l'ONU. "Aucun responsable ne peut rester sourd à cette exigence de justice entre les générations, a-t-il dit. On a besoin de cette jeunesse pour nous aider à changer les choses (...) et mettre plus de pression sur ceux qui ne veulent pas bouger."

Le président de la République a ensuite poursuvi en évoquant le commerce international. "On ne peut plus avoir un agenda commercial qui soit contraire à notre agenda climatique, a-t-il affirmé. Il nous faut, dans nos échanges, être cohérent. Je ne suis plus favorable à renforcer les échanges avec des pays en contradiction avec l’accord de Paris".

Excédant le temps de parole prévu de trois minutes par leader, Emmanuel Macron a fait applaudir la Russie, qui a ratifié lundi l'accord de Paris, et répété que les dernières centrales au charbon françaises seraient fermées en 2022. Quant à l'Europe, il a appelé à ce que toutes les importations soient "zéro carbone et zéro déforestation". Enfin, il a appelé la communauté internationale à "des actes" pour lutter contre le réchauffement climatique. "On ne peut pas laisser notre jeunesse passer tous ses vendredis à manifester", a-t-il estimé.

Soixante-six pays ont adhéré à l'objectif de neutralité carbone

La première journée du sommet pour le climat a été marquée par l'engagement de 66 Etats au principe d'une neutralité carbone d'ici 2050, a annoncé l'ONU. La neutralité carbone signifie que les pays s'engagent à réduire au maximum leurs émissions et à compenser le reliquat, par exemple en replantant des arbres, qui absorbent le carbone de l'air.

Si la France et l'Allemagne font partie de la liste, il s'agit surtout de petits pays, qui représentent quelque 6,8% des émissions mondiales. L'Union européenne, notamment, a échoué à se mettre d'accord sur cet objectif, même si elle espère arriver à un consensus en 2020. Ces engagements restent, par ailleurs, pour l'essentiel, des déclarations de principe. Jusqu'à présent, seule une vingtaine de pays ont inscrit cet horizon dans leur loi nationale ou engagé ce processus.

Enfin, l'échéance annoncée est à long terme. "En 2050, le personnel politique actuel ne sera plus aux affaires", rappelle à franceinfo Clément Sénéchal, porte-parole de Greenpeace France. "La pression politique est davantage sur des objectifs pour 2030".