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Deep Climate : "Le mot-clé, c'est l'adaptation", assure l'explorateur Christian Clot après la deuxième étape de l'expédition

L'expédition "Deep Climate" est de retour de Laponie. Les 20 volontaires, encadrés par l'explorateur Christian Clot, ont passé plusieurs semaines dans le grand Nord, dans un but scientifique : étudier leurs réactions et celles de leurs corps face aux températures extrêmes.
Article rédigé par franceinfo - avec Céline Asselot
Radio France
Publié
Temps de lecture : 6 min
Christian Clot en mars 2021, après son expédition Deep Time. (GEORGES GOBET / AFP)

Christian Clot, explorateur et leader de l'expédition Deep Climate, a passé 30 jours en Laponie pour affronter des termpératures extrêmes, jusqu'à moins 50 degrés. C’est la deuxième étape d’une expérience commencée en décembre dernier au cœur de la jungle équatoriale de Guyane ou ils avaient dû affronter à ce moment-là des conditions tout aussi contraignantes mais très différentes avec un taux d'humidité de 100% chaudes.

franceinfo : Qu'est-ce qui était le plus difficile ?

Christian Clot : En Laponie, c'était la variabilité du climat qui changeait très souvent. La météo était très évolutive avec des tempêtes, des moments très froids, d'autres moins froids. On ne savait jamais vraiment quel futur nous attendait, et c'est cette variabilité qu'on voulait étudier car c'est celle de notre futur en France. Le mot-clé, c'est l'adaptation.

"Au début, quand on est confronté au grand froid, on cherche des solutions, on ne sait pas comment faire. Et puis, petit à petit, on met en place des systèmes qui permettent de se sentir un peu mieux."

Christian Clot, explorateur

à franceinfo

On arriver à moins souffrir en trouvant cette voie de l'adaptation qui permet de vivre dans ces nouvelles conditions.

À quoi ressemblaient les journées ? Vous n'êtes pas resté immobile évidemment, il fallait toujours être en mouvement pour faire face à ces températures hostiles.

Nous avançons tous les jours, donc tous les matins, on démonte le camp. Il faut jusqu'à quatre heures pour démonter un camp dans le grand froid, avec les moufles, et tout le matériel qu'on a pour faire de l'eau avec de la neige. Puis on commence à progresser entre huit et 16 kilomètres par jour, ça dépend du terrain, en ski, en tirant une pulka. C'est un traîneau dans lequel on a toutes nos affaires, environ 80 kilos de matériel par personne. En fin d'après-midi, on remonte le camp, donc ça prend encore trois à quatre heures pour le faire, pour s'installer, pour être prêt à la nuit et attendre quelques heures en faisant de l'eau avant de se coucher, pour se reposer au chaud dans le sac de couchage. Malheureusement, certaines personnes ont beaucoup souffert du froid, d'autres un peu moins. Ça fait partie du jeu, de notre différence par rapport au climat.

Vous dirigiez un groupe de 20 volontaires, qui n'étaient pas des professionnels de l'aventure comme vous : dix femmes et dix hommes, âgés entre 29 et 52 ans. Était-ce pour voir les différences d'adaptation selon notre sexe, selon notre âge, selon notre état physique ?

Ce sont des personnes "lambda" dans le bon sens du terme. Ils viennent de France métropolitaine, de Suisse et d'Allemagne et ils n'ont pas l'habitude de ces conditions extrêmes. On les plonge dans ces conditions justement pour voir la différence, pour voir comment des personnes qui ne sont pas habituées à ces conditions vont faire face. Et nous menons ainsi un nombre de protocoles scientifiques très conséquents pour étudier l'évolution cognitive et physiologique de ces personnes. Il y a une différence d'adaptation chez chaque individu, mais ce que nous constatons, c'est que ce n'est pas une question de sexe, ni même d'ailleurs une question d'âge. C'est vraiment une question d'individualité. Il y a bien des mécanismes récurrents que l'on retrouve chez tout le monde, notamment en termes cognitifs. Ce sont ces mécanismes-là que nous essayons de mieux comprendre pour peut-être plus tard, les enseigner et permettre aux personnes d'être mieux préparées à ces changements.

Quels sont ces mécanismes cognitifs justement ?

Ce sont des mécanismes qui passent par plusieurs étapes, la première étant cette notion d'acceptation. La capacité qu'on a de se dire que le milieu dans lequel on est, ne peut pas être modifié. Par conséquent, c'est nous qui devons modifier notre structure, notre manière de fonctionner : le lâcher-prise. C'est un thème que je n'utilise pas personnellement parce que le lâcher prise, ça voudrait parfois dire abandonner. Il faut se focaliser sur les leviers qu'on possède en soi, à titre personnel, pour faire face à la situation, plutôt que de compter sur les autres qui feraient les choses à notre place. Ça, c'est peut-être la première grande leçon. On a perdu l'habitude de faire les choses par nous-mêmes et notre cerveau s'est forgé de manière à attendre l'aide, au lieu de préparer son système à faire face.

"Ce que nous pouvons constater, c'est que l'adaptation principale d'une société humaine est bel et bien coopérative et sociale."

Christian Clot, explorateur

à franceinfo 

Lorsque nous sommes en équipe, seule la coopération fonctionnelle de l'ensemble des membres de l'équipe permet l'adaptation collective. Je crois qu'aujourd'hui,dans le monde comme mais aussi en France cette notion de coopération s'est rompue.Chacun garde des positions fermes sans écouter les autres. Et finalement, c'est peut-être la première leçon qu'on apprend avec nos missions scientifiques : tant que l'écoute n'existe pas, il n'y a pas de solution à la coopération adaptative. 

Comment se passe le retour ?

Il se passe de deux manières. Il y a d'abord une sorte de contentement de sortir d'un milieu difficile, de terminer un beau projet, surtout lorsque le projet a été un succès comme celui-ci. Et il y a forcément un peu de tristesse aussi de se dire que c'est la fin maintenant, alors qu'on a réussi à s'adapter. Il y a des personnes qui souffraient énormément au début et qui ont trouvé leur manière de fonctionner dans ces territoires, donc c'est une très belle leçon. Il faut accepter aussi cet arrêt pour repartir dans un autre cadre de vie. Mais ce seront nos vies futures : beaucoup de changements permanents face auxquels il faut à chaque fois se réadapter, le retour c'est aussi un besoin de réadaptation. 

La Laponie n'est pas une mission isolée. Il y a eu la Guyane tout d'abord, un milieu évidemment très chaud, très humide. Et puis il y aura dans quelques semaines, l'Arabie saoudite. Évidemment, là encore, des conditions climatiques extrêmes et très différentes. L'idée, c'est de voir un peu quel est le plus difficile, à quoi on s'adapte le mieux ?

Ce n'est pas forcément de voir ce qu'il y a de plus difficile, mais c'est vraiment de comprendre les différentes typologies climatiques que nous aurons dans le futur et comment nous pourrons nous y adapter. Nous aurons des endroits plus chauds et humides, des endroits plus chauds et secs, mais aussi des endroits plus versatiles avec plus de tempêtes. Et puis, il ne faut pas oublier les personnes des pays du Sud qui parfois doivent migrer malheureusement vers des pays plus froids. Et là encore, on va avoir le plus froid pour ces personnes. Donc c'est tout ça qu'on essaye de comprendre.

"Je suis très optimiste sur notre capacité d'adaptation, en étant également réaliste. Nous devons changer nos systèmes éducatifs pour pouvoir préparer les personnes à l'adaptation."

Christian Clot, explorateur

à franceinfo

L'adaptation, c'est aussi mettre en œuvre des moyens pour réduire nos climatsSi on veut arrêter de manger de la viande, on doit s'adapter par exemple. Et donc l'adaptation passe aussi bien pour réduire nos impacts que pour faire face au futur. 

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