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Climat : "La question de la décarbonation va se jouer largement en dehors du G7", craint l'auteur principal au Giec

Pour lutter contre le réchauffement climatique, les pays du G7 se sont également engagés à décarboner la majorité de leur secteur électrique "d'ici 2035".

Article rédigé par France Info
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Une conférence de presse à l'issue d'une réunion des ministres du Climat et de l'Energie du G7, le 27 mai 2022 à Berlin (Allemagne) (BERND VON JUTRCZENKA / DPA)

"La question de la décarbonation va se jouer largement en dehors du G7", explique François Gemenne, chercheur au FNRS à l’Université de Liège, enseignant à Sciences-Po et auteur principal au Giec, vendredi 27 mai sur franceinfo, après l'engagement des pays du G7 à décarbonner la majorité de leur secteur électrique d'ici 2035. "Tout l'enjeu se trouve aujourd'hui les pays qui sont des pays émergents ou en développement. Comment ces pays vont pouvoir électrifier leur territoire sans accès aux énergies renouvelables ?", s'interroge le chercheur.

franceinfo : les ministres des pays du G7 se sont engagés à mettre un terme au financement des projets d'énergie fossile à l'étranger d'ici 2022. C'est une promesse symbolique ou historique ?

François Gemenne : c'est un peu historique, même si on s'est habitué à cette sorte de litanie de promesses qui ressemblent souvent à des résolutions du nouvel an. On s'attaque directement au financement public des énergies fossiles, c'est un élément extrêmement important. Jusqu'ici, c'était un point aveugle de la lutte contre le changement climatique, alors que le GIEC estime qu'il serait possible de réduire de 10% les émissions mondiales de gaz à effet de serre si on mettait fin à ces subventions publiques. On s'attaque à ça avec des objectifs très rapprochés qui vont permettre de tenir les gouvernements comptables de ces objectifs, puisque là on est sur fin 2022 pour les projets à l'étranger et 2025 pour les projets chez soi. Ça veut dire que beaucoup des dirigeants qui prennent ces engagements aujourd'hui seront toujours en place en 2025 et qu'on pourra les tenir comptables de ces engagements.

Il y a aussi l'engagement de décarboner d'ici à 2035 la majorité de la production d'électricité. Les pays du G7 ont les moyens d'atteindre cet objectif ?

Ils ont sans doute les moyens. Le gros problème pour la décarbonation du secteur électrique, ça va être ce qui va se passer hors des pays industrialisés. Tout l'enjeu se trouve aujourd'hui dans les pays qui sont des pays émergents ou des pays en développement. En réalité, la grande question de la décarbonation du secteur électrique va surtout se poser en Inde, en Indonésie, en Egypte ou au Mexique. Comment ces pays, qui doivent encore électrifier des pans entiers de leur territoire, vont pouvoir le faire sans accès aux énergies renouvelables et parfois en puisant simplement dans les ressources fossiles qu'ils ont à disposition ? Je suis moins impressionné par cette annonce qui me paraît moins significative que celle sur les financements.

"Il faut absolument que l'action climatique se déploie hors des frontières des pays industrialisés."

François Gemenne, chercheur au FNRS à l’Université de Liège

à franceinfo

Tous les pays du G7 sont sur un pied d'égalité pour transformer la production d'électricité ?

Certains d'entre eux ont un retard à rattraper, tous ne partent pas de la même ligne de départ. Il y a des pays qui sont plutôt avancés dans du développement des énergies renouvelables, d'autres qui sont très nucléarisés et certains qui dépendent encore très largement des énergies fossiles. La France, par exemple, est un pays très nucléarisé et donc décarboner la production d'électricité va être très facile parce que c'est déjà largement le cas. L'enjeu pour la France se trouve surtout dans les transports, dans le logement et dans l'agriculture.

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