"Les nouvelles ne sont pas bonnes et j'ai peur qu'on s'y habitue" : après le rapport du Giec sur les océans, les associations plus inquiètes que jamais

Dans un rapport publié mercredi 25 septembre, les experts du Giec ont compilé plus de 7 000 études sur les impacts du réchauffement climatique sur les mers, océans et étendues de glace. Acidification et montée de l'eau, recul de la biodiversité et températures en hausse sont quelques-unes des conclusions. De quoi s'alarmer, réagissent les associations écologistes.

La glace recule dans l\'Antarctique à cause du réchauffement climatique.
La glace recule dans l'Antarctique à cause du réchauffement climatique. (MATHILDE BELLENGER / AFP)
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C'est un nouveau rapport alarmant que vient de remettre le Giec, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, mercredi 25 septembre. Ils ont compilé plus de 7 000 études sur les impacts du réchauffement climatique sur l'océan et la cryosphère. D'après les experts, le niveau des mers et des océans monte deux fois plus vite, tout en se réchauffant. L'océan s'acidifie, produit moins d'oxygène, moins de poissons et pourrait s'élever de cinq mètres d'ici 2300.

Des conséquences déjà visibles qu'Isabelle Autissier, la présidente du WWF France a pu observer. Elle rentre d'une mission de deux mois dans l'Arctique : "On voit qu'autour des glaciers, il y a de la roche à nu dont la couverture de glace a lâché il y a quelques années seulement. Quand on a une carte qui date d'une quarantaine d'années et qu'on veut aller au fond d'un fjord, on voit 10 à 15 kilomètres de plus parce que le glacier a reculé", a-t-elle réagi sur franceinfo.

L'océan victime du réchauffement climatique mais aussi de la surpêche et du plastique

Ce rapport du Giec apporte un nouvel éclairage sur les conséquences du réchauffement climatique, détaille la présidente de l'ONG : "Il n'y a jamais eu de rapport sur l'océan et la cryosphère. Il faut savoir que l'océan, c'est le climatiseur du monde. Ils sont ultra importants et la glace c'est notre source d'eau douce. On n'avait jamais remis en perspective toutes les informations sur ce sujet-là. C'est ce qu'on a fait et malheureusement les nouvelles ne sont pas bonnes et j'ai peur qu'on s'y habitue."

Mêmes inquiétudes au sein de l'association Greenpeace. "Les impacts néfastes des émissions de CO₂ liées aux activités humaines sur nos océans sont bien plus vastes et plus rapides que prévu", a réagi Taehyun Park l'experte climat de l'ONG.

En revanche pour l'ONG Seas at Risk, et sa chargée d'affaires en politiques européennes Alice Belin, le mauvais état des océans n'est pas dû uniquement au réchauffement climatique mais aussi "et surtout à cause des pressions qui pèsent sur lui par les activités humaines. Il faut arrêter la surpêche, réduire drastiquement voire arrêter les différentes formes de pollution qui viennent de l'activité humaine : pollution plastique, pollution chimique, pollution agricole." 

Des décisions politiques urgentes

En l'absence de solutions, les conséquences seront dramatiques pour les humains, estime Isabelle Autissier de WWF France : "On va avoir des conséquences calamiteuses en termes de sécheresses et d'inondations, en termes de monté du niveau de la mer accéléré, en termes de phénomènes extrême et d'alimentation." Un précèdent rapport du Giec indiquait fin août, que la montée des eaux pourrait  faire 280 millions de déplacés d'ici 80 ans. "Il y a aussi un scénario qui dit que plus d'un milliard de personnes vont être touchées par cela. Pourquoi ? Parce qu'il y a beaucoup d'hommes qui vivent près du bord de la mer. Une grande partie des métropoles sont construites au bord de la mer", a ajouté la présidente de l'ONG.

Seul espoir pour éviter le pire selon les différentes organisations écologistes : prendre des décisions politiques rapidement. Pour Taehyun Park, l'experte climat de Greenpeace : "Les gouvernements et les entreprises doivent prendre des mesures décisives pour abandonner les énergies fossiles, et soumettre leurs plans nationaux pour rester en dessous de 1,5°C d’ici à l’année prochaine. Ils doivent également mettre en place un traité mondial sur la haute mer qui ouvrira la voie à la protection d’au moins 30% des océans grâce à la création d’un vaste réseau de réserves marines."

Lutter contre le gaspillage et s'attaquer à la pollution plastique

Des mesures efficaces, c'est aussi ce que réclame le WWF : "Il faut revoir à la hausse les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030 pour respecter l’objectif de l’Accord de Paris (neutralité carbone en 2050)" , détaille Isabelle Autissier. "Il faut aussi adopter un accord mondial ambitieux sur la protection de la nature lors de la COP 15 de la Convention sur la Diversité Biologique en Chine en 2020", poursuit elle.

Le WWF appelle aussi la France à "adopter une loi anti-gaspillage ambitieuse qui s'attaque au fléau de la pollution plastique" ainsi qu'un "budget vert qui soit aligné avec les objectifs de l’Accord de Paris et permette à la France d’avancer vers une transition écologique juste."

"C’est maintenant que tout se joue"

Pour Alice Belin, chargée d'affaires en politiques européennes au sein de l'ONG Seas at Risk, il est peut-être même déjà trop tard : "Ce rapport est vraiment alarmant sur la menace qui pèse sur nos océans. Le plus alarmant est le fait que même si l'on arrête les émissions de CO2 aujourd'hui, ces changements sont inéluctables."

Isabelle Autissier espère avoir toujours une marge de manoeuvre : "Nous pouvons encore agir, mais c’est maintenant que tout se joue." Avant de conclure : "Les décideurs politiques ne peuvent plus rester sourds aux appels de la science et de la société civile, nous n’avons plus de temps à perdre dans les polémiques, nous attendons d’eux des décisions et des actions."