Quatre questions pas si bêtes sur la "prolifération" de guêpes cet été

Observe-t-on vraiment une explosion inédite de la population de guêpes cette année ? Franceinfo répond à cette question et revient sur d'autres idées reçues à propos d'un insecte mal aimé. 

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Une guêpe construit son nid, le 24 avril 2020 à Montlouis-sur-Loire (Indre-et-Loire).  (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

Les sociétés de désinsectisation parlent d'une année "record". "Cet été est exceptionnel", assure auprès de l'AFP David Oliveira Texeira, chef d'équipe de DKM Experts pour le Bas-Rhin. Ainsi, l'activité de destruction de nids de guêpes (et de frelons) a augmenté de 300% pour son entreprise. Selon cette dernière, bien d'autres régions en France sont concernées par ce phénomène. Des jardins aux terrasses des bars, en campagne ou en ville, on guette la guêpe et on la chasse à grands coups de revers de main. Franceinfo répond à quelques questions sur cet insecte mal connu, qui souffre d'une mauvaise réputation bien qu'il soit bénéfique pour l'environnement.

1 Y a-t-il une prolifération de guêpes cette année ?

En réalité, pas vraiment. L'été est la saison où les colonies de guêpes sont les plus actives. Nous en voyons donc logiquement davantage en juillet et en août. En outre, la météo leur a été particulièrement favorable ces derniers mois. L'hiver doux et le printemps chaud ont permis aux reines de survivre et de développer au mieux leur nid, contrairement à l'an passé, où "l'hiver rigoureux et une sécheresse relativement longue avaient sérieusement touché les guêpes et les frelons européens", souligne Eric Darrouzet, de l'Institut de recherche sur la biologie de l'insecte de l'université de Tours.

La question de la recrudescence des guêpes s'est déjà posée auparavant. En 2015, Le Monde avait évoqué le sujet. Libération en avait fait de même en 2018, interrogeant Quentin Rome, entomologiste au Muséum national d'histoire naturelle de Paris. "Non, il n’y en a pas plus", avait répondu le spécialiste qui disait être habitué aux sollicitations des médias sur ce point chaque année.

"Ce n'est qu'une question de perception", juge Samuel Jolivet auprès de franceinfo. Pour le directeur de l'Office pour les insectes et leur environnement (Opie), la population de guêpes n'a pas connu de grande évolution ces dernières années. "Nos contemporains ont perdu l'habitude d'avoir de la biodiversité autour d'eux. Ils sont de plus en plus inquiets et prennent les guêpes comme des agressions", estime-t-il.

Ces insectes se déplacent aussi afin de chercher de la nourriture pour leurs larves. Elles peuvent aller loin pour en trouver, "par exemple au niveau des ruchers ou dans les zones périurbaines et urbaines où nos jardins, nos parcs sont entretenus sans pesticides. Du coup, les gens y croisent plus de guêpes", poursuit Eric Darrouzet. 

"Ce qui nous donne aussi l'impression de voir beaucoup de guêpes, c'est qu'il ne pleut pas beaucoup", ajoute l'entomologiste Nicolas Moulin, interrogé par Brut. Assoiffées, elles cherchent de l'eau par tous les moyens et se rapprochent donc des humains, confirme Samuel Jolivet. Elles aiment également la bière, en raison de leur appétence pour les liquides sucrés, elles qui se nourrissent de nectar et de pollen. S'il n'y a pas encore de données sur les populations de guêpes en France, Eric Darrouzet ne "voit pas pourquoi les populations exploseraient". "Les études montrent plutôt que les insectes disparaissent à une vitesse alarmante, notamment du fait de l'utilisation à outrance de pesticides en milieu rural."

2A quoi servent les guêpes ? 

"C'est un insecte extrêmement utile", insiste Samuel Jolivet. Dans sa quête de nourriture pour ses larves, elle devient un prédateur extrêmement actif qui va manger des milliers de mouches, de chenilles ou de larves d'insectes qui peuvent être considérées comme nuisibles.

La guêpe a un rôle très important dans la régulation des populations d'insectes.

Samuel Jolivet, directeur de l'Opie

à franceinfo

Découvrant un cadavre d'animal, elles le dépiautent. Voilà pourquoi les poissons ou les steaks de nos pique-niques les intéressent.

Par ailleurs, les guêpes adultes contribuent à la pollinisation du fait de leur propre alimentation. Malgré cela,"comme 90% des insectes, les guêpes sont mal aimées", regrette Samuel Jolivet. "L'abeille a meilleure presse car elle produit ce miel qu'on adore, ajoute Eric Darrouzet. Pourtant, à part ça, abeilles, bourdons, guêpes et frelons, c'est exactement la même chose ! Ce ne sont pas des animaux foncièrement dangereux".

3Les guêpes sont-elles des insectes agressifs ?

D'une manière générale, non. "Il y a 3 000 espèces de guêpes en France, dont 20 qui sont 'sociales' et font des nids. Les autres espèces sont solitaires, rappelle Samuel Jolivet. Et sur ces 20 espèces, seulement deux ou trois sont très proches de nous et ont la capacité de piquer ou d'avoir une réaction agressive".

D'ailleurs, le directeur de l'Opie note que les guêpes polistes, qui nidifient sous les toits, sont complètement pacifistes, au contraire des espèces dont les nids se situent sous terre. Le risque de se faire piquer augmente lorsqu'on s'en approche, car les guêpes protègent les larves. "Et bien souvent, elles s'y mettent à plusieurs, car une guêpe en alerte émet des phéromones qui mobilisent ses congénères", lit-on dans Le Monde

Néanmoins, "il est tout à fait possible de cohabiter avec un nid de guêpes, si celui-ci se trouve loin de l'habitation, ajoute Samuel Jolivet. Mais s'il est proche, il faut appeler une société de désinsectisation". A noter que les guêpes ne réutilisent jamais le même nid, en changeant chaque année.

A la fin de l'été, certaines peuvent devenir plus agressives, après que la reine a pondu ses dernières couvées. Selon Slate, une fois que ces enfants sont partis pour fonder leur propre colonie l'année suivante, il ne reste que les guêpes qui étaient dévouées à la défense du nid. Alors "les sœurs laissées pour compte se contentent de se défendre elles-mêmes et de manger ce qu'elles veulent. C'est pourquoi les mois d'août et de septembre sont ceux où les guêpes piquent le plus". Cependant, si elles ne sont pas dérangées, il n'y a pas de risque particulier pour l'être humain. Elles piquent seulement quand elles se sentent menacées.

4Alors, que faire face à une guêpe qui s'invite à mon barbecue ? 

La réponse est... rien. "Il faut rester le plus calme possible et ne pas lui prêter attention", conseille Samuel Jolivet, même si cela n'est pas toujours évident lorsqu'une guêpe vient rôder près de son verre ou de son assiette. "Quand elles cherchent à se nourrir, elles ne sont pas agressives. Si on ne fait pas de geste brusque pour chercher à les chasser, elles ne vont rien faire." Il faut simplement bien vérifier qu'elles ne se trouvent pas sur la nourriture que l'on porte à sa bouche (les enfants doivent notamment être surveillés). 

En cas de piqûre et de choc allergique, il est impératif d'appeler les secours. Pour les autres, il n'y a pas de danger. Vous pouvez vous procurer une compresse d'alcool ou un antihistaminique à la pharmacie afin d'éviter que la piqûre n'enfle. Samuel Jolivet propose également un remède de grand-mère qui fera passer la douleur : appliquer du plantain, une plante commune des jardins, sur la piqûre.

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