"Il n'y a pas de vie dans un gazon de 4 cm" : pourquoi les spécialistes invitent à ne plus tondre la pelouse au mois de mai

Pour protéger la biodiversité, les naturalistes incitent à laisser votre tondeuse à l'arrêt, notamment durant le printemps, alors que près de 80% des insectes ont disparu ces 30 dernières années.
Article rédigé par franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Les allées de l'école de botanique, au Jardin des Plantes, à Paris. (Photo d'illustration). (BRUNO LEVESQUE / MAXPPP)

Depuis 2019, le mouvement "No Mow May", soit "Pas de tonte en mai", est actif en Grande-Bretagne, au pays du gazon ras. Un mot d’ordre suivi désormais en France, notamment dans des jardins publics parisiens. De quoi permettre aux insectes de sortir sur les espaces laissés en friche et de se mélanger aux fleurs qui bourgeonnent... 

Il fait encore un peu frais ce matin-là dans ce jardin parisien où jouent des enfants, pour que les insectes soient de sortie en nombre sur ces quelques mètres carrés volontairement laissés en friche, où les herbes hautes se mélangent à de petites fleurs violettes. Mais Alexandre Barraud, chargé de recherche au sein de l’ONG Pollinis, l'assure : "J'ai quand même pu voir différentes espèces d'abeille la semaine dernière ici !", se réjouit-il.

Favoriser la biodiversité

Une bonne nouvelle, puisque a fait 20 à 30 ans maintenant qu'on observe des forts déclins d'insectes. On parle souvent de 70 à 80% de population en moins ces 30 dernières années. Il y a plein de facteurs de déclin, notamment les pesticides, les activités humaines en général et aussi la perte de ressources et d'habitat", fait-il remarquer.

"En tondant tous les mois sa pelouse, on enlève toutes les fleurs qu'il y a dessus et donc des ressources potentielles pour les différents insectes."

Alexandre Barraud

à franceinfo

Laissez pousser une parcelle chez soi ou dans les parcs pour favoriser la biodiversité, c’est aussi un principe qui anime Noëlle Parisi, responsable technique du Jardin des Plantes de Paris "On a énormément de pigeons qui viennent se nourrir sur la pelouse. Après, quand la saison des floraisons va arriver, on aura énormément d'insectes. Beaucoup d'abeilles et d'autres familles d'insectes vont être présentes sur la prairie", assure-t-elle, devant cette pelouse non-fauchée depuis deux ans.

C'est, pour elle, la preuve du "net bénéfice" de ne pas tondre sa pelouse, pour le bien de la faune : "Un gazon qui est tondu à 4 centimètres, il n'y a pas de vie dedans", explique Noëlle Parisi.

"La nature sait très bien faire aussi"

"En fait, tout ça, c'est la palette de la gestion, comment vous décidez de gérer votre jardin", ajoute la responsable technique du Jardin des Plantes. "Soit c'est de la gestion très stricte, vous êtes tout le temps en train d'intervenir, soit vous décidez que vous allez prendre un peu votre temps, vous reposer et regarder la nature faire, parce que la nature sait très bien faire aussi. Elle n'a pas toujours eu besoin de nous !"

Ne pas tondre au moins en mai, au moins un bout de jardin, est une idée qui progresse même chez les fabricants de matériel. Une grande marque propose ainsi depuis l’an dernier un mode "réensauvagement" sur ses robots tondeuses, pour que ceux-ci laissent automatiquement une partie des pelouses parcourues à l’écart de leurs lames.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.