Vidéo Ouïghours : campagne de stérilisation massive des femmes et entraves aux naissances, la preuve d'un "génocide démographique", selon un chercheur

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Envoyé spécial. De  "génocide démographique" qui vise les Ouïghours du Xinjiang
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France Télévisions

Les persécutions du régime chinois envers les Ouïghours, communauté musulmane du Xinjiang, peuvent-elles être qualifiées de "génocide" ? S'ajoutant aux témoignages des rescapés, la découverte d'un chercheur pourrait s'avérer décisive. Documentées dans des rapports officiels, des "mesures d'entrave aux naissances" telles qu'une campagne de stérilisation massive prouvent, selon lui, l'existence d'un "génocide démographique". Explications dans cet extrait d'"Envoyé spécial".

Y a-t-il un génocide en cours dans la région du Xinjiang, au nord-ouest de la Chine ? C'est pour répondre à cette question qu'un procès extraordinaire s'est ouvert à Londres début juin 2021. Il s'agit d'un tribunal populaire qui n'est rattaché à aucune juridiction et n'a pas le poids de la Cour pénale internationale, aussi la portée de son jugement, attendu en décembre, sera-t-elle symbolique. La reconnaissance d'un génocide est souvent un très long chemin...

Contrôle totalitaire, internement de masse, tortures... les rescapés ouïghours qui y ont témoigné ont rapporté les sévices qu'ils avaient subi dans les camps d'internement mis en place par la Chine, racontant la destruction morale de tout un peuple. Cela suffira-t-il à faire reconnaître un génocide ? Une autre source pourrait s'avérer décisive : des documents de l'administration chinoise qui montrent une stratégie à long terme des autorités.

Depuis cinq ans, Adrian Zenz, un anthropologue allemand spécialiste de la Chine qui travaille sur la question ouïghoure, a épluché plusieurs milliers de pages officielles. Le chercheur a notamment remarqué des taux de natalité en très forte baisse dans le Xinjiang : jusqu'à - 60% en quatre ans. En continuant d'enquêter, il a découvert une campagne massive de stérilisation des femmes. 

"Plus les éléments sortent, plus je pense que nous sommes en face d'un génocide lent"

Adrian Zenz, anthropologue spécialiste de la Chine

à "Envoyé spécial"

Ainsi, un document émanant de la ville de Hotan montre que la mairie a été mandatée pour stériliser 14 872 femmes. "L'administration doit rendre des comptes, explique Adrian Zenz. Elle doit parvenir à ce quota de stérilisations, et si elle ne le fait pas, elle va devoir s'expliquer."

L'entrave aux naissances, l'un des cinq critères de génocide

Pour le chercheur, "c'est la preuve d'un plan systémique et prémédité, c'est la preuve qu'il y a une intention de détruire un peuple, au moins en partie, à long terme, par des mesures d'entrave aux naissances". La preuve de ce qu'il nomme un "génocide démographique". L'entrave aux naissances d'une population est en effet l'un des cinq critères de génocide tel que défini par les Nations unies. 

Au tribunal populaire de Londres, Qelbinur Sidik, une ancienne professeure de mandarin ouïghoure qui a réussi à s'enfuir de Chine, a témoigné de sa stérilisation forcée... à 50 ans. C'était en 2019. "On recevait régulièrement des messages des responsables du quartier, là où on vivait. Ces messages convoquaient les femmes de 18 à 59 ans à une clinique, soit pour se faire poser un stérilet, soit pour se faire stériliser. Si on n'y allait pas, ils nous disaient qu'il y aurait des conséquences. Pour nous, et aussi pour les membres de notre famille, et notamment pour notre mari. Ils disaient qu'on finirait sur une 'chaise tigre' [chaise d'interrogatoire à laquelle les suspects sont enchaînés], dans un commissariat. Alors je suis allée à la clinique. Il y avait une centaine de femmes. J'ai fait la queue pendant quatre heures. Et c'est là que j'ai été stérilisée."

Extrait de "La voix des femmes ouïghoures", un reportage à voir dans "Envoyé spécial" le 30 septembre 2021.

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