Vidéo "C'est une torture mentale d'avoir un inconnu chez soi une semaine par mois" : pour contrôler les foyers ouïghours, Pékin leur impose un "cousin chinois"

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Envoyé spécial.  Avec le  "cousin" chinois présent une semaine par mois, "on avait l'impression d'être en prison à la maison", témoigne une Ouïghoure
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L'œil de Pékin dans les foyers ouïghours... Pour mieux surveiller cette minorité musulmane du Xinjiang, en 2017, le régime a mis en place le programme du "cousin chinois". Une semaine par mois, des familles ouïghoures doivent accueillir un fonctionnaire issu de l'ethnie Han, majoritaire en Chine. Il leur faut cuisiner, manger, étudier, sortir... et même dormir avec lui. Un témoignage à voir dans "Envoyé spécial" le 30 septembre 2021.

Au Xinjiang, province du nord-ouest de la Chine qui concentre la majeure partie des Ouïghours, la répression à l'encontre de cette minorité musulmane turcophone est documentée depuis plusieurs années. Sous couvert de lutte contre le terrorisme, entre un et trois millions de personnes auraient été internées dans des camps de détention ou de "rééducation" forcée, selon plusieurs organisations internationales.

Pour parfaire sa politique de sinisation, le gouvernement de Pékin a imaginé de s'immiscer jusque dans les foyers ouïghours. C'est le programme du "cousin chinois", mis en place en 2017. Officiellement dans un objectif de rapprochement des peuples, des fonctionnaires issus de l'ethnie Han, majoritaire en Chine, sont envoyés dans des familles ouïghoures pour partager leur vie quotidienne. Le programme prévoit cinq activités que les membres de la famille et leur "invité" devront pratiquer ensemble : cuisiner, manger, étudier, sortir, et même dormir. 

"Est-ce que ton mari va à la mosquée ?"

"C'est une torture mentale d'avoir un homme inconnu chez soi une semaine par mois, qui doit dormir chez nous, alors que j'ai une famille, un mari. C'était angoissant, effrayant", témoigne Qelbinur Sidik dans "Envoyé spécial". Cette professeure de mandarin, membre du Parti communiste, pensait être une citoyenne modèle. Pourtant, durant deux ans, une semaine par mois, elle a dû subir les questions inquisitrices de son "cousin chinois".

Ces questions portaient notamment sur d'éventuelles pratiques religieuses. "J'ai entendu dire que le vendredi, des hommes allaient à la mosquée, commençait-il par exemple, selon le récit de Qelbinur. Il y a beaucoup de monde… Est-ce que ton mari y va ? Est-ce que tu l'as déjà vu y aller ? Et est-ce que toi, tu sais prier ?"

"On n'était pas enfermés dans les camps, mais on avait l'impression d'être en prison à la maison"

Qelbinur Sidik

à "Envoyé spécial"

Le faux "cousin" prenait note de tout ce que faisaient parents et enfants. Alors qu'il obligeait chacun à une vigilance de tous les instants, lui-même ne se serait pas privé de comportements inappropriés, selon Qelbinur Sidik. Par malchance, ce "cousin chinois" "aimait boire, raconte-t-elle. Quand il était ivre, il me demandait de chanter et de danser pour lui. Il me demandait s'il pouvait me faire des câlins ou m'embrasser. Il me collait tout le temps, avec des gestes déplacés, devant mon mari."

De peur d'être internée dans un camp, elle dit avoir subi ces humiliations quotidiennes sans oser protester. Ainsi, sans être détenu à proprement parler, "on avait l'impression d'être en prison à la maison", témoigne Qelbinur, qui a finalement réussi à s'enfuir de Chine.

Extrait de "La voix des femmes ouïghoures", un reportage à voir dans "Envoyé spécial" le 30 septembre 2021.

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