La base 311, QG de la guerre d’influence de la Chine

Une étude d’une ampleur sans précédent dévoile le gigantisme tentaculaire et très professionnalisé des réseaux d’influence construits par la Chine partout dans le monde. Le rapport publié lundi par l’Irsem démontre que la base 311 est le centre nerveux de la propagande de Pékin.

Article rédigé par
Rédaction internationale de Radio France - Christian Chesnot
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Adresse officielle de la base 311 dans la province du Fujian à Fuzhou, en Chine. (DOCUMENT IRSEM)

Officiellement, elle s’appelle l’unité 61716 de l’armée chinoise, ou base 311, surnommée "la base de la guerre de l’opinion publique, de la guerre psychologique et de la guerre du droit". Dissimulée derrière l'adresse d'une piscine située à proximité, elle a été créée en 2005 dans la province du Fujian à Fuzhou, juste en face de Taïwan. Son rôle est de centraliser les opérations de guerre psychologique qui visent à rallier la population taïwanaise aux thèses de Pékin.

>> Un rapport français dévoile le gigantisme des réseaux d'influence chinois dans le monde

Le rapport que publie lundi 20 septembre l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (Irsem), auquel la rédaction internationale de Radio France a eu accès, apporte des éléments concrets de son fonctionnement et de son commandement bicéphale composé de militaires et de commissaires politiques. Le personnel de la base est généralement présenté comme des chercheurs ou des ingénieurs.

Le rapport de l’Irsem a reconstitué l’état major de la base 311 depuis 15 ans mais l’identité des dirigeants actuels reste mystérieuse (DOCUMENT IRSEM)

"Les ingénieurs écrivent notamment sur des sujets liés aux questions de sécurité informatique, communications réseaux et autres sujets techniques, précise le rapport. Les chercheurs, quant à eux, écrivent sur des sujets en lien avec la guerre de l’opinion publique et la guerre psychologique."  Ils travaillent aussi sur les sujets liés à l’intelligence artificielle. La base 311 fait partie depuis 2015 de la Force de soutien stratégique de l’armée qui couvre aussi le spatial et la guerre électronique.

Une nébuleuse d’organisations

Dans sa guerre d’influence, toujours selon le rapport, "la base 311 mobilise trois types d’organisations : des entreprises façades du secteur médiatique, des unités de l’Armée populaire de libération qui lui sont subordonnées, ainsi que des plateformes relais avec lesquels les liens sont davantage distendus et flous." Cet ensemble forme une nébuleuse tentaculaire et opaque. "La base 311 opère en utilisant des entreprises qui constituent ses façades civiles, notamment la China Huayi Broadcasting Corporation (CHBC) ou la Voice of the Strait (VTS)" , peut-on lire dans le rapport. Ces médias multicanaux ont notamment pour cible la population de Taïwan ou les États-Unis.

D’autres unités secrètes sont affiliées à la base 311, notamment l’unité 61070 qui est un centre de propagande réseaux. Elle est située à proximité de la base 311.

Et puis, la Chine utilise des bataillons de plateformes relais, d’ONG, de structures civiles qui gravitent dans l’orbite de la base 311. "Elles ont en commun, peut-on lire dans le rapport, de servir de relais aux opérations d’influence de la République populaire de Chine ou du moins de les faciliter."

Les plus connues sont la China Association for International Friendly Contact (CAIFC) et la China Association for Promotion of Chinese Culture (CAPCC). "Le mode d’action de la CAIFC consiste à prendre contact et cultiver des relations avec des membres des élites des pays étrangers, notamment dans le secteur de la défense", écrit le rapport. La base 311 est un élément clé de la nouvelle stratégie d’influence de la Chine, qui s’est considérablement durcie ces dernières années. "Ses méthodes ressemblent de plus en plus, conclut le rapport de l’IRSEM, à celles employées par Moscou." Et l’élève chinois a sans doute aujourd’hui dépassé le maître russe… 

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