Manifestant blessé par balle, homme brûlé vif... Journée noire à Hong Kong cinq mois après le début des manifestations

Il s'agit de l'une des journées les plus chaotiques depuis ce printemps. Les protestataires, de plus en plus violents, s'opposent à la mainmise grandissante de Pékin sur ce territoire autonome, et demandent notamment de véritables élections au suffrage universel.

Des manifestants courent alors que la police déploie les canons à eau, dans le quartier de Mong Kok, à Hong Kong, le 11 novembre 2019.
Des manifestants courent alors que la police déploie les canons à eau, dans le quartier de Mong Kok, à Hong Kong, le 11 novembre 2019. (PHILIP FONG / AFP)

L'ancienne colonie britannique est à feu et à sang. Hong Kong a connu, lundi 11 novembre, l'une des journées les plus violentes en cinq mois de manifestations. Retour sur les événements marquants de la journée.

Un manifestant blessé par balle par les forces de l'ordre 

Une vidéo, largement diffusée sur les réseaux sociaux, a fait vivement réagir les manifestants. On y voit l'un d'eux touché par un tir presque à bout portant d'un policier dans le quartier de Sai Wan Ho.  Les protestataires semblent avoir été particulièrement choqués par la vidéo, diffusée en direct sur Facebook. Sur les images, on voit un policier tentant de maîtriser une personne vêtue d'un blouson blanc, à un carrefour bloqué par des manifestants.

Un autre homme, masqué, vêtu de noir, s'approche. Le policier lui tire visiblement sur le torse. L'homme tombe au sol, puis s'assoit en se tenant l'abdomen. Il essaie de se relever, avant d'être maîtrisé à terre par le policier. Deux autres coups de feu retentissent. A côté d'eux, un autre policier immobilise au sol un autre manifestant en noir. La chaussée est maculée de traces de sang.

(Attention, cette vidéo est particulièrement violente.)

Une personne a été touchée par une balle, a indiqué la police. Les autorités hospitalières ont précisé qu'un homme de 21 ans avait été admis pour une blessure par balle. De nombreux manifestants ont encore dénoncé un recours excessif à la force de la part de la police.

La vidéo des tirs de Sai Wan Ho a poussé de nombreux employés à descendre dans les rues au moment de leur pause déjeuner dans le quartier commerçant de Central, qui abrite nombre de grandes entreprises étrangères et de boutiques de luxe. "Je ne comprends pas pourquoi la police se montre aussi brutale et s'en prend à des innocents. Ça n'a plus aucun sens. Je crois que cela échappe à tout contrôle", a déclaré à l'AFP une manifestante de 22 ans.

Un homme transformé en torche humaine 

Un homme masqué a aspergé un autre homme avec un liquide inflammable, avant de le transformer en torche humaine. Captée par des téléphones, cette scène particulièrement violente s'est vite propagée sur les réseaux sociaux.

(Attention, ces images peuvent choquer.)

Cette attaque s'est déroulée dans le quartier de Ma On Shan, à une vingtaine de kilomètres au nord du quartier financier de Hong Kong. La victime a été hospitalisée dans un état critique.

Selon la police, un manifestant est responsable de cette attaque. Les forces de l'ordre ont aussi accusé des "émeutiers" de divers autres actes de violence, comme le fait d'avoir jeté un cocktail Molotov dans un train. 

Des routes barrées et des rues saccagées

Des routes ont été barrées, alors que des manifestants radicaux vandalisaient des stations de métro et des sociétés accusées de faire le jeu du gouvernement local ou de Pékin.

Les stations du métro hongkongais, en temps normal d'une remarquable efficacité, ont été prises pour cible par les manifestants. Des barricades ont été érigées à certains carrefours.

La circulation a été paralysée, créant un casse-tête pour les employés tentant d'aller au travail. "S'obstiner dans ce saccage ne fait qu'aggraver une situation à Hong Kong où tout le monde est perdant", a déploré lors d'une conférence de presse un porte-parole de la police.

L'ex-colonie britannique traverse depuis cinq mois sa plus grave crise politique depuis sa rétrocession à la Chine en 1997. Les manifestations, quasi quotidiennes, se font de plus en plus violentes.

Une recrudescence des tensions ces dernières semaines

En dépit de 24 semaines consécutives de manifestations, l'exécutif local comme le gouvernement chinois se sont refusé à toute concession aux manifestants. Ces derniers accusent notamment Pékin de vouloir rogner sur le régime spécial dont bénéficie Hong Kong. Ils demandent la démission de Carrie Lam, la cheffe de l'exécutif hongkongais, accusée d'être aux ordres de Pékin, et davantage de démocratie avec l'instauration d'un véritable suffrage universel. Ils souhaitent également qu'une enquête soit menée sur le comportement de la police.

Lundi, une fusillade à Sai Wan Ho, a aggravé une situation déjà explosive. La tension s'était encore accrue après la mort, vendredi, d'un homme de 22 ans, Alex Chow. Le jeune homme était tombé cinq jours plus tôt, dans des circonstances floues, d'un parking à étages lors d'affrontements dans le quartier de Tseung Kwan O, à l'est de la ville.

Depuis lors, des veillées rassemblent quotidiennement des dizaines de milliers de personnes, notamment dans ce quartier résidentiel, depuis plusieurs semaines au coeur de la contestation.

Un appel à la grève générale avait été lancé pour ce lundi. Dès l'aube, à l'heure de pointe, plusieurs quartiers ont été le théâtre d'actions de blocage.