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Le désamour entre les étudiants et le gouvernement québecois

La décision du gouvernement québécois d'augmenter les droits d'inscriptions universitaires a déclenché il y a quatre mois des manifestations étudiantes. Alors que les négociations sont au point mort, apparaît en filigrane la question du choix de société.
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France Télévisions
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Des étudiants face à la police durant une manifestation, à Montréal, le 9 juin 2012 (AFP/STEEVE DUGUAY)

Les manifestations étudiantes ont débuté le 23 février 2012 à Montréal, en réaction au projet de loi déposé par le Premier ministre québécois Jean Charest. Elles n’ont pas faibli, réunissant chaque jour de quelques centaines à plusieurs dizaines de milliers d’étudiants. Durant les marches, les protestataires arborant des vêtements rouges font des concerts de casseroles.

Le 11 juin, ils n'étaient plus que deux à trois cents à prendre part au 49e défilé dans la capitale québécoise, dans le calme. La veille, la police avait chargé un millier de manifestants au soir du Grand Prix de Formule 1 du Canada. Plusieurs vitrines de banques avaient été brisées.

Des avis divergents
Le projet gouvernemental prévoit que les frais d’inscription passeront de 2.168 dollars à 3.946 dollars en sept ans, soit une augmentation d'environ 75%. Les autorités justifient ce choix pour le financement des universités. En Ontario, dans le premier cycle universitaire, ces droits s’élèvent à  6.500 dollars.

 

Plusieurs milliers de manifestants en soirée, dans les rues de Montréal

 

 

AFP, le 28 avril

La somme relativement faible demandée au Québec pour poursuivre des études supérieures provient «de luttes menées durant quarante ans», explique Xavier Lafrance, un étudiant participant à Toronto, à une manifestation de soutien au mouvement de la région francophone. Le niveau des droits universitaires dans la Belle province s'explique aussi par une volonté de démocratiser les études supérieures afin de former une élite francophone durant «la révolution tranquille».

Les autorités québécoises estiment que le projet de réforme est une mesure sociale, car il permettra de financer la hausse des bourses pour les étudiants les plus défavorisés. Pour ses détracteurs, ces étudiants ne gagneraient rien, car l’augmentation de la bourse passerait dans la hausse des frais de scolarité.

L'universitaire Jocelyn McLure estime que le projet serait un gain pour la démocratie québécoise. Selon lui, il est prévu un mécanisme de remboursement des prêts auxquels souscriraient les étudiants, proportionnel à leurs revenus futurs.

Un durcissement de la loi met le feu aux poudres
Un tournant s’est produit dans le conflit lorsque le gouvernement a fait voter en mai la loi 78. Laquelle prévoit que les manifestants doivent déclarer l’itinéraire de leur marche huit heures avant qu’elle n’ait lieu. En cas contraire, elle sera déclarée illégale. Les contrevenants s’exposent à de lourdes amendes tout comme ceux qui empêcheraient un étudiant de suivre ses cours. Nombre de voix se sont élevées contre ce texte, estimant qu’il s’agissait d’une atteinte à la liberté d’expression.

Les médias québécois ont vivement réagi. Pour le quotidien Le Devoir, il s’agit d’«un abus de pouvoir»  et «d’une tentation autoritaire». Le journal La Presse dénonce, pour sa part, «une disposition mal aisée et contre productive».

Le sentiment des Québécois est mitigé
Selon un sondage du 26 mai, 51% des internautes appuient la loi spéciale et 49% la réprouvent. Mais 60% estiment que cette loi ne parviendra pas à ramener la paix sociale. Des analystes, comme Lyse Payette, reprochent le manque de dialogue du gouvernement alors que «les jeunes réclament leur juste part de la société de la société mal foutue».

La Cour spéciale du Québec a entamé en juin l'examen du sursis de l'application de la loi avant d'étudier si elle est en conformité avec la constitution. Pour l'avocat des requérants, Me Michaud, le code pénal et celui de la sécurité routière sont suffisants pour garantir le caractère pacifique des manifestations.

Dans le même temps, le gouvernement a fait voter la suspension des cours dans les institutions boycottées par les étudiants jusqu’à mi-août. Pour certains observateurs québécois, le gouvernement joue sur la lassitude des manifestants à l’approche des vacances d’été et de ses festivités. 

Jean Charest à la convention libérale à Victoriaville, le 6 mai 2012. (AFP/ROGERIO BARBOSA)

Naissance d'un mouvement social ?
Des analystes y voient un avertissement à portée idéologique, une offensive néo-libérale du gouvernement qui affuble l'étudiant d'un statut de client. Et aussi un essor du capitalisme marqué par de grandes manoeuvres économiques comme le projet de développement du Grand Nord, qui exploitera pendant 25 ans les richesses d'un territoire peuplé d'Amérindiens.

Avec le contentieux étudiant, le gouvernement Charest est largement critiqué. Au pouvoir depuis neuf ans, le Premier ministre voit également remonter plusieurs affaires à la surface, notamment des accusations de corruption lors de passation de marchés publics dans la construction.

Charest boudé dans les urnes
Surprise aux élections locales mi-mai, alors que les manifestations n’avaient pas changé les opinions politiques des électeurs: le Premier ministre se trouve affaibli. En effet, le parti le plus à gauche du Canada, le Nouveau parti démocrate, vient d'enlever trois-quarts des sièges réservés au Québec au Parlement fédéral.

Quant au parti québecois de centre gauche, que l'on donnait sans ressort, il a battu mi-juin le parti libéral de Jean Charest à Argenteuil, au nord de Montréal, et ce pour la première fois depuis 46 ans. Le Premier ministre ne dispose plus que d’une majorité de deux sièges à l’Assemblée du Québec...

Alors que les élections sont prévues courant 2013, certains prédisent que Jean Charest va les avancer à l’automne 2012.

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