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Brésil : comment l'assaut contre les lieux de pouvoir s'est organisé sur les réseaux sociaux

Comme lors de l'attaque contre le Capitole aux Etats-Unis, l'assaut contre les lieux de pouvoir au Brésil s'est organisé sur les réseaux sociaux. Les organisateurs se sont notamment servi de messages codés pour mobiliser les bolsonaristes à Brasilia.

Article rédigé par franceinfo - Steven Gouaillier
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
Les partisans de l'ancien président d'extrême-droite Jair Bolsonaro devant le Congrès brésilien dimanche 8 janvier.  (SERGIO LIMA / AFP)

Il a suffi de trois mots pour lancer l'appel au ralliement des pro-Bolsonaro sur les réseaux sociaux : Festa da Selma, "Fête de Selma". Comme le relate le Washington Post à l'aide d'analyses de spécialistes, en plus des appels "classiques" au rassemblement (blocage de routes, de stations-services...), le mot d'ordre a été partagé ces dernières semaines sur les plateformes pour permettre aux partisans de l'ancien président d'extrême-droite qui contestent la victoire de Lula de se retrouver dimanche 8 janvier à Brasilia afin de s'attaquer aux lieux de pouvoir. L'opération s'est finalement soldée par des dégâts considérables au palais présidentiel, au Congrès et à la Cour suprême, avec de nombreuses arrestations à la clé. 

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Le terme "Festa da Selma" n'a pas été choisi au hasard. Face aux restrictions mises en place par les réseaux, les organisateurs ont tout simplement changé une lettre à "selva" ("jungle" en portugais, terme parfois utilisé comme cri de guerre par les militaires brésiliens). Sur Facebook, Twitter, Instagram ou WhatsApp, ces trois mots ont permis de mobiliser sans être repéré par la modération. 

Comme lors de l'assaut contre le Capitole aux Etats-Unis, les appels de ce genre se sont multiplié sur les plateformes quelques jours avant le rassemblement, d'après le Washington Post et des médias brésiliens. Sur la messagerie cryptée Telegram, certains participants ont indiqué préparer la venue de "mille bus" dans le but d'amener "deux millions de personnes à Brasilia" depuis plusieurs États brésiliens vers la capitale fédérale, tout en indiquant la date ou les routes à suivre dans le cadre de "caravanes de la liberté". 

D'autres comptes ont encouragé à échanger des messages écrits à la main puis photographiés : "L'algorithme ne lit pas les messages écrits à la main !" assure un de ces messages. Ces photos ont ensuite été largement relayées, passant d'une plateforme à l'autre.

Exemple de messages manuscrits diffusés sur Twitter et relayés sur tous les réseaux donnant rendez-vous à Brasilia, et appelant à une intervention militaire. (CAPTURES D'ECRAN TWITTER)

Les plateformes dans le viseur des autorités brésiliennes

Meta, propriétaire de Facebook, WhatsApp et Instagram a pourtant indiqué lundi 9 janvier avoir "désigné le Brésil comme un lieu à haut risque provisoire" avant la tenue des élections présidentielles le 2 novembre 2022. D'après l'un des porte-parole de l'entreprise, "nous avons supprimé les contenus appelant les gens à prendre les armes ou à envahir par la force le Congrès, le palais présidentiel et d'autres bâtiments fédéraux". 

Si le patron de Twitter Elon Musk a de son côté semblé s'émouvoir de la situation au Brésil et souhaité une "résolution pacifique" de la situation, certains internautes n'ont pas manqué de lui rappeler qu'il avait licencié une grande partie des équipes brésiliennes de l'entreprise lors de sa prise de contrôle à la fin du mois d'octobre. L'un des tweets du multimillionnaire début décembre a également refait surface, dans lequel Elon Musk avait estimé que les salariés brésiliens de Twitter avaient pu "donner une préférence aux candidats de gauche" lors de l'élection présidentielle. 

Pris pour cible par les bolsonaristes, le juge de la cour suprême Alexandre de Moraes a de son côté réclamé aux plateformes de bloquer les comptes d'utilisateurs à l'origine de messages antidémocratiques. 

>> Twitter : Elon Musk promet de quitter la direction du réseau social après un sondage défavorable à son maintien

Les réseaux sociaux pourraient cependant avoir une certaine utilité pour les autorités brésiliennes. Après l'assaut contre les lieux de pouvoir, la police fédérale prévoit une enquête longue, mais pas forcément difficile : en plus des milliers d'empreintes laissées sur place par les émeutiers, les vidéos tournées et publiées par les bolsonaristes eux-mêmes devraient grandement aider les enquêteurs à identifier les plus violents. 

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