Bombardement d'un hôpital de MSF en Afghanistan : "C’est un carnage terrible"

Un hôpital de Médecins Sans Frontières a été détruit à Kunduz, au nord-est de l'Afghanistan. Au moins 19 personnes, dont 12 employés de l'ONG sont mortes. Un bombardement de l'Otan est sans doute à l'origine de cette destruction. Une enquête a été ouverte. Jacques Bérès est chirurgien, cofondateur et ancien président de MSF. Sur France info, il a régit à cette attaque, avec émotion et colère.

(Les forces afghanes et un civil blessé devant un centre de soins de MSF à Kunduz. Photo d'illustration © Dehsabzi/AP/SIPA)

Il est 2h10 dans la nuit de vendredi à samedi quand le bâtiment est touché. A ce moment là, de violents combats opposent les Talibans à l'armée afghane soutenue par les forces de l'OTAN.

L'OTAN reconnaît par la voix de son porte-parole, la colonel Brian Tribus, avoir bombardé la zone et qui n'exclut pas avoir causé ce qu'il est courant d'appeler en langage militaire, "des dommages collatéraux."

L'opération visait sans doute "des terroristes armés qui ont attaqué l'hôpital de MSF et l'ont utilisé comme base pour attaquer les forces afghanes et les civils", a précisé le ministère afghan de la Défense. Le raid "pourrait avoir causé des dommages collatéraux dans un centre médical qui se trouvait à proximité. Une enquête a été ouverte", a conclu le colonel Tribus dans un communiqué.

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L'attaque a duré "plus de 30 minutes" après que l'ONG a donné l'alerte

L'hôpital géré par MSF Belgique est situé dans la localité de Chardara, c'est au nord-ouest de Kunduz. Il abritait au moment du bombardement plus d'une centaine de patients et 80 personnels afghans et étrangers. Depuis samedi matin, les blessés sont évacués dans un hôpital à deux heures de là.

Dans un communiqué, MSF condamne fortement le bombardement qui aurait continué une demi-heure après l'alerte envoyée à Kaboul et à Wahington. L'ONG précise que les coordonnées géographiques du bâtiment étaient connues de l'OTAN et exige "que toute la lumière soit faite rapidement" sur cette attaque.

"C’est grave, c’est odieux, c’est insupportable" (Jacques Bérès)

Jacques Bérès est chirurgien, cofondateur et ancien président de Médecins sans frontières. Sur France info, il a régit à cette attaque, avec émotion et colère aussi. "C’est un carnage terrible, on est tous effondré . *Ça ne s’appelle même plus une bavure, c’est un carnage. Un bombardement qui continue plusieurs minutes quand on a informé directement Washington qu’il se passait un truc terrible, ça pose vraiment des questions sur la réactivité de la chaîne de commandement américaine." 

"C'est inadmissible que le général quatre étoiles qui reçoit la nouvelle à Washington ne puisse pas dire : 'Stop immediatly'. C’est odieux. Ce sont des jeunes gens avec un enthousiasme, une flamme, une envie d’aider les autres, qui font du bénévolat dans l’humanitaire, qui vont porter assistance dans une zone de conflit et ils se prennent un bombardement américain, c‘est de la folie* ", poursuit Jacques Bérès.

Jacques Bérès, co-fondateur de MSF, parle d'un carnage terrible, odieux, d'une bavure incompréhensible
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Au moins 19 personnes, dont 12 employés de MSF et sept patients, parmi lesquels trois enfants, ont péri dans l'attaque, selon un nouveau bilan communiqué par MSF samedi après-midi.  Par ailleurs, 37 personnes ont été blessées au cours de ce raid.

Depuis le début de la semaine, Kunduz est le théâtre de violents combats entre les Talibans et l'armée afghane. Selon le gouvernement afghan, la bataille de Kunduz a fait une soixantaine de morts et environ 400 blessés.