Exactions contre les Rohingyas : "Il faut arrêter ces violences extrêmes, cette épuration ethnique" requiert Médecins du Monde

Face au flux de réfugiés Rohingyas qui arrivent au Bangladesh, la présidente de Médecins du Monde, Françoise Sivignon, prévient qu'il "est plus que temps que cette urgence humanitaire, qui s'étale sous nos yeux, soit vraiment prise en compte".

Le Dr Françoise Sivignon, présidente de Médecins du Monde.
Le Dr Françoise Sivignon, présidente de Médecins du Monde. (BERTRAND GUAY / AFP)
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Depuis deux mois, plus de 500 000 réfugiés Rohingyas ont été forcés de rejoindre le Bangladesh pour échapper aux violences dont ils sont victimes en Birmanie. 500 000 sur un total d'un million, soit la moitié de la population. Ces exilés musulmans sont aussi devenus des apatrides, car la junte militaire birmane leur a retiré leur nationalité birmane en 1982.

Ces exilés "arrivent épuisés, ils ont vécu l'enfer", a déclaré samedi 14 octobre sur franceinfo, le Dr Françoise Sivignon, présidente de Médecins du Monde qui revient d'un voyage au Bangladesh. 

franceinfo : Vous venez d'effectuer un voyage au Bangladesh où vous avez rencontré des réfugiés Rohingyas. Dans quel état sont-ils ?

Françoise Sivignon : Ils arrivent, ils sont épuisés, ils ont vécu l'enfer. Ils décrivent des exactions et des atrocités, la torture, véritablement des gens extrêmement traumatisés. On a eu nombre de personnes qui arrivent vraiment prostrés, en particulier les plus vulnérables. Sur ces camps, il y a une grande majorité d'enfants et de femmes, 80% d'enfants et de femmes. Les enfants soufrent de malnutrition. Il y a une malnutrition aiguë. Beaucoup de maladies infectieuses liées à l'eau qui n'est pas potable et donc des diarrhées infectieuses, la dysenterie. L'environnement est favorable à ce qu'il y ait des cas de choléra et une santé mentale extrêmement affectée. Une partie de nos soins va dans cette direction pour essayer de les soutenir. Ce sont 500 000 personnes qui viennent s'ajouter probablement aux 400 000 déjà présents, puisque cet exode n'est pas récent, il s'est beaucoup accentué.

Avec 2 000 réfugiés qui arrivent par jour, les camps doivent être saturés ?

Les camps sont saturés. Ils essayent désespérément de passer. Il y a une partie de la frontière qui est terrestre et une partie qui est maritime. Certains essayent de passer à la nage accrochés à un bout de bois, d'autres dans des embarcations de fortune. On est vraiment dans un drame absolu. Ça a été qualifié par les Nations unies de plus grand drame humanitaire à l'heure actuelle, chez cette population qui est persécutée depuis des années. Les gens sont partout et s'installent là où ils peuvent. En face de cela, il faut d'abord des décisions politiques à l'encontre de la Birmanie. Il faut arrêter ces violences extrêmes, cette épuration ethnique, telle qu'elle a été qualifiée par les Nations unies. Il faut protéger ces populations, ces hommes et ces femmes. Elles ont été en danger énorme en Birmanie. Quand on les interroge, ils n'ont aucune envie de revenir [en Birmanie] dans les conditions dans lesquelles ils ont vécu, ils ont été massacrés. Tant que ne s'installera pas un mécanisme qui leur permet de vivre en toute sécurité et dans une paix prolongée, ils ne reviendront pas.

Comme humanitaire, avez-vous les moyens de travailler pour porter assistance aux Rohingyas ?

Les moyens logistiques sont compliqués à acheminer. Les autorités du Bangladesh commencent à construire des routes qui permettent l'acheminement des vivres. Au total, on parle de 800 à 900 000 personnes. Nourrir ces gens-là, c'est un défi en termes logistiques. La nourriture, les soins évidemment, il faut les acheminer à travers des routes qui pour l'instant n'existent guère. Il faut une mobilisation financière également. Pour l'instant, on a des ONG de la société civile au Bangladesh. C'est un pays où la société civile est très active, très militante sur beaucoup de sujets. Et sur ce sujet, ils se sont fortement mobilisés. Les agences onusiennes et les ONG de solidarité internationale arrivent en renfort. Il faut pouvoir accéder à ces populations, celles qui sont encore en Birmanie. Il faut pouvoir soutenir, soigner, témoigner aussi des exactions qui ont eu lieu. Il est plus que temps que cette urgence humanitaire, qui s'étale sous nos yeux, soit vraiment prise en compte, et qu'on en parle.