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Les débuts de la concorde civile au Népal

Le pays qui a connu la guerre civile durant des dizaines d'années n'a toujours pas pu adopter une nouvelle constitution. Pauvre en ressources, le Népal compte essentiellement sur la coopération économique avec l'Inde et la Chine pour assurer son développement.
Article rédigé par Jean-Claude Rongeras
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
La fête de Rato Machindranath à Katmandou, le 25 avril 2012. (AFP/PRAKASH MATHEMA)

Le 28 août 2011, Baburam Bahatturai, vice-président du parti maoïste népalais, a été élu Premier ministre après plusieurs années de luttes intestines. Dans la foulée, les différents partis politiques ont signé un accord ouvrant la voie au reclassement des anciens combattants. Dans le même temps, le mandat de l’Assemblée constituante a été prorogé jusqu’au 30 mai 2012. La date butoir pour une nouvelle Constitution est, elle, fixée au 31 aout. Mais elle a déjà été reportée.

Un pays saigné par la guerre civile
Cette ancienne monarchie de près de 150.000 km², coincée entre deux puissants voisins, l’Inde et la Chine, a connu une longue instabilité avec une «guerre populaire», lancée par le Parti communiste maoïste népalais, entre 1996-2006. Elle s'est terminée, sous la pression indienne, par un accord de paix signé entre les partis politiques et les maoïstes, mettant un terme à la guerre civile qui a fait quelque 16.000 morts. En 2008, la République est proclamée. Le processus de stabilisation paraît enfin être arrivé à son terme.

 

Réintégration d'une partie des combattanst maoïstes dans l'armée

Euronews, le 2 novembre 2011

 

Le Népal – pays de la Laine en népalais – est parmi les pays plus pauvres d’Asie. L’économie est rurale à 80%. L’agriculture a su s'adapter à des altitudes souvent très élevées, sauf pour les terres arables du sud. Mais la production a été affectée par les destructions de la guerre. Aujourd'hui, le pays doit importer 270.000 tonnes de riz par an. Le Programme alimentaire mondial lui fournit une partie des denrées nécessaires.

Terre d'expérimentation pour Monsanto
Un acteur a débarqué avec de nouvelles recettes : Monsanto, le leader mondial des semences et des herbicides. L’agence américaine pour le développement international a signé le 13 septembre 2011 un accord avec le ministère de l’Agriculture népalais pour l’introduction du maïs hybride auprès de 20.000 paysans. Mais la société civile a commencé à s’inquiéter des conséquences de l'arrivée de Monsanto. Elle argue du fait qu’en Inde, l’introduction du coton transgénique BT (de Monsanto) a causé des baisses de rendement qui ont conduit des paysans au suicide.

Finalement, les hommes politiques ont pris le relais du mouvement de protestation. Le porte-parole du gouvernement, admettant «d’énormes  pressions», a indiqué qu’il souhaitait que l’on «aide le Népal à développer ses propres semences hybrides»  – alors que le pays compte 2.964 variétés de riz – «au lieu d’en importer». Un rapport d’enquête doit être publié en 2012.

Les géants chinois et indiens indispensables
En matière d’énergie, le Népal ne peut que compter que sur les barrages hydro-électrique et les autorités népalaises doivent prendre en compte le risque sismique, qui a causé la mort de 20.000 personnes à Katmandou en 1934.

La guerre civile est à l’origine du déplacement de dizaines de milliers de personnes vers la capitale. Le taux de chômage s’élevait en 2008, à 46%.

L’aide internationale et l’envoi de fonds par les travailleurs népalais à l’étranger – par exemple les régiments de Gurkhas (guerriers d'origine rajput recrutés par l’armée britannique pour leur vaillance – sont des pourvoyeurs indispensables de devises.

L’avenir économique réside dans le développement de la coopération avec ses grands partenaires. L’Inde a conclu des accords importants avec le Népal dans le domaine des transports alors que la Chine investit dans le domaine des infrastructures (énergie hydroélectrique) et la santé.

Le Problème tibétain s’invite au Népal
Pour Pékin, l’aide n’est peut-être pas seulement un investissement à long terme. La Chine fait en effet pression sur le gouvernement népalais pour qu’il arrête les manifestations et les prières de tibétains en exil faites régulièrement en soutien aux moines qui s’immolent au Tibet. Le Népal abrite quelques 20.000 Tibétains ayant fui la Chine en 1959, année de la rébellion tibétaine contre le pouvoir communiste chinois.

En août 2011, Katmandou a renouvelé son engagement à lutter contre «des activités anti-chinoises» alors que Pékin annonçait une aide de 50 millions de dollars pour ce pays défavorisé. Généralement, la police népalaise procède à des arrestations et emmène les manifestants dans des centres de détention, d'où ils sont libérés le soir même. Les enfants de ceux qui ne veulent pas acquérir la nationalité népalaise sont considérés comme «apatrides».  

D’autre part, chaque année depuis 1989, environ un millier de Tibétains traversent le Népal pour se rendre dans d'autres pays. Certains sont arrêtés, remis au service d’immigration ou renvoyés en Chine. Tout ceci est fait en violation de l’accord passé avec l’Onu en 1999 sur les réfugiés, indique International campaign for Tibet.

 

La police népalaise arrête des manifestants tibétains

Euronews, le 1er novembre 2011

 

Le pays doit également aider les réfugiés bouthanais – environ 75.000, dont les ancêtres étaient népalais – qui ont fuit le Bouthan à l'est, il y a 17 ans, pour des raisons de purification ethnique.

Relance du tourisme
Parmi les ressources sur lesquelles le Népal peut compter figure le tourisme. Longtemps, cette activité a semblé être réservée, outre les hippies dans les années 70, aux trekkeurs occidentaux qui parcourent les hauts sommets himalayens. Les sherpas, qui accompagnent les alpinistes étrangers, n’ont d’ailleurs pas disparu : le 11 décembre 2009, quelques centaines d’entre eux ont manifesté à Copenhague, à l’ouverture du sommet sur le climat, pour mettre en garde contre la fonte des glaces du Mont Everest (8.848 m).

Aujourd'hui, des «circuits découverte», dans la vallée de Katmandou et dans le Teraï près de la frontière indienne, prennent leur essor. D'autres merveilles attirent les touristes : de vieilles villes du XVe siècle et leurs multiples temples – classés au patrimoine mondial de l’Unesco – ainsi, qu’au sud, des randonnées à dos d’éléphants dans le parc animalier de Chitwan.

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