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Cambodge: l’économie du pays verrouillée par la famille Hun Sen

Au pouvoir depuis trente ans et un an, l’inamovible Premier ministre du Cambodge, Hun Sen, est épinglé par un rapport de Global Witness. L’ONG britannique accuse le chef du gouvernement d’avoir installé une vingtaine de membres de sa famille à la tête de plus d’une centaine entreprises clés du pays, privées ou publiques.
Article rédigé par Dominique Cettour-Rose
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
L'ONG Global Witness révèle dans un rapport la fortune du clan Hun Sen qui atteindrait les 200 millions de dollars (180 millions d'euros). (TANG CHHIN SOTHY / AFP )
Une simple consultation des registres du commerce aura permis à Global Witness d’évaluer la fortune colossale du clan Hun Sen. Quelque 21 membres de la famille du chef du gouvernement ont fait main basse sur de nombreux secteurs d’activité, parmi les plus lucratifs: import-export, finance, tourisme, hôtellerie, médias, transports, immobilier, énergie et jeu, ces trois derniers domaines ayant la réputation, selon le rapport, d’être gangrenés par la corruption.

«Nous savions que Hun Sen avait verrouillé la scène politique et maintenant il est clair qu'il a fait de même pour la sphère économique», affirme Patrick Alley de Global Witness. «Il s'agit d'un contrôle féodal de l'économie, notamment via des mariages», ajoute-t-il.

 
Les proches du Premier ministre sont propriétaires ou dirigent plus de 25% des actions de 103 des 114 sociétés privées dans lesquelles ils ont déclaré des intérêts, indique Le Monde. Selon le journal, sa fille Hun Mana est à la tête de 22 firmes et le capital qu’elle détient s’élèverait à 66 millions de dollars, notamment grâce à deux chaînes de télévision et une agence de publicité.

Ce n'est que «la partie émergée de l’iceberg»
Lors de la publication du rapport, le 7 juillet 2016, le porte-parole du gouvernement, Phay Siphan, s'est défendu affirmant que «le rapport cherche à briser le respect que le peuple cambodgien a pour le Premier ministre. Nous n'y prêtons pas attention.»
 
Mais les participations de la famille Hun Sen, qui s’élèvent à 200 millions de dollars (180 millions d’euros), ne représentent que «la partie émergée de l’iceberg», selon le Phnom Penh Post qui affirme que l'utilisation de prête-noms sert à masquer l’étendue de cet empire commercial. 

En trente ans de pouvoir, l'homme fort du Cambodge a étendu son emprise sur les institutions du royaume et continue de museler les voix discordantes, notamment sur les réseaux sociaux. L'opposition l'accuse d'avoir lancé contre elle une nouvelle vague de répression alors que s'est produit le meurtre d'un commentateur politique, Kem Ley, connu pour ses critiques acerbes envers Hun Sen.


Ce dernier a condamné, le 11 juillet 2016, un «acte odieux» appelant à «laisser les autorités faire leur travail en profondeur et éviter de transformer cette tragédie en une affaire politique». Kem Ley, qui dirigeait Khmer for Khmer, une association de défense des paysans spoliés, critiquait aussi les partis d'opposition, même s'il s'en prenait essentiellement au pouvoir, militant pour une politique «propre».

Alors qu'il imposait encore, en mai, aux journalistes de le qualifier de «glorieux suprême et puissant commandant» pour le désigner, cette injonction n'était plus d'actualité le 8 juillet. «En ce qui concerne l'utilisation des titres pour les chefs de gouvernement, il n'est pas obligatoire d'écrire les titres exacts si les journalistes ne veulent pas les utiliser», a ainsi noté le Premier ministre sur sa page Facebook.

Hun Sen fait machine arrière 
A l'approche des élections de 2018, l'autoritaire Hun Sen, ancien combattant khmer rouge qui avait fait défection, tente de redorer son image. Mais nombre d'observateurs soulignent des relents de nervosité chez le Premier ministre. En mars, un étudiant cambodgien avait écopé d'un an et demi de prison pour avoir lancé, sur ce réseau social, un appel à une révolution contre lui. 

Son principal opposant politique, le Franco-cambodgien Sam Rainsy, parti en exil pour la quatrième fois en décembre 2015 pour échapper à une peine de prison a réagi le 8 juillet aux révélations de Global Witness sur la fortune des Hun Sen. «La preuve est faite qu'il s'agit d'une véritable kleptocratie (...)», a déclaré le président du Parti de sauvetage national du Cambodge (PSNC), selon Le Monde. Le site du journal indique que le numéro deux du PSNC, Kem Sokha, est accusé par l'unité anti-corruption du gouvernement d'avoir utilisé les services d'une prostituée et que deux autres députés du parti ont été emprisonnés.



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