Birmanie : "Des fonctionnaires, des étudiants, des médecins" parmi les manifestants contre le coup d'État, d'après le journaliste Guillaume Pajot

La contestation dans les rues s'amplifie alors que l'accès aux réseaux sociaux est de plus en plus restreint.

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Radio France
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Un manifestant brandit une pancarte demandant la libération de la dirigeante civile détenue Aung San Suu Kyi lors d'une manifestation contre le coup d'État militaire à Yangon le 6 février 2021. (YE AUNG THU / AFP)

"Des fonctionnaires, des étudiants, des médecins", figurent dans les cortèges de Birmans descendus dans les rues pour protester contre le coup d'État militaire, a expliqué sur franceinfo Guillaume Pajot, journaliste indépendant pour Géo ou encore la revue XXI. Plusieurs milliers se sont rassemblés samedi 6 février à Rangoun, à l'heure où l'accès à internet est très perturbé d'après les ONG, et où Twitter a été bloqué par les militaires qui ont renversé, lundi, le pouvoir en place et emprisonné des dirigeants, dont Aung San Suu Kyi.

franceinfo : Comment certains Birmans expriment-ils leur désapprobation du coup d'État ?

Guillaume Pajot : Depuis le début, il y a une colère qui s'est fait sentir, d'abord par de la désobéissance civile. Il y a des fonctionnaires qui ne vont pas travailler, des étudiants qui se rassemblent devant leur université, et des médecins également. En pleine pandémie, tous ne vont pas travailler et affichent des slogans, des gestes assez forts. Et là, ce qu'on voit en train de monter depuis, depuis deux jours, ce sont des manifestations, on va dire un peu plus classiques, mais également impressionnantes. Ce qu'on a pu observer ce matin, c'est que les forces militaires n'étaient pas présentes sur le site de la manifestation, c'était les policiers qui étaient là, ce qui est déjà un bon signe en termes de contrôle et aussi le fait que cette manifestation s'est déroulée plutôt dans le calme. Elle est en train de se disperser ce samedi matin. On ne parle toujours pas d'incidents ou de confrontations avec les policiers, ce qui est plutôt rassurant.

Qu'est-ce qui a conduit au putsch militaire ?

En novembre 2020, vous avez en Birmanie des élections législatives. C'est un succès absolu pour la Ligue nationale pour la démocratie, le parti d'Aung San Suu Kyi, qui écrase le parti pro-militaire, l'USDP [Parti de l'union, de la solidarité et du développement]. Dans la foulée, le soir-même, émergent des accusations de fraude : l'armée et l'USDP disent que l'élection a été volée. C'est ce qui a conduit au coup d'État de lundi, par la suite, où les parlementaires ne peuvent pas siéger, ne peuvent pas accéder au Parlement.

Comment Aung San Suu Kyi peut-elle continuer à peser dans le débat public ?

Pour l'instant, elle pèse très fort d'un point de vue symbolique. Elle a été prisonnière pendant les années de la junte militaire. Elle a été libérée en 2010 à la faveur d'une transition politique. Là, elle revient en assignation à résidence. Pour l'instant, elle n'a pas communiqué. Elle va plutôt bien, d'après ce que disent les militaires. Elle pèse dans le débat, mais vraiment de façon symbolique avec son image, son histoire. Mais pour l'instant, ses propos ne parviennent pas aux Birmans.

L'ONU dit souhaiter "créer les conditions pour l'annulation du coup d'État". Quel regard portez-vous sur les réactions de la communauté internationale ?

On voit parmi les Birmans beaucoup de témoignages qui demandent à ce que la communauté internationale soit plus sévère avec la Birmanie qu'elle ne l'a été ces dernières années. N'oublions pas que la Birmanie est un pays qui a été isolé pendant des décennies, sur lequel la communauté internationale a très peu de prise. C'est aussi pour ça que la transition démocratique à partir de 2011 a fonctionné, tout le monde a vu une ouverture inédite. Les leviers d'influence qui resteraient sont très difficiles à estimer. La réussite de futures condamnations, c'est un grand point d'interrogation. Mais ce qui ne veut pas dire qu'il faut s'en priver.

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