Après le démantèlement, des migrants du métro La Chapelle livrés à eux-mêmes

Malgré la promesse des autorités de leur attribuer un logement digne, des dizaines de migrants évacués du campement de La Chapelle mardi à l'aube sont à nouveau dans la rue, ou sur le point d'y retourner. Les candidats à l’asile et les personnes les plus fragiles recensés sur place ont en revanche trouvé une solution de logement pérenne.

(Des migrants se sont vus refuser l'accès au camp car ils étaient absent à l'arrivée de la police. Ils regardent les bulldozers raser leur camp de fortune, sous le métro La Chapelle à Paris © Raphaël Krafft)

Mardi, la préfecture de police, la mairie de Paris et les associations se félicitaient d’avoir évacué "dans le calme" le camp de migrants du métro La Chapelle devenu insalubre, et d’avoir pu travailler ensemble, en amont, à des solutions de logement pour les 380 occupants du site. Mais 48 heures plus tard, le compte n’y est pas.

Invités à monter dans des bus mardi lors de l’évacuation de leur camp par les CRS et les personnels de la ville de Paris, ces ressortissants soudanais, érythréens et éthiopiens pour la plupart ont été pris en charge en divers endroits de l’Ile-de-France : des hôtels, des foyers associatifs, des centres d'hébergement d'urgence (115). La plupart d'entre eux ont eu un toit au-dessus de la tête pour la nuit, comme s’y était engagée la municipalité de Paris, l'adjointe à la solidarité et à la lutte contre l'exclusion, Dominique Versini, en tête.

Pas tous : une centaine de migrants et de réfugiés ont été accueillis mercredi soir dans la salle Saint-Bruno en face de la très symbolique église Saint-Bernard dans le 18e arrondissement de Paris. L'association Entraides citoyennes a négocié dans l'urgence le gîte avec les responsables de la salle et a fourni le couvert.

Certes, les candidats à l’asile (une centaine) et les personnes les plus fragiles se sont vus proposer des solutions de logement durables et un accompagnement dans leurs démarches administratives. Une soixantaine de personnes démunies, des femmes et mineurs isolés, des familles avec enfants en bas âge ont été pris en charge par la mairie de Paris. Malgré tout, la grande majorité des pensionnaires du camp n’ira pas au-delà de quelques nuitées, faute de pouvoir payer.

Certains sont déjà revenus au métro La Chapelle

Une soixantaine de migrants embarqués mardi matin dans les bus numéro 5 et 6 ont été déposés dans le centre d’accueil de jour de l’Armée du Salut de Jaurès à Paris. Sans informations, la moitié d’entre eux sont revenus d’eux-mêmes au métro La Chapelle et les autres ont dû attendre jusqu’au soir pour bénéficier d’un accueil au Centre d’hébergement d’urgence de Nanterre, avant d'en être délogés mercredi matin.

Ceux-là ont le sentiment d’être livrés à eux-mêmes, à l’image d’Omar Muhamar, un demandeur d'asile soudanais accueilli dans un hôtel de banlieue : "quand nous sommes arrivés sur place, ils ont noté notre nom, ils nous ont dit que nous pouvions nous installer pour cinq nuits, mais personne ne nous a conseillés. On leur a demandé ce qui allait se passer après, il n’y avait pas de responsable pour nous répondre. On ne nous a pas donné à manger ".

"On leur a demandé ce qui allait se passer après, il n’y avait pas de responsable pour nous répondre" Omar Muhamar, réfugié soudanais
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"Des regroupements surgiront ailleurs, et on n'aura rien résolu"

Par ailleurs, une cinquantaine de migrants ne se trouvaient pas sur place au moment où les forces de l’ordre ont procédé à l’évacuation du camp, et malgré leur inscription préalable sur les listes des personnes à reloger, on leur a interdit de récupérer leurs affaires, et de monter dans les bus. Mohammed, un réfugié tchadien explique que tout ce qu’il possède est resté là-bas. "Je leur ai dit que je voulais récupérer mes vêtements et mes papiers, mais ils m’ont dit que c’était trop tard. Ils m’ont dit de partir"

("D'autres regroupements surgiront ailleurs, et on n'aura rien résolu", Pascal Julien, élu EELV du 18e arrondissement © Raphaël Krafft)

Evacués pour des raisons d’insalubrité et de risques liés à des épidémies selon la préfecture de police et la mairie de Paris, ces migrants n’ont pourtant qu’un point de repère dans la capitale, et ce point de repère, c’est le boulevard de La Chapelle, là où ils ont appris à survivre en groupe. Pour eux, le démantèlement du camp est un immense gâchis.

"Je leur ai dit que je voulais récupérer mes vêtements et mes papiers, mais ils m’ont dit que c’était trop tard" Mohammed, un réfugié originaire du Tchad
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La crainte des associations humanitaires, c’est donc que cette opération, destinée à rendre un peu de leur dignité à ces personnes, n’entraîne la formation d’un autre camp, ailleurs dans Paris. Pascal Julien, conseiller EELV de Paris à la mairie du 18e arrondissement, précise son sentiment : "les gens qui sont dans des hébergements vont progressivement les quitter parce qu’ils n’ont pas les moyens de payer, et ils vont aller à nouveau vers Paris, ils vont à nouveau errer, puis se regrouper, et puis aller rejoindre d’autres regroupements comme celui d’Austerlitz, d’autres regroupements surgiront ailleurs, et on n’aura rien résolu ".

"d’autres regroupements surgiront ailleurs, et on n’aura rien résolu" Pascal Julien, conseiller EELV de Paris dans le 18e arrondissement de Paris
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