Zimbabwe : les trente-sept ans de pouvoir du despote Robert Mugabe en cinq étapes-clés

A 93 ans, il a été contraint de démissionner de la présidence du pays. Le plus vieux dirigeant en exercice de la planète a annoncé sa décision historique dans une lettre envoyée au président de l'Assemblée nationale. 

Robert Mugabe, alors président du Zimbabwe, le 17 décembre 2016 lors d\'un discours à Masvingo, au sud de la capitale du pays. 
Robert Mugabe, alors président du Zimbabwe, le 17 décembre 2016 lors d'un discours à Masvingo, au sud de la capitale du pays.  (JEKESAI NJIKIZANA / AFP)
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franceinfo avec AFP et ReutersFrance Télévisions

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"Moi Robert Gabriel Mugabe (...) remets formellement ma démission de président de la République du Zimbabwe, avec effet immédiat." Après trente-sept ans de pouvoir, le président du Zimbabwe a été contraint de démissionnerUne semaine après un coup de force de l'armée, le plus vieux chef d'Etat en exercice de la planète – 93 ans –, longtemps considéré indéboulonnable, a dû concéder sa défaite mardi 21 novembre, alors que le Parlement avait débuté une procédure visant à le destituer.

Robert Mugabe était le dernier chef d'Etat africain à avoir lutté pour l'indépendance de son pays. Mais il s'est transformé au fil des ans en président autocrate, incarnant jusqu'à la caricature le despote africain accroché à son pouvoir. Retour sur les cinq étapes-clés de ce long règne autoritaire. 

L'élection triomphale, en 1980 

Lorsqu'il prend les rênes de l'ex-Rhodésie dirigée par la minorité blanche, Robert Mugabe est adulé. En 1980, année de l'indépendance, il devient le premier dirigeant démocratiquement élu du pays, au poste de Premier ministre. Il prêche alors, plus de dix ans avant Nelson Mandela, dans l'Afrique du Sud voisine, la réconciliation entre Noirs et Blancs.

Cette politique lui vaut des louanges générales, particulièrement dans les capitales étrangères.

Bardé de diplômes, le révolutionnaire Mugabe apparaît comme un dirigeant modèle. En dix ans, le pays progresse à pas de géant : construction d'écoles, de centres de santé et de nouveaux logements pour la majorité noire.

La répression de la rébellion dans le sang, en 1982

Très tôt, le héros a la main lourde contre ses opposants. Dès 1982, il envoie l'armée dans la province "dissidente" du Matabeleland (sud-ouest), terre des Ndebele et de son ancien allié pendant la guerre, Joshua Nkomo. 

Selon les organisations de défense des droits de l'homme, la répression fait 20 000 morts. Joshua Nkomo s'enfuit à Londres. Il mourra d'un cancer en 1999 à Harare, à l'âge de 82 ans.

En 1987, à la faveur d'une modification de la Constitution, Robert Mugabe s'installe comme président. Le "camarade Bob" commence alors à diriger son pays d'une main de fer.

La destruction de l'économie du pays dans les années 2000 

Menacé pour la première fois de sa carrière par un vent de lassitude intérieure avant les élections générales de juin 2000, Robert Mugabe se lance dans une offensive tous azimuts : virulente campagne contre l'homosexualité, sermons féroces contre les complots de toutes sortes qui le menaceraient, soutien à l'occupation violente des fermes blanches. 

C'est cette dernière mesure qui provoque l'effondrement de l'économie du Zimbabwe, jadis deuxième puissance d'Afrique australe. Des centaines de milliers de Noirs deviennent propriétaires terriens, mais au prix de violences qui contraignent la plupart des 4 500 fermiers blancs à quitter le pays, provoquant l'émoi de la communauté internationale. L'exode fait la une des médias occidentaux.

L'économie sombre dans le chaos et subit l'inflation la plus élevée au monde. De 2000 à 2008, le PIB se contracte d'un tiers. Le chômage touche 80% de la population. Des millions d'habitants tentent de s'exiler pour échapper à la misère et au dénuement. Aujourd'hui, les liquidités manquent toujours et 90% des Zimbabwéens sont au chômage.

Les dix dernières années en autarcie  

Pendant les dix dernières années de son pouvoir, Robert Mugabe se comporte de plus en plus en autocrate imperméable à la moindre critique. Nombreux sont ceux parmi ses adversaires qui se souviennent alors de propos tenus en mars 2003. Parce que la Grande-Bretagne l'avait comparé à Hitler, il rétorque : "Hitler avait un seul objectif : la justice pour son peuple, la souveraineté pour son peuple, la reconnaissance de l'indépendance de son peuple et ses droits sur ses ressources. Si cela c'est Hitler, laissez-moi être le décuple de Hitler."

Dans ses diatribes anti-impérialistes au vitriol, Robert Mugabe rend l'Occident responsable de tous les maux de son pays, notamment sa ruine financière, et rejette toutes les accusations de dérive autoritaire.

L'élection présidentielle de mars 2008 se présente dans un contexte économique, politique et social extrêmement tendu. Robert Mugabe obtient un nouveau mandat de cinq ans, au terme d'un scrutin marqué par des violences et le retrait de son rival de longue date, Morgan Tsvangirai. Mais il est progressivement lâché par tous les fidèles de son régime.

La chute, provoquée par son épouse Grace Mugabe

Parallèlement, sa santé décline. En 2015, il est surpris à prononcer le même discours à un mois d'intervalle. Les photos de ses siestes pendant les réunions internationales n'en finissent plus de faire rire la planète.

Robert Mugabe avait un jour promis de fêter ses 100 ans au pouvoir. C'était sans compter sa deuxième épouse, Grace Mugabe, 52 ans, qui a précipité la chute de son régime.

L'ancienne secrétaire, qu'il a épousée en 1996 dans un second mariage, devient de plus en plus ambitieuse et s'invite dans la course à sa succession. Elle obtient de son mari la tête de la vice-présidente Joice Mujuru en 2014, puis celle du vice-président Emmerson Mnangagwa le 6 novembre 2017. Le limogeage de trop, puisque c'est celui qui convainc l'armée de se débarrasser du vieux président.