Quand les sanctions internationales heurtent les populations en Afrique

Les sanctions imposées par la Cédéao à la junte au Mali ont soulevé un vif ressentiment anti-français dans le pays. La France est notamment accusée de vouloir étrangler économiquement le Mali.

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
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La France était la cible des manifestants, vendredi 14 janvier 2022, dans les rues de Bamako au Mali. (FLORENT VERGNES / AFP)

L'opinion publique s'insurge dans les rues de Bamako contre ces sanctions iniques, tout comme la Guinée qui refuse d'y participer brandissant le risque de précipiter le pays dans la crise. A les entendre, les premiers impactés par les sanctions internationales à l’encontre d’un pays ne sont pas les dirigeants, mais clairement la population.

Qui sanctionne ?

En premier lieu, et c’est naturellement son rôle, le Conseil de sécurité des Nations unies peut prendre des mesures pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationale en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations unies. Depuis 1966, le Conseil a pris trente mesures de sanctions. Le Conseil de sécurité a appliqué des sanctions "pour appuyer les transitions pacifiques, décourager les changements non constitutionnels, lutter contre le terrorisme, protéger les droits de l'Homme et promouvoir la non-prolifération."

Les plus anciennes sanctions toujours en cours remontent à 1992 et concernent la Somalie, lors de la chute du président Siad Barré. Avoir gelés, interdictions de voyager, embargo sur les armes, mais aussi sur le charbon, constituent le cœur des sanctions.

(Traduction : "Ce qui se passe ici, c'est un combat pour préserver notre souveraineté et un combat contre le néocolonialisme français. Il y a tellement de propagande autour de ce qui se passe vraiment. Ces sanctions sont illégales illégitimes et sont une atteinte à la souveraineté du Mali.")

Douze pays sont concernés en Afrique, parfois à plusieurs titres. En général, il s’agit de sanctions dans le cadre de graves violations des droits de l’Homme. Mais les sanctions peuvent aussi venir d’un organisme interrégional ou d’un Etat. Cédéao, Union européenne, Etats-Unis… Parfois, la demande de sanctions émane du gouvernement légal qui entend ainsi assoir son autorité. En 2017, le gouvernement du Mali a demandé et obtenu toute une série de sanctions ciblées contre ceux qui s’opposaient à l’accord sur la Paix et la réconciliation dans le nord du pays.

Quel est l'impact des sanctions ?

"L'intérêt des sanctions ne réside pas seulement dans leur efficacité. La sanction est souvent un moyen d'indiquer clairement une réprobation, une prise de position de politique étrangère, plus modérée qu'un embargo, moins dangereuse que des mesures de rétorsion militaires", explique la fondation Robert Schuman. "Pas étonnant que l'Union européenne, poursuit le texte, en ait fait un instrument privilégié de sa politique extérieure."

Les sanctions sont individuelles et n'affectent pas, a priori, la vie des habitants d’un pays concerné. On trouve surtout le gel des avoirs à l’étranger, l’interdiction de voyager et bien sûr, très souvent, un embargo sur les armes. Ainsi, dans les mesures prises par la Cédéao, il n’est pas question d’embargo sur les biens de première nécessité ou les médicaments. Sont visés les caciques du pouvoir et leurs soutiens financiers.

Conséquences indirectes

Mais ces sanctions peuvent avoir malgré tout des conséquences indirectes. De quoi vit l’équipage d’un pétrolier libyen et le personnel portuaire quand les exportations illicites de pétrole sont interdites ?

Au Zimbabwe, certains hommes d’affaires et responsables politiques accusent les sanctions américaines et européennes, en place depuis vingt ans, de peser lourdement sur l’économie du pays. Les sanctions américaines interdisent ainsi aux banques de prêter au Zimbabwe. "Sans capital, pas d'emploi. Et aucun investisseur ne s'aventure dans un pays sous le coup de sanctions", explique l'économiste zimbabwéen Gift Mugano.

D’autant plus dur à accepter que ces sanctions remontent à une époque révolue, celle où Robert Mugabe régnait en maître absolu. Mais le nouveau régime conduit par Emmerson Mnangagwa ne convainc pas Washington qui attend un meilleur bilan sur les droits de l’Homme et des élections démocratiques.

Selon le porte-parole du département d'Etat américain Ned Price à l'AFP, "blâmer les sanctions américaines pour les problèmes du Zimbabwe ne fait que détourner l'attention des questions fondamentales sur une meilleure gouvernance". N’est-ce pas également le cœur du problème au Mali avec les sanctions de la Cédéao ?

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