Ce que l'on sait de la situation catastrophique au Mozambique et au Zimbabwe après le passage du cyclone Idai

Le cyclone tropical a fait plus de 400 morts depuis son passage en Afrique australe la semaine dernière. 

Des habitants se sont réfugiés sur les toits d\'une zone inondée de Buzi (Mozambique), le 20 mars 2019, après le passage du cyclone Idai.
Des habitants se sont réfugiés sur les toits d'une zone inondée de Buzi (Mozambique), le 20 mars 2019, après le passage du cyclone Idai. (ADRIEN BARBIER / AFP)

Idai "pourrait être le cyclone le plus meurtrier en Afrique australe", annonce l'organisation humanitaire Care. Huit jours après avoir balayé l'Afrique australe, il a déjà causé la mort de plus de 400 personnes, samedi 23 mars, mais le bilan pourrait s'alourdir et atteindre le millier de morts, a prévenu le président du Mozambique, Filipe Nyusi, lundi. "C'est la pire crise humanitaire dans l'histoire récente du Mozambique", a estimé la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, alors que les secours sont dépassés par l'ampleur de la catastrophe. Franceinfo fait le point sur la situation.

Le centre du Mozambique dévasté,
le Zimbabwe et le Malawi touchés

Dans la nuit du jeudi 14 au vendredi 15 mars, le cyclone Idai s'abat sur l'est du continent africain et frappe de plein fouet le Mozambique, notamment le port de Beira. Les vents oscillent entre 180 et 190 km/h. En début de semaine dernière, les autorités de Maputo, la capitale du Mozambique, avaient placé la région en alerte rouge et ordonné l'évacuation des populations les plus menacées, avec la mise en place de centres d'accueil d'urgence pour les sinistrés. Le Zimbabwe, notamment Chimanimani, petit district d'environ 30 000 personnes, et le Malawi voisins sont également touchés.

Un bilan humain encore provisoire

Le nombre de morts n'a fait qu'augmenter au fil des jours, passant de 31 samedi à 127 dimanche, 173 lundi, à plus de 300 mercredi, et jusqu'à 417 morts samedi, selon le dernier bilan. Au total, Idai, qui a provoqué des inondations catastrophiques et des éboulements de terrain au Mozambique et au Zimbabwe voisin, a fait au moins 676 morts dans les deux pays. 

Mais les autorités craignent le pire. "Tout laisse à penser que le bilan pourrait dépasser les 1 000 morts", a déclaré le président mozambicain, Filipe Nyusi, lundi, lors d'une intervention télévisée. Dans ce cas, Idai serait encore plus meurtrier que le cyclone Eline, qui avait provoqué la mort de plus de 800 personnes au Mozambique en 2000, rappelle Le Monde"Après l'analyse des images par satellite, nous estimons que 1,7 million de personnes se trouvaient sur la trajectoire du cyclone rien qu'au Mozambique", a affirmé un porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU, Hervé Verhoosel, lors d'un point presse à Genève, mardi. 

Au Malawi, près d'un million de personnes ont été affectées par le cyclone et plus de 80 000 d'entre elles ont dû quitter leur foyer, selon l'ONU.  Au Zimbabwe, plus de 15 000 personnes sont sinistrées. Le ministre July Moyo a déclaré que le bilan pourrait tripler"Il y a des corps qui flottent, certains jusqu'au Mozambique", a-t-il précisé. 

Beira "détruite à 90%"

Sur le plan matériel, la situation est également alarmante. Beira, ville mozambicaine d'un demi-million d'habitants, a été durement touchée. Elle est à "90% détruite", explique à franceinfo Renaud Thomas, président d'AMAMoz, l'Association des Mozambicains et des amis du Mozambique en France. "Les quartiers périphériques, eux, sont détruits à 100%. Ils étaient constitués de constructions précaires, des paillotes en canisse avec des couvertures en zinc qui ont pu causer beaucoup de dégâts", ajoute-t-il. Il redoute que des gens aient pu être décapités par ces toitures métalliques et que beaucoup de constructions ne soient sous l'eau. 

Selon Hervé Verhoosel, le porte-parole du Programme alimentaire mondial, le "plus grand défi pour le moment est l'accès" aux populations affectées car l'eau recouvre une grande partie de la zone touchée. "Plus de 100 000 personnes ont besoin d'aide alimentaire. Les fleuves Pungue et Buzi ont débordé et fait disparaître des villages entiers, isolant des communautés. Il y a des corps qui flottent", a constaté lundi Filipe Nyusi, le président mozambicain. Près de 350 000 personnes sont bloquées dans des zones inondées au Mozambique, selon lui. 

Le porte-parole du PAM a révélé mardi que la situation ne devrait pas s'améliorer car "des pluies plus abondantes devraient se poursuivre dans certaines régions du pays" ces prochains jours. "Personne n'était préparé aux inondations. Les gens étaient prêts à faire face au cyclone (...), mais celui-ci a provoqué au Zimbabwe et au Malawi des pluies torrentielles qui sont arrivées jusqu'ici" au Mozambique, a expliqué la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Pour ne rien arranger, des barrages "menacent de céder et de libérer des tonnes d'eau dans le corridor de Beira sur des villes comme Buzi ou Nhamatanda", ajoute Renaud Thomas. Le président Filipe Nyusi a appelé ses concitoyens habitant près de cours d'eau à "quitter la zone pour sauver leur vie". Mardi soir, six jours après le passage d'Idai, il a décrété l'état d'urgence et trois jours de deuil national. Renaud Thomas résume : "On n'avait pas vraiment pris conscience de l'ampleur de la catastrophe."

Des personnes sinistrées toujours pas secourues, une semaine après 

L'eau qui recouvre une grande partie du centre du Mozambique complique l'organisation et l'acheminement des secours. Ainsi, des milliers de personnes, mercredi, ont trouvé refuge dans des arbres, sur des toits ou des îlots. Environ 15 000 personnes ont encore besoin d'être secourues rapidement, a annoncé jeudi le ministre mozambicain de l'Environnement Celso Correia. A certains endroits, le niveau de l'eau a atteint jusqu'à six mètres. "Dans les arbres, les gens doivent se battre avec des serpents, des insectes, des animaux", a témoigné auprès de l'AFP Ian Scher, président de l'organisation sud-africaine Rescue South Africa, qui participe aux opérations de secours depuis Beira.

A Beira, au Mozambique, des habitants sont réfugiés sur le toit d\'une maison, dans un quartier inondé au passage d\'Idai, le 18 mars 2019.
A Beira, au Mozambique, des habitants sont réfugiés sur le toit d'une maison, dans un quartier inondé au passage d'Idai, le 18 mars 2019. (RICK EMENAKET / MISSION AVIATION FELLOWSHIP / AFP)

Dépassés par l'ampleur de la catastrophe, les sauveteurs sont confrontés à des choix difficiles. "Malheureusement, on ne peut pas venir en aide à tout le monde, donc notre priorité, ce sont les femmes, les enfants et les blessés", a expliqué la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Pour accéder aux sinistrés, les secours ont besoin de la voie maritime ou aérienne. "On a commencé avec un seul hélicoptère. Maintenant, nous en avons cinq [pour l'ensemble des opérations de secours depuis Beira]. Donc on devrait pouvoir sauver plus de gens, mais on manque de temps", a prévenu l'organisation.

"On doit rechercher et sauver des milliers de personnes, dont des enfants, mettre en place des hébergements et des centres de transit pour les sinistrés et permettre l'accès à de l'eau potable", résume l'Unicef. Les ONG ont aussi mis en garde contre les risques sanitaires, essentiellement de paludisme et de choléra, alors que l'hôpital de Beira a été partiellement endommagé. Le Programme alimentaire mondial a indiqué mardi qu'il avait commencé à acheminer de l'aide pour 500 000 à 600 000 personnes au Mozambique.

Des menaces de famine et d'épidémie

Dans une ville comme Beira, quasiment entièrement détruite, le risque de famine représente une lourde menace. Les eaux ont ainsi englouti les champs. Or les deux tiers de la population vivent de l’agriculture de subsistance, signale Le Monde.

Par ailleurs, les organisations humanitaires redoutent la recrudescence de maladies, dont le choléra, très présente dans le nord du pays. "Avec les eaux stagnantes, les corps en décomposition, le manque d’hygiène, on est assuré d’avoir des maladies", déclare au Monde la directrice exécutive de l’Unicef, Henrietta Fore.  "Il faut distribuer de l’eau potable afin d’éviter que les populations n’ingèrent des matières cholériques", précise à Libération Gwenola Seroux, qui coordonne les opérations de Médecins sans frontières France.

Que puis-je faire si je veux aider ?

Pour venir en aide aux victimes dans la région, l'ONU a annoncé le déblocage de 20 millions de dollars. La solidarité s'organise aussi en France. Des collectes de dons d'urgence ont été lancées par plusieurs associations humanitaires comme Handicap International et la Croix-Rouge. L'association AMAMoz mène une campagne de dons depuis lundi. Elle recueille les dons par virement bancaire sur son compte avant de les transférer à l'Institut national de gestion des calamités au Mozambique. Les informations sont disponibles sur la page Facebook de l'association.