Tunisie : la jeunesse soutient toujours le président Saïed mais s'inquiète qu'il "s'accapare le pouvoir"

Lors du scrutin d'octobre 2019, les jeunes avaient massivement voté pour le chef de l'État. En pleine crise politique, ils continuent de le soutenir tout en s'inquiétant du risque d'un retour à la dictature. 

Article rédigé par
Marie-Pierre Vérot - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Un bar sur l'avenue Habib Bourguiba à Tunis, le 28 juillet 2021.  (FETHI BELAID / AFP)

Quatre jours après le coup de force de leur président, les Tunisiens attendent toujours d’avoir un gouvernement. Dimanche 25 juillet, le chef de l'État Kaïs Saïed a suspendu le Parlement de Tunisie pour un mois puis il a limogé le gouvernement avant de s'octroyer le pouvoir exécutif. Même si la communauté internationale appelle à la nomination rapide d’un nouveau Premier ministre, ces décisions sont applaudies par nombre de Tunisiens, satisfaits de voir sanctionner des députés jugés corrompus et incompétents. Les jeunes Tunisiens, qui avaient massivement voté pour Kaïs Saïed en 2019, continuent de soutenir le président, tout en s'inquiétant de voir une telle concentration de pouvoirs. 

La jeunesse partagée entre soutien et crainte 

Le bar des amis au centre-ville est un peu le lieu de rendez-vous de la jeunesse de Tunis. On y vient avant le couvre-feu siroter une dernière bière ou un cocktail. La plupart des jeunes attablés avouent qu'ils ont voté pour le président Saïed par défaut pour dégager son adversaire du second tour, poursuivi pour corruption. Deux ans plus tard, tous approuvent son coup de force comme Islam, une jeune chargée de clientèle. "Certes, une partie de moi est super contente de voir les représentants d'Ennahda et les parlementaires payer pour ce qu'ils ont fait. Mais d'un autre côté, j'ai peur que Kaïs Saïed s'accapare du pouvoir et j'ai peur de retomber dans une sorte de dictature." 

Ce risque d'un retour de la dictature n'effraie pas Obar. Il tient un petit kiosque à tabac dans le quartier de la Goulette au bord de la mer, à une dizaine de kilomètres de là et assure que la jeunesse reste derrière le président Saïed, mais attend un geste. 

"Le peuple peut être patient avec lui, sauf que s'il fait des faux-pas, le peuple va le laisser tomber. Nous les jeunes, nous voulons reprendre notre pays."

Obar

à franceinfo


Le président a redonné des rêves à la Tunisie, ces rêves oubliés de la révolution qui avait mis fin à la dictature il y a dix ans, se souvient l'activiste Amal Bint Nadia. "On peut y croire mais on a besoin d'avoir des preuves, donc il faut rester très vigilant. C'est une occasion pour que la rue récupère la révolution qui lui a été prise par les partis politique, poursuit-elle. On a besoin d'avoir une feuille de route bien claire, on a besoin que ces 30 jours ne deviennent pas plus que 30 jours parce qu'il a le pouvoir de le faire. Il faut qu'il entende les jeunes. J'ai vu hier qu'il a fait appel à la société civile, c'est très cool, maintenant on a besoin de voir ça vraiment en œuvre". 

Omar non plus n'entend pas baisser la garde. "C'est un nouvel espoir mais il nous manque une bonne visibilité pour notre futur en Tunisie." Un futur toujours incertain pour une jeunesse frappée par le chômage et l'absence de perspective, et qui ne permettra pas à sa classe politique de la décevoir une nouvelle fois. 

Tunisie : la jeunesse soutient toujours Kaïs Saïed mais s'inquiète qu'il "s'accapare le pouvoir" - Le reportage de Marie-Pierre Vérot
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