Tunisie : des dizaines de migrants toujours bloqués au large de Zarzis

Un bateau égyptien ayant secouru il y a dix jours dans les eaux internationales 75 migrants, dont des enfants, est toujours bloqué au large de la Tunisie. 

Des migrants africains avec un responsable du HCR à bord du navire \"Sarost 5\" amarré dans le port de Zarzis, dans le sud de la Tunisie, le 1er août 2018.
Des migrants africains avec un responsable du HCR à bord du navire "Sarost 5" amarré dans le port de Zarzis, dans le sud de la Tunisie, le 1er août 2018. (FATHI NASRI / AFP)

Le remorqueur égyptien Maridive 601, qui dessert des plateformes pétrolières entre la Tunisie et l'Italie, est arrivé le 31 mai au large de Zarzis, dans le sud de la Tunisie, après avoir récupéré les migrants à la dérive. Le Croissant-Rouge déplore le refus des autorités tunisiennes de les laisser débarquer. 

Une équipe du bureau du Croissant-Rouge dans cette ville a apporté dimanche aides et soins aux migrants, dont certains sont malades, a affirmé à l'AFP Mongi Slim, président de cette branche locale du Croissant-Rouge.

Contacté par l'AFP, le capitaine du navire s'est refusé dimanche à toute déclaration. Il avait, il y a six jours, lancé un appel aux autorités tunisiennes pour permettre à son bateau "d'entrer en urgence" dans le port de Zarzis.

"On veut aller en Europe"

Le gouvernement tunisien n'a pas donné son feu vert pour le débarquement des migrants. "Les migrants veulent être accueillis par un pays européen", s'est contenté de dire, sous couvert de l'anonymat, un responsable au ministère de l'Intérieur.

Selon la presse tunisienne, qui cite le président de l'Observatoire tunisien des droits de l'homme (OTHD), Mustapha Abdelkebir, "il a été convenu de procéder à partir de la semaine prochaine au retour de ces migrants dans leurs pays d’origine dès le parachèvement de leurs documents de voyage, en coopération avec les représentations diplomatiques concernées".

Dans la vidéo (en anglais), mise en ligne jeudi 6 juin sur Facebook par le Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES), on voit les migrants affirmer : "on ne veut pas de la nourriture, on ne veut pas rester là, on veut aller en Europe".

"Urgence humanitaire"

L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) avait indiqué début juin que les migrants, qui venaient de Libye, avaient "besoin d'urgence d'eau, de nourriture, de vêtements, de couvertures et surtout d'assistance médicale".

Il s'agit, selon l'OIM, de 64 Bangladais, 9 Egyptiens, un Marocain et un Soudanais, dont au moins 32 enfants et mineurs non accompagnés.

L'agence de l'ONU a indiqué être prête à aider la Tunisie pour accueillir ces candidats à l'exil, partis de Libye dans l'espoir d'atteindre l'Europe.

Traversées meurtrières

Cet incident intervient en Méditerranée où les navires de l'opération anti-passeurs de l'UE Sophia ont cessé d'intervenir tandis que les navires humanitaires font face à des blocages judiciaires et administratifs. "Les décès enregistrés sur les trois principales routes de la mer Méditerranée pendant près de cinq mois en 2019 s’élèvent à 519 personnes, soit un quart de moins que les 662 décès confirmés au cours de la même période en 2018", note l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). 

En août dernier, un autre bateau commercial était resté bloqué plus de deux semaines en mer avec les 40 immigrés clandestins qu'il avait secourus. Les autorités tunisiennes avaient alors souligné qu'elles acceptaient ces migrants exceptionnellement et pour raisons "humanitaires".