Que deviennent les Printemps arabes ?

Le monde arabe est secoué par des bouleversements majeurs de société en Tunisie, en Egypte et en Libye. Ailleurs, les révoltes populaires se traduisent par des transitions démocratiques difficiles au Bahrein ou au Yémen. Ou dégénèrent en guerre civile en Syrie.

     
      (AFP PHOTO/MARWAN NAAMANI)

Tunisie : le long chemin d’une démocratie moderne
Le 14 janvier 2011, Zine El Abidine Ben Ali, au pouvoir depuis 1987, est chassé de Tunisie par une révolte populaire. Depuis octobre 2011, les islamistes modérés du parti Ennahda sont majoritaires à l'Assemblée. Les dirigeants peinent à contrer l'influence grandissante des islamistes radicaux dans un contexte économique difficile et une politique aux contours flous.

L'augmentation du nombre de chômeurs et de marginaux, où ils recrutent de nouveaux membres, la difficulté du gouvernement à s'imposer dans les zones déshéritées et à identifier un modèle de société pour le pays leur profitent. Une exposition jugée blasphématoire dans une banlieue aisée de Tunis met le feu aux poudres, les 11 et 12 juin 2012 : des salafistes, estimés à 10.000 dans le pays, attaquent lieux publics et locaux politiques et syndicaux.

 

Tunis, le 16 Juin 2012, manifestation d\'islamistes contre Béji Caïd Essebsi. L\'ancien Premier ministre tunisien a lancé Nida Tunisia (L\'Appel de la Tunisie), un parti laïc destiné à servir de contrepoids aux islamistes modérés d\'Ennahda.
Tunis, le 16 Juin 2012, manifestation d'islamistes contre Béji Caïd Essebsi. L'ancien Premier ministre tunisien a lancé Nida Tunisia (L'Appel de la Tunisie), un parti laïc destiné à servir de contrepoids aux islamistes modérés d'Ennahda. (FETHI BELAID / AFP)

 

Egypte : de coups de sang en coup d’Etat
La transition depuis le départ d’Hosni Moubarak, le 11  février 2011 sous la pression de la rue, est des plus tendues en Egypte où les manifestants ne désarment pas. Dernier épisode en date, la présidentielle des 16 et 17 juin 2012. Mohamed Morsi des Frères musulmans et Ahmed Chafik, figure de l'ancien régime, assurent tous deux avoir gagné.

Histoire de garder la main, les généraux, qui assurent la transition depuis un an et demi, ont provoqué la dissolution de l'Assemblée dominée par la confrérie islamiste. Révolutionnaires, libéraux et islamistes dénoncent un «coup d'Etat constitutionnel».

 

Des supporters égyptiens du candidat des Frères musulmans, Mohammed Mursi, le 18 juin 2012, place Tahrir, au Caire.
Des supporters égyptiens du candidat des Frères musulmans, Mohammed Mursi, le 18 juin 2012, place Tahrir, au Caire. (AFP PHOTO / PATRICK BAZ)

 

Libye : le réveil des antagonismes nationaux
Après 42 ans de règne, Mouammar Kadhafi est renversé en août 2011 par une insurrection populaire, appuyée depuis mars par une opération militaire internationale. Il est tué après son arrestation, le 20 octobre 2011.

Le Conseil national de transition, un exécutif provisoire reconnu par la communauté internationale (représentants non-élus d'adversaires du régime, de chefs tribaux et de membres de la société civile), estime que le conflit a fait 30.000 morts. Des voix s’élèvent pour protester contre son incapacité à asseoir son autorité et à s'opposer aux milices formées par d’anciens combattants rebelles, qui génèrent l'insécurité dans le pays.

Les conflits intertribaux, toujours d'actualité à l’ouest de la Libye, risquent également de perturber, le 7 juillet 2012, le bon déroulement du premier scrutin démocratique devant permettre l'élection d'une assemblée constituante.

 

Le 12 Juin 2012, des combats ont fait rage entre Toubous et forces gouvernementales libyennes dans la région de Koufra. Des conflits tribaux agitent le vaste territoire désertique, situé aux confluences des frontières de l\'Egypte, du Tchad et du Soudan.
Le 12 Juin 2012, des combats ont fait rage entre Toubous et forces gouvernementales libyennes dans la région de Koufra. Des conflits tribaux agitent le vaste territoire désertique, situé aux confluences des frontières de l'Egypte, du Tchad et du Soudan. (AFP PHOTO / STR)

 

La Syrie, du chaos à la guerre civile
Depuis mars 2011, la révolte contre le régime de Bachar al-Assad tourne au conflit généralisé avec un risque de débordement en dehors de ses frontières. Le pouvoir ne lâche rien : la répression et les combats entre armée et rebelles auraient fait quelque 15.000 morts depuis le début du soulèvement, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme. Les 300 observateurs de l'ONU, sur le terrain depuis avril pour surveiller l’application du plan de sortie de crise de Kofi Annan, ont jeté l’éponge car la trêve proposée dans l’accord n’est pas respectée.

La communauté internationale assiste impuissante aux massacres de civils et aux bombardements à Homs, Alep, Idlib, Hama et aux environs de Damas. Moscou et Pékin, alliés du régime syrien, s'opposent formellement à toute intervention armée dans le pays.

Des représentants de différents groupes de l'opposition, comme le Conseil national syrien en exil, cherchent à unifier leur vision de l'avenir de la Syrie qui s'enfonce, selon un responsable onusien, dans la guerre civile.

 

Des combattants de l\'Armée syrienne libre dans la périphérie de Idlib, au nord-ouest de la Syrie, le 18 juin 2012.
Des combattants de l'Armée syrienne libre dans la périphérie de Idlib, au nord-ouest de la Syrie, le 18 juin 2012. (AFP PHOTO/LO )

 

Après la révolte populaire, le Yémen combat al-Qaïda
Après un an de soulèvement et des centaines de morts, Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis 1978, a laissé la place à une transition en échange de son immunité. A la tête du pays pour deux ans, l’ex-vice-Premier ministre Abd Rabbo Mansour Hadi a dû faire front à une offensive d’al-Qaïda dans le sud et l'est du pays.

La nébuleuse terroriste a profité de l'affaiblissement du pouvoir central, à la faveur de l'insurrection populaire, pour renforcer son emprise dans ces régions du Yémen. Mais depuis son élection le 21 février 2012, le président Hadi, soutenu par Wahington, montre sa vonlonté à juguler le terrorisme islamiste.

 

Le chef d\'Etat major des armées yéménite en inspection, le 13 juin 2012, à Jaar et Zinjibar, capitale de la province d\'Abyane. Les combattants d\'al-Qaïda ont été chassés de leurs bastions du sud.
Le chef d'Etat major des armées yéménite en inspection, le 13 juin 2012, à Jaar et Zinjibar, capitale de la province d'Abyane. Les combattants d'al-Qaïda ont été chassés de leurs bastions du sud. (YEMENI MINISTRY OF DEFENCE/HO/AFP )

 

A Bahrein, une population chiite éprouvée
Dirigé par une dynastie sunnite, le royaume, peuplé par une majorité chiite, est secoué depuis février 2011 par les manifestations d'une population qui s'estime discriminée par le pouvoir. Au départ, la révolte a été réprimée par la force, avec l'appui de troupes saoudiennes, essentiellement sunnites. Depuis quelques mois, des heurts opposent sporadiquement les protestataires aux forces armées et la répression du régime est féroce.

 

La police anti-émeutes disperse des manifestants anti-gouvernementaux à Manama, au Bahrein, le 13 juin 2012.
La police anti-émeutes disperse des manifestants anti-gouvernementaux à Manama, au Bahrein, le 13 juin 2012. (AFP PHOTO MOHAMMED AL-SHAIKH )

 

Les Jordaniens veulent des réformes
Les manifestations ont lieu régulièrement depuis début 2011 à Amman. Les protestataires – des islamistes, des militants de gauche et des jeunes – réclament des changements économiques et politiques et des réformes constitutionnelles.

Ils demandent des mesures anti-corruption à un gouvernement qui a augmenté les prix du pétrole, de l'électricité et d'autres produits de base, pour faire face à un déficit de 3 milliards de dollars dans le budget 2012.

 

Des Jordaniens appellent à la réforme, lors d\'une manifestation à Amman, le 27 Avril 2012.
Des Jordaniens appellent à la réforme, lors d'une manifestation à Amman, le 27 Avril 2012. (AFP PHOTO/KHALIL MAZRAAWI )