Libye : 18 ans de prison pour tortures et trafic d’êtres humains pour le chef d'un réseau de migrants jugé en Ethiopie

Entre 2014 et 2018, dans le centre de détention libyen de Béni Walid, des crimes étaient commis quotidiennement contre des migrants africains.

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
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Des femmes migrantes sont transférées dans un autre centre de détention, après avoir été vendues par la milice qui dirige le camp de Surman, dans l'ouest de la Libye, le 13 juin 2016. (NARCISO CONTRERAS / HANS LUCAS)

Arrêté en 2018 en Ethiopie, l'Erythréen Tewelde Goitom vient d'être condamné à 18 ans de prison par un tribunal d'Addis Abeba pour avoir fait torturer des centaines de migrants prisonniers en Libye, exigeant de leurs familles des rançons contre leur libération. Tewelde Goitom est accusé d’avoir organisé le trafic de milliers de migrants africains depuis sa base de Béni Walid, en Libye, et surtout de les avoir rackettés et maltraités.

L'un des pires trafiquants d'êtres humains

Surnommé Walid, Tewelde Goitom était à la tête d’un réseau mafieux qui, contre la fausse promesse d’emmener les migrants vers les côtes méditerranéennes, s'en emparait, les exploitait, les revendait, ou même les tuait.

Violences, tortures, séquestrations arbitraires, abus sexuels, ventes aux enchères : depuis des années, les récits épouvantables venus de Libye émaillent régulièrement les témoignages des migrants. Walid était l'un des plus craints, l'un des plus violents, l'un des plus détestés des trafiquants entre l'Erythrée et la Libye. D'après les nombreux témoignages,Tewelde Goitom était un caïd à la sinistre réputation parmi les migrants de la Corne de l'Afrique.

"Il était au cœur d’un trafic particulièrement brutal et lucratif de migrants désespérés tentant de gagner l’Europe(...), c'était l’un des plus tristement célèbres trafiquants d’êtres humains en Afrique du Nord”

selon le quotidien britannique The Guardian

Risque d'évasion

C’est donc au terme d'un procès de plusieurs mois qu'un tribunal d'Addis Abeba l'a condamné à 18 ans de prison et 200 000 birrs d'amende, soit près de 4 000 euros. Son adjoint Sisay, arrêté dans un café l'année dernière, a écopé pour sa part de 16 ans et demi de prison et de 50 000 birrs, soit 1 000 euros, d'amende.

Une amende dérisoire, s’étonne la journaliste érythréenne Meron Estefanos dans un entretien à RFI. Elle considère qu'étant donné leur fortune, il s'agit même d'une "insulte aux victimes" et qu'il existe "un vrai risque qu'il s'évade". Elle rappelle qu'un autre trafiquant érythréen notoire, Kidane Zekarias, s'est évadé en février dernier en pleine journée du tribunal d'Addis Abeba grâce à des complices dans l'appareil judiciaire. Et que Tewelde Goitom est un homme richissime qui achète des faux papiers, des coups de main, comme des faux témoignages. Même si la situation des migrants s'est améliorée en Libye, suite aux dénonciations internationales, leurs situations restent très difficiles et d'autres chefs de réseaux mafieux courent toujours.

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