La "Mocro-Maffia", puissant groupe criminel marocain de la drogue, inquiète les Pays-Bas

Une dizaine d'hommes politiques, d’avocats et de journalistes sont déjà tombés sous les balles de la "Mocro-Maffia", terme générique néerlandais donné aux organisations mafieuses marocaines.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Les Unes des journaux néerlandais du 16 juillet 2021, au lendemain de la mort du journaliste d'investigation Peter R. de Vries. Il avait été blessé par balles le 6 juillet 2021 dans une rue d'Amsterdam, aux Pays-Bas. (RAMON VAN FLYMEN / ANP)

La police des Pays-Bas a relevé ces dernières semaines le niveau de protection autour du Premier ministre Mark Rutte, craignant qu'il ne soit la cible d’un attentat de la mafia marocaine de la drogue, connue sous le nom de "Mocro-Maffia". Les services de sécurité auraient reçu des informations détaillées sur un projet d’attentat ou d’enlèvement contre le Premier ministre. "Elles sont prises très au sérieux", ont rapporté plusieurs médias néerlandais. Ce gang, majoritairement d'origine marocaine, est extrêmement dangereux.

Journalistes et magistrats menacés

Après avoir débuté dans le trafic de haschich depuis le Maroc, la "Mocro-Maffia" est devenue un acteur incontournable du transport et de la vente de cocaïne aux Pays-Bas, puis en Belgique dans les années 2010. Ce groupe criminel, responsable d’une dizaine d’assassinats d’hommes politiques et de journalistes, a pour devise "Wie praat, die gaat" ("Celui qui parle mourra").

"Le Premier ministre a été pris en filature par des guetteurs présumés d'un gang de trafic de drogue notoire surnommé la 'Mocro-Maffia'"

De Telegraaf, quotidien néerlandais

AFP

La menace contre le Premier ministre néerlandais Mark Rutte fait suite à un engagement du gouvernement à réprimer le crime organisé après le meurtre, en juillet 2021, d'un journaliste d'investigation. Peter R. de Vries est mort le 15 juillet après avoir été pris pour cible le 6 dans une rue animée du centre d’Amsterdam. Il avait reçu cinq balles dans la tête et le thorax. Depuis, la protection des avocats, des magistrats, des journalistes, des fonctionnaires et de leurs familles a été renforcée.

Son agression et sa mort ont relancé le débat sur la place qu’occupent le crime organisé et le trafic de drogue dans la société néerlandaise, alors que le pays se retrouve aujourd’hui confronté à une puissante et dangereuse criminalité liée aux stupéfiants. Un sujet resté trop longtemps sous les radars, alors que les Pays-Bas sont une plaque tournante des drogues dures à destination de toute l’Europe, en raison notamment de la place centrale du pays et de l’importance du port de Rotterdam. 

Son chef Ridouan Taghi réclamé par le Maroc

En 2019, la "Mocro-Maffia" avait été impliquée dans l’assassinat de Derk Wiersum, un avocat d’Amsterdam spécialisé dans le crime organisé et les réseaux de trafic de drogue. Son client Nabil B., un repenti dont le frère avait été assassiné en 2018, avait livré à la police des informations-clés sur le chef de la mafia marocaine, Ridouan Taghi, en échange d’une peine réduite.

Détenu dans une prison de haute sécurité du sud des Pays-Bas, Ridouan Taghi est réclamé par la justice marocaine. Il aurait commandité plusieurs assassinats au Maroc, notamment celui de Mustapha El Fechtali, patron du café La Crème à Marrakech. Le 2 novembre 2017, Taghi y avait envoyé deux tueurs pour l’abattre. Le chef de la "Mocro-Maffia" est également soupçonné d’être lié au meurtre du fils d’un juge marocain. Contrairement à ses prédécesseurs, il possède l'organisation la mieux structurée, avec des tueurs à gages aux quatre coins du monde. 

Un procès de 17 des membres de la "Mocro-Maffia" se déroule depuis le 20 septembre 2021 dans une enceinte ultra sécurisée de la banlieue d’Amsterdam, mais pour quelques milliers d’euros, d’autres seraient déjà prêts à prendre la relève.

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