Gambie : est-on en train d'assister à un retour de la dictature ?

La violente répression d'une manifestation de l'opposition, le 26 janvier 2020, fait craindre à certains le retour d'un régime dictatorial. 

Le président gambien, Adama Barrow, à l\'ONU le 25 septembre 2018. Certains l\'accusent de visées dictatoriales....
Le président gambien, Adama Barrow, à l'ONU le 25 septembre 2018. Certains l'accusent de visées dictatoriales.... (REUTERS - EDUARDO MUNOZ / X01440)

Quatre journalistes ont été libérés sous caution en Gambie le 28 janvier 2020, deux jours après leur arrestation lors de manifestations contre le président Adama Barrow, a indiqué la police. Manifestations qui ont dégénéré en affrontements. Certains évoquent un retour de la dictature dans ce pays très pauvre.

Le 26 janvier, les autorités ont durement réprimé la manifestation qui réclamait le départ du président, près de Banjul, la capitale. Elles ont fait arrêter 137 personnes, interdit le collectif à l'origine de la manifestation et fait fermer deux radios, les accusant d'avoir servi à diffuser des messages incitant à la violence. RFI rapporte que "le directeur d'un hôpital de la ville (a annoncé) la mort de trois manifestants" dans la soirée, "une information démentie en début de nuit par le gouvernement gambien."

"Operation Three Years Jotna" 

Des défenseurs des droits de l'Homme et le syndicat des journalistes de ce petit pays d'Afrique de l'Ouest se sont émus d'agissements rappelant, selon eux, le régime de l'ex-président Yahya Jammeh. Celui-ci a dirigé un régime au moyen d'une féroce répression, de 1994 jusqu'à son départ forcé en exil en janvier 2017. La répression de la manifestation fait "tristement écho au passé brutal de la Gambie. Certes, la situation des droits humains dans le pays s’est considérablement améliorée depuis l’arrivée au pouvoir du président Adama Barrow. Toutefois, le recours à une force excessive par les forces de sécurité pour disperser" des manifestants "risque d’attiser les tensions et de ramener la Gambie aux heures sombres de la répression", écrit ainsi Amnesty International dans un communiqué.

La plupart des personnes arrêtées ont été libérées sous caution, a expliqué un porte-parole de la police à l'AFP. "Cela comprend quatre journalistes arrêtés par la police", a-t-il ajouté sans préciser si des charges étaient retenues contre eux.

Le collectif Operation Three Years Jotna ("Opération trois ans, il est temps"), qui avait appelé à la manifestation du 26 janvier, réclame que le président Barrow tienne son engagement initial de quitter son poste au bout de trois ans.

"Ambitions dictatoriales" ?

Investi par une coalition de l'opposition en 2016, Adama Barrow, à l'origine un promoteur immobilier, avait signé une charte prévoyant que le nouveau président organiserait après trois ans une nouvelle élection, à laquelle il ne pourrait pas se présenter. Mais il assure à présent que "personne ne pourra (le) forcer à quitter la présidence avant 2021", au bout de cinq ans donc, durée du mandat présidentiel selon la Constitution.

"Sa réponse aux manifestants est à la mesure de l’écart entre le candidat qu’il était et le président qu’il est devenu. La répression de la marche organisée le 26 janvier 2020 (...) montre que l’homme fort de Banjul n’est pas dans les dispositions de quitter le pouvoir avant, argue-t-il, la fin de son mandat de cinq ans", commente le site marocain financialafrik.com. Il amène ainsi "de l’eau au moulin de ceux qui l’accusent d’ambitions dictatoriales".

La croissance économique de la Gambie a certes atteint "5,4% en 2018 grâce au rétablissement de la confiance du milieu des affaires, après la crise électorale qui a entraîné la chute du dictateur Yahya Jammeh, remplacé par Adama Barrow", rappelle le site expert-comptable-international.com. Mais "plus de 60% de la population vivent dans la pauvreté et près de 30% de la population active sont au chômage (en particulier les jeunes, qui représentent 39% de cette catégorie)."