Etats-Unis : ce qu'il faut savoir sur "Juneteenth", date de la commémoration de la fin de l'esclavage, devenu jour férié au niveau fédéral

La reconnaissance de cette journée au niveau national constitue un symbole dans la lutte contre les inégalités raciales qui perdurent aux Etats-Unis. 

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Un T-shirt commémoratif exposé lors de la première célébration du "Juneteenth", au Foote Lagoon à Loveland (Colorado), le samedi 19 juin 2021. (BETHANY BAKER / THE COLORADOAN / REUTERS)

Les Afro-Américains ont célébré le 19 juin 2021 un exceptionnel Juneteenth, jour anniversaire de la fin de l'esclavage aux Etats-Unis. Cette date compte désormais parmi les 11 jours fériés nationaux, un an après la mort de George Floyd, assassiné le 25 mai 2020 à Minneapolis par un policier blanc lors de son interpellation, et un siècle après le massacre d'Afro-Américains à Tulsa en Arizona. Le 1er juin 1921, des centaines de manifestants blancs avaient pillé et brûlé un quartier noir, appelé le Black Wall Street, exemple de réussite économique. Les violences avaient fait jusqu'à 300 morts, selon les historiens. Voici quelques éléments pour comprendre la symbolique de Juneteenth

Les origines 

Contraction des mots "juin" et "19" en anglais, cette date commémore le jour où les derniers esclaves de Galveston, une île du Texas, ont appris qu'ils étaient libres. Le 19 juin 1865, l'armée de l'Union, victorieuse de la guerre de Sécession (1861-1865), annonce la nouvelle, plus de deux ans après la Proclamation d'émancipation signée par le président Abraham Lincoln le 1er janvier 1863. Juneteenth est restée comme la date marquante de l'émancipation des Afro-Américains. 

Désormais jour férié pour les employés du gouvernement fédéral jugés non-essentiels, Juneteenth l'était déjà dans la majorité des Etats américains où il était célébré, notamment le Texas. Plusieurs grandes entreprises commeTwitter, Nike ou Lyft en ont fait un jour chômé pour leurs salariés après la mort de GeorgeFloyd qui a fait redoubler les appels en ce sens.

Un jour férié national instauré en un temps record 

Aux côtés de sa vice-présidente Kamala Harris, le président américain Joe Biden a promulgué le 17 juin une loi faisant du 19 juin un jour férié national, 156 ans après son instauration. "Juneteenth symbolise à la fois la longue et difficile nuit de l'esclavage et de la soumission, et la promesse d'un jour meilleur", a-t-il déclaré. 

L'esclavage a été aboli en décembre 1865 après près de 250 ans d'existence, avec l'adoption du 13e amendement de la Constitution. En faisant de Juneteenth le 11e jour férié fédéral, "tous les Américains peuvent sentir le pouvoir de cette journée et apprendre de notre Histoire, célébrer les progrès accomplis et voir la distance parcourue", a déclaré Joe Biden qui a rappelé que l'esclavage est une "tache morale" et "le péché originel de l'Amérique".

(Mme Opal Lee a parcouru des kilomètres – au propre comme au figuré – pour attirer l'attention sur Juneteenth. Jeudi, Mme Lee s'est rendue à la Maison Blanche pour participer à la signature du projet de loi du président visant à faire de Juneteenth un jour férié fédéral. Regardez-la commenter ses expériences ici).

La cérémonie, marquée par l'émotion, est le résultat d'une succession de décisions prises avec une vitesse et un consensus rarissimes dans la vie politique américaine. Deux jours auparavant, le 15 juin, un sénateur républicain qui s'opposait à la création de ce jour férié depuis un an, pour des motifs financiers, lève ses objections. Peu après, le texte est adopté à l'unanimité. Dès le 16, la proclamation est approuvée à une majorité écrasante à la Chambre des représentants. Dans la foulée, la Maison Blanche annonce que Joe Biden le promulguera le 17 juin.

Le scepticisme règne alors aux Etats-Unis : le 19 juin tombant un samedi, ce jour chômé devrait, selon les règles, être déplacé au vendredi mais comment aller aussi vite ? La direction des ressources humaines des centaines de milliers d'employés fédéraux tranche dès le jeudi 17 juin : les employés du gouvernement fédéral jugés non-essentiels auront droit à un jour chômé le lendemain.

Pris de court le 18 comme certains Américains, Wall Street n'a pas eu le temps de s'adapter : la traditionnelle cloche a bien retenti le vendredi matin.

Plus populaire avec l'affaire George Floyd 

Son meurtre a déclenché, aux Etats-Unis et bien au-delà, un mouvement de fond contre le racisme et les brutalités policières envers les Afro-Américains. La mobilisation a contribué, entre autres, à renforcer considérablement la visibilité de Juneteenth, dont beaucoup d'Américains, y compris des Afro-Américains, ignoraient l'existence il y a encore deux ans. Un sondage publié le 15 juin 2021 par l'institut Gallup révélait que 28% des Américains ne "savaient rien" de cette journée commémorative. 

Occasion festive depuis 1866, Juneteenth l'a été encore davantage cette année. La journée a été largement célébrée de l'île texane de Galveston, considérée comme le lieu symbolique de Juneteenth, à  Washington, où plusieurs centaines de personnes ont célébré cet anniversaire en dansant sur l'avenue menant vers la Maison Blanche, rebaptisée Black Lives Matter Plaza depuis les manifestations antiracistes monstres provoquées par la mort de George Floyd.  

Quand Trump essayait de surfer sur la vague "Juneteenth" 

Pour séduire l'électorat afro-américain durant la campagne présidentielle de 2020, Donald Trump avait fait miroiter l'idée de faire de Juneteenth un jour férié au niveau national lors d'un meeting de campagne à Atlanta, en Géorgie, le 25 septembre 2020. Il ne donnera alors aucune explication sur la manière de concrétiser son projet, le Congrès étant le seul à avoir cette prérogative. 

Quelques semaines plus tôt, l'ancien président américain avait dû décaler un meeting de campagne prévu à cette date. Face à la controverse, il avait déclaré : "J'ai fait quelque chose de bien : j'ai rendu Juneteenth très célèbre." Connu pour ses fanfaronnades, le magnat de l'immobilier touchait en fait un vrai sujet. 

Des indemnisations pour les Afro-Américains 

Pour Farah Louis, conseillère municipale noire à New York, la proclamation de Juneteenth comme jour férié et l'élan donné par le mouvement post-Floyd offrent "une opportunité" à la communauté noire. "Il faut battre le fer tant qu'il est chaud", dit-elle, évoquant notamment le débat sur les "réparations", l'indemnisation des Afro-Américains pour les ravages causés par l'esclavage. Le 18 juin, les maires de 11 villes américaines, dont Los Angeles et Denver, se sont engagés à verser, à ce titre, des indemnités à des représentants de la communauté noire, engageant le gouvernement national et le Congrès à les imiter.

Depuis le décès de George Floyd, l'Amérique se penche sur son passé esclavagiste et les appels déjà anciens à indemniser les Noirs pour les torts subis à travers l'Histoire ont pris une nouvelle force. Joe Biden soutient un texte législatif visant à créer une commission d'experts chargés de faire des propositions sur l'indemnisation des descendants des quelque quatre millions d'Africains amenés de force aux Etats-Unis entre 1619 et 1865.

Etape victorieuse d'une longue bataille contre les inégalités raciales 

"C'est un peu surréaliste de célébrer (Juneteenth) alors que nous nous battons contre des attaques nationales" visant le droit de vote des minorités, a tweeté Sharif Street, sénateur local noir de Pennsylvanie. Entre janvier et mai 2021, 14 Etats américains, notamment la Géorgie et la Floride, ont voté des lois pour restreindre les possibilités de voter, des mesures interprétées comme visant à réduire l'influence du vote des minorités, en particulier la communauté noire. Un projet de loi pour garantir un large accès au vote est actuellement en discussion au Sénat, mais son sort paraît très incertain car beaucoup d'élus républicains y sont opposés.

Terrence Floyd, le frère de George Floyd qui vit à New York, a créé récemment l'organisation We Are Floyd (Nous sommes Floyd) "pour que le changement continue", a-t-il confié à l'AFP. La minorité noire, qui représente 13% de la population américaine, subit encore des discriminations en matière d'emploi, de logement ou encore de santé, malgré les avancées de la lutte pour les droits civiques dans les années 1960.

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