Covid-19 : la crainte d'un scénario à l'indienne met en alerte les Etats africains

Les tendances de l'évolution de l'épidémie en Afrique présentent des similarités avec celle du sous-continent indien. 

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
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File d'attente le 15 mars 2021 devant un centre de vaccination contre le Covid-19 à Kigali, la capitale du Rwanda.  (LATIN AMERICA NEWS AGENCY)

S'épargner le cauchemar indien. Les responsables africains en charge de la lutte contre le Covid-19 n'ont pas caché qu'ils redoutaient ce scénario lors de la réunion virtuelle des ministres de la Santé organisée le 8 mai 2021 par le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), organe technique de l'Union africaine. "Ce que nous observons en Inde pourrait en effet se produire sur notre continent", a déclaré le Dr Matshidiso Moeti, la directrice régionale de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l'Afrique. Les chiffres en moins, l'allure de la courbe de l'évolution de la pandémie en Inde, dont la population est comparable à celle du continent (plus de 1,2 milliard d'habitants), est "étonnamment similaire" à ce qui s'observe en Afrique ces derniers mois, a noté le patron de l'Africa CDC, le Camerounais John Nkengasong

D'où l'impérieuse nécessité "d'intensifier" la stratégie de lutte contre le Covid-19 pensée depuis le début de la pandémie à l'échelle panafricaine. Le directeur général de l'OMS, l’Ethiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus, l'a rappelé devant les ministres africains de la Santé. "L'Afrique est la seule région à avoir développé une stratégie continentale unifiée concernant le Covid-19". Et elle "a produit des résultats". 

Ne pas commettre les mêmes erreurs que l'Inde

Seulement, "dans de nombreux pays, l'émergence de variants qui se propagent rapidement, associée à un assouplissement prématuré des mesures de santé publique (...), et à une distribution inéquitable des vaccins, a des conséquences tragiques, comme nous le savons tous", a constaté le Dr Ghebreyesus. 

Début mai, 95% des pays membres de l'Union africaine étaient confrontés à une deuxième vague plus sévère que la première dans la majorité des pays touchés, rapporte l'Africa CDC. D'autres, 13 Etats au total dont le Cap-Vert, l'Algérie et l'Egypte, connaissent une troisième vague, elle aussi plus virulente que la précédente. La plupart des différents variants connus sont déjà présents dans les pays africains. Le dernier en date, le B.1.617 venu d'Inde et classé comme "préoccupant" par l'OMS, a été détecté en Angola, au Kenya, au Maroc et en Ouganda.

Pour le Dr Nkengasong, la "leçon numéro 1" à tirer de l'expérience indienne pour les pays africains est la suivante : "Si les mesures de santé publique sont assouplies trop tôt, par exemple les grands rassemblements religieux, la réouverture de la plupart des espaces publics" ou encore les foules dans le cadre des élections, alors "nous invitons ce même scénario dans nos pays ou sur notre continent", a-t-il prévenu  

S'appuyant sur les causes de la résurgence de l'épidémie en Inde, le Dr John Nkengasong et les responsables de l'OMS ont invité les pays africains à ne pas baisser la garde, notamment concernant l'application des mesures de santé publique. L'agence recommande de continuer à appliquer les mesures de prévention, à surveiller l'évolution de la pandémie et à se donner les moyens de traiter la maladie, en s'approvisionnant par exemple en oxygène. Ce dont manque actuellement l'Inde qui en produit pourtant. 

La sensibilisation des populations est devenue primordiale alors que la lassitude s'est installée. Dans 56% des pays où l'Africa CDC a mené des études sur l'observation du port du masque, il a été constaté "une baisse de l'adhésion" à l'une des principales mesures barrières. Ces dernières se sont pourtant montrées efficaces et constituent le seul rempart pour les Africains en l'absence d'une vaccination de masse. "Nous n'avons pas besoin d'attendre les vaccins avant de combattre cette pandémie, a déclaré le directeur général de l'Africa CDC. Nous avons des outils dans nos mains." 

En attendant les doses de vaccin 

L'épidémie dans le sous-continent indien a ralenti la livraison du sérum AstraZeneca, distribué en majorité dans le cadre de l'initiative Covax qui, d'après l'OMS, a permis jusqu'ici à 47 pays africains de démarrer leur campagne de vaccination. Le Tchad est l'un des Etats africains qui ne dispose, à ce jour, d'aucune dose de vaccin. Pour l'heure, l'Afrique en a injecté un peu plus de 20 millions, selon l'Africa CDC. Soit environ 2% du total mondial. Ainsi, jusqu'à présent,"80% de toutes les doses administrées dans le monde l'ont été dans des pays à revenu élevé ou moyen supérieur. La distribution inéquitable des vaccins n'est pas seulement un scandale moral, elle est aussi économiquement et épidémiologiquement contre-productive", a souligné le Dr Ghebreyesus lors de la rencontre des ministres africains de la Santé.

Afin de réduire sa dépendance à l'extérieur quant à son approvisionnement en sérums et plus généralement en produits médicaux et en plus de sa plateforme d'acquisition de vaccins (African Vaccine Acquisition Task Team) où les pays peuvent réserver des doses déjà garanties auprès du fabricant, l'UA a lancé mi-avril un partenariat pour la production de vaccins (Partnerships for African Vaccine Manufacturing). Le soutien récent des Etats-Unis à une levée des brevets sur les vaccins contre le Covid-19, discuté dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), est perçu comme un signal fort. La directrice générale de l'organisation, la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala, espère que des propositions concrètes pourront être faites lors de la rencontre ministérielle de décembre 2021.

Le continent africain envisage également de se doter d'une agence du médicament (Agence africaine des médicaments, AMA en anglais). L'envoyé spécial de l'UA pour la création de l'AMA, le Malien Michel Sidibé, a insisté sur le fait que les Etats africains ne devraient pas manquer cette occasion "unique" de se doter d'une structure "indispensable" qui va remédier, entre autres, à "la fragmentation" des différentes réglementations sur le continent, faciliterait les essais cliniques et la mise à disposition "de nouveaux produits répondant aux besoins" des Africains.

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