Corruption et chômage, deux raisons essentielles qui poussent la jeunesse arabe à l’émigration

Près d'un jeune sur deux envisage de partir, selon une enquête menée dans 17 pays d'Afrique du Nord et du Proche-Orient.

Un groupe de jeunes Algériens dans un quartier populaire de la capitale Alger en février 2019 au moment du déclenchement du \"Hirak\", un vaste mouvement de protestation.
Un groupe de jeunes Algériens dans un quartier populaire de la capitale Alger en février 2019 au moment du déclenchement du "Hirak", un vaste mouvement de protestation. (RYAD KRAMDI / AFP)

Une étude exhaustive publiée le 6 octobre 2020 et menée par l'agence internationale Asdaa BCW basée à Dubaï s'intéresse aux aspirations de la jeunesse arabe, qui compte 200 millions d’individus. Elle révèle notamment que les jeunes sont très nombreux à envisager sérieusement un départ, provisoire ou définitif. En cause, notamment, les conditions économiques mais aussi la corruption. Les réponses varient évidemment en fonction du contexte et les résultats sont aux antipodes suivant que l'on soit en Libye ou dans un pays du Golfe.

Les Libyens en tête pour le départ

Emigration, gouvernance, identité ou bien encore égalité des genres… Plusieurs thèmes ont été abordés dans l'enquête Arab Youth Survey (lien en anglais) menée auprès de 4 000 jeunes âgés de 18 à 24 ans. Des hommes et des femmes de 17 pays du Proche-Orient et d'Afrique du Nord se sont prêtés au jeu des questions-réponses.

On y apprend, par exemple, que 42% des personnes interrogées envisagent de quitter leur pays. Le pourcentage dépasse les 60% en Libye, alors qu’il est de 3% seulement aux Emirats arabes unis. Ce sont essentiellement les conditions économiques et la corruption qui les poussent à vouloir partir. L'insécurité ou le manque de liberté arrivent loin derrière.

Gouvernance et corruption

L'enquête d'opinion met en évidence le ras-le-bol de la jeunesse arabe concernant la mauvaise gouvernance. Près de huit jeunes sur dix se sont plaints d’une corruption endémique dans leur pays et leur gouvernement. Ce problème figure en tête de leurs préoccupations avant l'emploi et le terrorisme. La Tunisie et l'Algérie se retrouvent parmi les six pays arabes les plus concernés par ce problème. Les jeunes ne semblent pas s'accommoder du fait accompli et se prononcent explicitement en faveur d'un changement, indispensable selon eux au développement de leur pays et du monde arabe.

Protestations pour le changement

Les manifestations qui ont lieu depuis 2019 dans plusieurs pays arabes sont d'ailleurs directement liées à la corruption, la mauvaise gouvernance et au manque d’emplois. 

Les jeunes interrogés au Liban, en Algérie ou au Soudan soutiennent sans réserve ces manifestations anti-gouvernementales qui visent à obtenir un changement et une meilleure gouvernance.

Par ailleurs, de nombreux jeunes n'écartent pas la possibilité du déclenchement d’un mouvement de colère dans l'année à venir en raison de la corruption. En Tunisie, 56% d'entre eux pensent que cette option est possible. Ce taux ne dépasse pas les 40% en Egypte où les manifestations sont durement réprimées.

Identité, religion et genre

Les auteurs de l’enquête sur la jeunesse arabe se sont penchés sur la question de l'identité. Et pour une grande majorité des personnes interrogées en Afrique du Nord, la religion est l'élément le plus important de leur identité personnelle. En Algérie, au Soudan et en Egypte, pour sept jeunes sur dix, la religion a un rôle fondamental pour déterminer leur identité et passe avant la famille ou la patrie. Ces révélations sont bien différentes de celles d'une étude publiée en 2019 par l'organisme indépendant Arab Barometer soulignant "une nette augmentation" au Maghreb de jeunes se décrivant comme "non religieux"

L’enquête Asdaa BCW révèle par ailleurs que la religion prend moins de place lorsqu'il s'agit du Liban ou des Emirats. Dans tous les cas, une grande majorité des jeunes se dit favorable à des réformes au sein des institutions religieuses.

Enfin, le plus surprenant de cette étude réside dans la réponse des filles concernant l'égalité des genres. Plus de six filles arabes sur dix affirment avoir les mêmes droits que les garçons en matière d'éducation ou d'emploi.