La jeunesse du Maghreb pas aussi religieuse qu’on le croit

Une étude publiée par la BBC met en lumière le changement de mentalités au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Sans surprise, la nouvelle génération est plus progressiste. Avec toutefois quelques paradoxes.

Un couple à Sidi Bou Saïd, en Tunisie
Un couple à Sidi Bou Saïd, en Tunisie (NATALIA SELIVERSTOVA / SPUTNIK)

Dans le cadre d’une enquête d’opinion menée par l’organisme indépendant Arab Barometer, plus de 25 000 personnes ont été interviewées dans une dizaine de pays arabes sur plusieurs sujets concernant notamment la place de la femme, l’homosexualité ou bien encore la religion. On apprend ainsi que les jeunes ne sont pas aussi conservateurs que leurs aînés. Mais certains schémas à l’ancienne restent bien ancrés.

Tunisie : plus de 30% de "non religieux"

L’étude souligne une "nette augmentation" de personnes se décrivant comme "non religieuses". La proportion passe de 8% en 2013 à 13% en 2019. Un taux qui monte à 18% chez les moins de 30 ans. Le changement le plus frappant se trouve au Maghreb et surtout en Tunisie, où plus d'une personne sur trois se dit "non religieuse". L’Egypte double son score et dépasse désormais les 10%.

Davantage de pouvoir pour les femmes?

Sur la question de l’égalité hommes-femmes, la plupart des personnes interrogées se disent favorables à l’arrivée d’une femme au pouvoir. D’accord pour une femme présidente ou Premier ministre, avec parfois quelques réticences, comme en Algérie. En revanche, la gestion du foyer est une autre paire de manches. Home it’s Homme. Le pouvoir décisionnaire revient au "sexe fort", comme on disait avant. Beaucoup de femmes pensent que les maris devraient toujours avoir le dernier mot concernant les décisions familiales.

L’homosexualité reste taboue

Dans les pays arabes, l’image du couple n’évolue pas. A l’affiche, c’est toujours : un homme et une femme. Ne parlez pas d’homosexualité, ça reste un sujet interdit, du moins en public. Selon l’étude, l’Algérie est relativement la plus tolérante, 26% des personnes interrogées disant accepter l’homosexualité. Un taux qui chute à 6% au Liban alors que l'on y trouve des bars et des lieux de rencontres pour personnes du même sexe.

"L’honneur" des femmes

Au-delà de l’homosexualité, c’est la sexualité elle-même qui ne passe pas vraiment. Dans la plupart des pays arabes, jeunes et moins jeunes ont toujours du mal à aborder la question. Pire, beaucoup pensent encore que le "crime d’honneur", destiné à "laver la honte" de la relation sexuelle d’une femme hors mariage, est acceptable. En Algérie et au Maroc, plus d’une personne sur quatre admet ce crime.

L’émigration fait rêver

Selon l’étude, au moins une personne sur cinq envisage de quitter son pays et c’est principalement pour des raisons économiques. Les candidats au départ se trouvent principalement au Soudan, où plus de la moitié des personnes interrogées se prononcent en faveur de l’émigration. Les jeunes rêvent d’Europe et d’Amérique malgré toutes les restrictions .