Plus de trois millions d'enfants "en danger" dans l'est de la République démocratique du Congo

L’Organisation des Nations unies dénonce l'indifférence de la communauté internationale face à l'une des pires situations humanitaires dans le monde.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Des enfants jouent dans l'église de Drodro, dans la province de l'Ituri, qui se trouve à côté d'un camp de déplacés. L'église est devenue un logement temporaire pour des milliers de Congolais cherchant refuge contre la violence dans et autour de leurs villages. (© UNICEF/UN0377411/LEMOYNE / © UNICEF/UN0377411/LEMOYNE)

Dans un rapport (lien en anglais) publié le 19 février 2021, le Fonds des Nations unies pour l'Enfance (Unicef) dénonce le silence et l'inaction de la communauté internationale face à la situation des déplacés en République démocratique du Congo (RDC), notamment dans l'est du pays où des dizaines de groupes armés sèment la terreur. Les enfants en sont les premières victimes. Une "génération en danger", comme le souligne l’organisation de l’ONU qui a recueilli plusieurs témoignages. Les prénoms des enfants ont été modifiés.

Sami, seul survivant de sa famille

Sami, 14 ans, a fui seul son village dans la province de l’Ituri, à l’est de la RDC, en août 2020, après le passage de ce que l’on appelle communément "les hommes armés". L’attaque perpétrée dans la nuit a décimé sa famille. Ses parents, ainsi que ses deux frères et quatre sœurs, ont été tués sous ses yeux. L’adolescent a réussi à s’enfuir malgré une grave blessure à la jambe droite. 

"Je les ai vus tuer ma famille, puis ils m’ont attaqué à coups de machette"

Sami, 14 ans, enfant déplacé dans l'est de la RDC

à l'Unicef

Dans l'Est ravagé par la violence, les agressions de ce genre n’étonnent plus personne. Très fréquemment, des villages sont attaqués, saccagés, brûlés et les enfants jamais épargnés. Sami a pu survivre en se cachant dans les champs. Il a été retrouvé par des Casques bleus qui l’ont emmené à l’hôpital, où il a été amputé de la jambe. Selon l'Unicef, une centaine d’enfants ont été tués et plusieurs autres ont été mutilés dans la région Est du Congo rien qu'au premier semestre de 2020. 

Gabriel, enfant soldat

Gabriel, 14 ans, a lui aussi vécu le pire, comme il le raconte à l’Unicef. Après la mort de ses parents et de sa petite sœur, égorgés devant lui, l’adolescent a réussi à fuir et à se réfugier chez son oncle. Un répit de courte durée avant une nouvelle attaque trois jours plus tard. Cette fois-ci, son oncle a été tué et lui a été enrôlé de force dans la milice. Il y a reçu une "formation militaire" pour apprendre à tuer. Obligé de suivre les ordres, il a refait le scénario à l’envers. Et en quelques mois, est passé de victime à agresseur. 

"Nous avons attaqué des gens et détruit leur village. Nous avons versé de l’essence et mis le feu partout. Ils ont tiré sur des gens et je l’ai fait aussi"

Gabriel, ex-enfant soldat à l'est de la RDC

à l'Unicef

Gabriel a eu "la chance" d’être capturé par des soldats de l’armée. Il a été ensuite pris en charge par l’Unicef. Comme lui, 400 enfants ont été recrutés par des groupes armés pendant le premier semestre de 2020, rien que dans la province de l'Ituri. Dans certains cas, des enfants choisissent volontairement de rejoindre un groupe armé pour chercher une protection, comme l’explique dans le rapport la coordinatrice de l’Unicef en RDC, Flore Rossi. Tous vivent dans l'insécurité et la peur. 

Anwarita, laissée pour morte dans la brousse

Il aura fallu 48 heures avant qu'Awarita ne prononce ses premiers mots après le massacre de sa famille. Laissée pour morte dans la brousse, aux côtés d’un tas de cadavres, l'adolescente a été découverte par hasard par un homme qui ramassait du bois dans la forêt, près de la ville de Boga en Ituri.

"C’était terrible, j’ai vu des corps mutilés (…), les hommes armés revenaient en tirant (…), je ne pouvais pas abandonner cet enfant"

Un habitant de la province de l'Ituri, à l'est de la RDC

à l'Unicef

Sous le choc, ce père de famille emmène la jeune fille blessée à coups de machette à l’hôpital local, avant de la recueillir chez lui sans savoir de quoi sera fait le lendemain. 

Depuis près de trente ans, plusieurs dizaines de groupes armés locaux et étrangers sont actifs dans l'Est congolais où ils commettent des massacres et des exactions au quotidien contre les populations civiles sans défense. Quatre provinces sont particulièrement concernées, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, l’Ituri et Tanganyika, où l’on compte plus de quatre millions de déplacés dont une majorité d’enfants.

Dans un message publié sur twitter, le Dr Mukwege, prix Nobel de la paix, lance un appel d'urgence pour venir en aide aux enfants "retenus dans la misère".  

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