Nord-est de la RDC : un espoir ténu de retour à la paix

Plusieurs groupes armés ont annoncé leur intention de déposer les armes dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), une région très instable.

Le président de la RDC, Félix Tshisekedi (au centre), à son arrivée à l\'aéroport de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, le 14 avril 2019.
Le président de la RDC, Félix Tshisekedi (au centre), à son arrivée à l'aéroport de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, le 14 avril 2019. (ALEXIS HUGUET / AFP)

Deux milices opérant dans la province du Nord-Kivu, l’Union des patriotes congolais pour la paix (UPCP) et le groupe Maï-Maï Charles, ont annoncé leur intention de déposer les armes, ont rapporté le site de la Deutsche Welle (DW) et des médias congolais le 4 mai 2020. Dans le même temps, le chef du groupe armé Coopérative pour le développement du Congo (Codeco), présent dans la province voisine de l’Ituri, a lui aussi fait part d'une intention identique, a annoncé l'agence Reuters le même jour. Pendant sa campagne, le président Félix Tshisekedi, au pouvoir depuis janvier 2019, avait promis de ramener la paix dans des régions meurtries par des décennies de violence. Pour l’instant, on est encore loin du compte...

Le dirigeant de l’UPCP,  "Kakule Sikuli Lafontaine", un "général autoproclamé" (dixit plusieurs sites congolais), et "Kakule Masibi Je t’aime", le chef des Maï Maï Charles, ont été présentés à la presse le 4 mai par le chef de l’exécutif provincial au Nord-Kivu. Interrogés sur leurs motivations d’abandonner la brousse, ils ont affirmé en être sortis "pour répondre à l'appel du chef de l'Etat", selon le site provincenordkivu. Ils estiment que "l’heure est venue de joindre leurs efforts à ceux de tous les Congolais épris de paix et ainsi contribuer à la construction du pays". Le premier a précisé qu’il était "prêt à sensibiliser d’autres groupes armés qui tardent encore dans la forêt, afin qu’ils suivent" son geste. 

Selon la Deutsche Welle, certains des hommes de l’UPCP et de Mai-Maï Charles "ont décidé de rejoindre la vie sociale". Tandis que d’autres pourraient être intégrés dans l’armée régulière de la RDC. Mais la population civile n'est pas forcément d’accord. Ces rebelles "sont des gens qui ont violé et tué nos mères. Ils nous ont longtemps terrorisés, nous pensons qu'ils ne sont pas dignes de servir dans l'armée", explique un habitant, cité par DW.

Secte mystique

Dans le nord de la province voisine de l’Ituri, le chef de la Codeco, Ngabu Ngawi Olivier, n’a pas précisé quand il entendait déposer les armes, rapporte Reuters. Ces dernières semaines, d’intenses combats y ont chassé des milliers d’habitants de leurs maisons. Ce qui a compliqué les mesures de lutte contre la pandémie de coronavirus et d’une épidémie d’Ebola qui a tué plus de 2 000 personnes.

"Nous sommes une secte paisible et la guerre ne nous apporte rien", a affirmé le chef milicien à Reuters. "Nous avons pris les armes pour protéger nos fidèles des attaques de l’armée et d’autres communautés." Cette décision d’arrêter les combats intervient après que l’armée a annoncé la mort du précédent chef de la milice, Justin Ngondjulu. Fondé en 1978, ce groupe a évolué vers le mysticisme. Ses membres, qui ingurgitent des potions censées les protéger contre les violences, seraient responsables de la mort de centaines de civils.

Policiers patrouillant dans les rues de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, le 28 décembre 2018 
Policiers patrouillant dans les rues de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, le 28 décembre 2018  (PATRICK MEINHARDT / AFP)
Ils agissent par petits groupes dans les territoires dominés par les Lendus, une des principales communautés de l'Ituri, des agriculteurs principalement. La Codeco cible en grande majorité une communauté voisine, les Hemas, éleveurs et commerçants. Une guerre entre milices lendu et hema avait déjà fait des dizaines de milliers de morts entre 1999 et 2003. Face aux nouvelles violences, les Hemas n'ont pas reconstitué de milices, s'en remettant à l'autorité de l’Etat, explique l’AFP. Selon l’ONU, "l'un des enjeux majeurs du conflit est (...) le contrôle des terres" par les Lendus

L’odeur de l’or et du pétrole

La région du nord de l'Ituri, aurifère et potentiellement riche en pétrole, a renoué avec les violences depuis fin 2017. Plus de 700 civils y ont été tués. Ces violences "pourraient présenter des éléments constitutifs de crimes contre l’humanité" voire de "crime de génocide", selon un rapport des Nations unies. En juillet 2019, le président congolais Félix Tshisekedi avait promis des opérations militaires pour éliminer la Codeco.

La tâche de ramener la paix dans le nord-est de la République démocratique du Congo apparaît d’autant plus compliquée que la situation ne dépend pas que de Kinshasa. Une solution dépend aussi de ses voisins… "Le Burundi, le Rwanda et l’Ouganda (…) soutiendraient tous des insurgés basés dans l’est" du Congo, observait en janvier un rapport de l’ONG International Crisis Group. Félix Tshisekedi avait alors fait part de son intention "d’inviter (ces pays) à mener des opérations militaires conjointes avec les troupes de la RDC contre (ces) insurgés". Mais "compte tenu de leur animosité croissante, ces trois pays, s’ils sont invités en RDC, pourraient intensifier leur soutien" à leurs protégés. La paix est décidément un long chemin parsemé d’embûches...