Sommet Turquie-Afrique : Ankara savoure son influence grandissante sur le continent

Une vingtaine de chefs d'Etat africains feront le voyage pour le troisième sommet du genre depuis 2008, qui se tient les 17 et 18 décembre à Istanbul.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Lors de la visite du président turc Erdogan au Togo le 18 octobre 2021, une affiche à l'éffigie des présidents Gnassingbe et Erdogan. (HALIL SAGIRKAYA / ANADOLU AGENCY)

La Turquie va en toute splendeur illustrer son influence grandissante sur le continent africain les 17 et 18 décembre à Istanbul. Une vingtaine de chefs d’Etat y sont attendus, soit autant que le nombre de bureaux que l'Agence turque pour la coopération et le développement (TIKA) compte sur le continent.

22 bureaux qui "consomment" le tiers de l’aide au développement fournie par la Turquie. "Nous avons lancé des milliers de programmes dans tous les secteurs : éducation, santé, agriculture, industrie, développement durable, aide aux mères et aux enfants, promotion des femmes… Chaque année, 5 000 experts turcs, dont un tiers en Afrique, sont engagés dans des actions de formation", explique à Jeune Afrique Seder Cam, le vice-ministre turc de la Culture qui chapeaute la TIKA.

Pourtant, l’offensive turque en Afrique est récente. Sur les 43 ambassades implantées sur le continent (pour 54 pays), 31 ont été ouvertes depuis 2002. En 2005, ce fut au tour du premier bureau de la TIKA à Addis Abeba, en Ethiopie.

Erdogan sur tous les fronts

Ces six dernières années, Recep Tayyip Erdoğan, le président turc, a visité dix pays africains, et pas pour y faire du tourisme. Désormais, la présence turque en Afrique va bien au-delà de celle de l'Empire ottoman, argument souvent utilisé pour légitimer l’action d’Ankara sur le continent.

Rencontre entre les présidents sénégalais Macky Sall et turc Recep Tayyip Erdogan, le 26 juillet 2018, lors du 10e sommet des BRICS à Johannesburg, en Afrique du Sud.  (KAYHAN OZER / ANADOLU AGENCY)

Point fort de la politique d’Erdogan, souligne le Journal de l’Afrique "Le chef d’Etat turc n’empiète jamais sur la souveraineté des Etats africains. Il réussit ainsi à profiter systématiquement du désengagement occidental." Aujourd’hui, le volume des échanges d’Ankara avec l’Afrique s’élève à 28,3 milliards de dollars et la Turquie veut doubler son commerce extérieur avec l’Afrique d’ici à 2026.

L'action lors de la pandémie

Au début de la pandémie de Covid-19 au printemps 2020, la Turquie a joué à fond le rôle du grand frère qui vole au secours des plus faibles. Des équipements de protection individuels, des respirateurs ont été envoyés aux quatre coins du continent. "Environ 3,5 millions de masques, 1 million de blouses et combinaisons médicales, 160 000 kits de dépistage et 217 respirateurs ont notamment été fournis à 45 pays", expliquait le vice-ministre Yavuz Selim Kiran dans une tribune à Jeune Afrique. En envoyant du matériel également aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, la Turquie a tenu un rôle dévolu aux grandes puissances, même si en interne la gestion de la crise sanitaire n’a pas été aussi reluisante. 

Remplacer la mouvance Gülen

Bien moins glorieuse a été l’éradication d’Afrique du mouvement Gülen, ennemi juré du président Erdogan, qu'il accuse d'être derrière le coup d'Etat manqué de 2016 en Turquie. Ce dernier était très implanté sur le continent et en 2015, il comptait une centaine d’écoles dans près de 40 pays africains, dont la vocation était de former les élites locales. Dans cet épisode, Erdogan a largement abandonné sa doctrine non interventionniste afin d’obtenir le remplacement des écoles gülenistes par celles de la fondation Maarif, pur produit du pouvoir turc. Une vingtaine de pays ont ainsi cédé à la pression d’Ankara.

Et les drones ?

"Partout où je vais en Afrique, tout le monde me parle des drones", se félicitait M. Erdogan après sa tournée en Angola, au Nigeria et au Togo cet automne, selon l’AFP. Il est vrai que le modèle TB2 de la société Bayraktar a marqué les esprits en privant le maréchal Haftar d’une victoire qui lui semblait acquise dans les sables libyens. Depuis, Maroc et Tunisie ont passé commande, Rabat ayant apparemment déjà testé l’appareil. Les livraisons vers l’Ethiopie ont été interrompues sous la pression occidentale, mais Ankara semble être devenue leader dans la fourniture d’armes à Addis Abeba.

Selon l’AFP, "vers l'Ethiopie, les exportations turques en matière de défense et d'aéronautique ont atteint 94,6 millions de dollars entre janvier et novembre, contre 235 000 dollars environ au cours de la même période l'année précédente". Nul doute qu'en marge du sommet, on parlera ventes d'armes, car la Turquie se veut désormais un acteur important du secteur.

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