Sénégal : la mort brutale de deux détenus à Dakar suscite l'indignation dans le pays

Certains Sénégalais n’hésitent pas à comparer leurs prisons "aux cales des navires négriers" dans lesquels s’entassaient les esclaves.

La prison centrale de Rebeus à Dakar abrite aujourd\'hui entre 2600 et 2800 détenus pour une capacité d\'accueil de 1600 personnes.
La prison centrale de Rebeus à Dakar abrite aujourd'hui entre 2600 et 2800 détenus pour une capacité d'accueil de 1600 personnes. (MAMADOU GOMIS / AFP)

Depuis que deux corps inertes ont été retrouvés à même le sol dans une chambre de la prison de Rebeus, la principale prison de Dakar, l’indignation est grande dans la capitale sénégalaise. Les défenseurs des droits humains appellent les autorités à mettre fin à la surpopulation carcérale dans les centres de détention vétustes du pays.

Un mouvement de panique parmi les prisonniers

Selon un communiqué de l’administration pénitentiaire, les deux détenus seraient morts dans la nuit du 27 au 28 août 2019 à la suite d’étincelles produites par un ventilateur dans une chambre, provoquant un mouvement de panique parmi les prisonniers. Les organisations sénégalaises des droits de l’Homme demandent l’ouverture d’une enquête indépendante et impartiale. Elles rappellent qu’elles ont sans cesse décrié la vétusté de la prison de Rebeus et son surpeuplement.

Les réactions d’indignation se sont multipliées dans la presse sénégalaise et sur le Web pour dénoncer "les conditions inhumaines et indignes" qui prévalent dans la prison centrale de Dakar.

On peut tolérer la chaleur, le manque de confort, mais pas l'entassement d'êtres humains comme si on était dans les cales des navires négriers.Site Web sénégalais Keppar.com

Selon le directeur exécutif d’Amnesty International Sénégal, Seydi Gassama, on compte aujourd’hui entre 2600 et 2800 détenus dans la prison de Rebeus, construite pour accueillir environ 1600 personnes. Pour lui, il est urgent de revoir la question des détentions provisoires.

"Il n’est pas rare de trouver des personnes en détention provisoire pendant plus de sept ans sans être jugées. Après de longues périodes de détention préventive, elles sont ensuite jugées et relaxées ou même parfois acquittées. Si les gens étaient jugés dans des délais raisonnables, on aurait certainement eu moins de personnes dans les prisons", plaide-t-il au micro de RFI.

Les détenus entrent en prison sans aucune assurance d’en sortir

Dans ses différents rapports, Amnesty International dénonce régulièrement les conditions d’incarcération particulièrement dures dans les prisons africaines. Cellules surpeuplées, manque de nourriture et d’eau potable pour les détenus…Des soins de santé et des services médicaux quasi inexistants. Dans certains lieux de détention, devenus de véritables prisons-mouroirs, les détenus y entrent sans aucune assurance d’en sortir vivant.

Dans une prison du nord du Nigéria, des prisonniers ont rapporté à Amnesty International comment ils devaient boire leur propre urine faute d’eau, et comment ils se relayaient pour s’asseoir et essayer de dormir. Les cadavres étaient sortis des cellules chaque matin, témoigne Stephen Cockburn, d'Amnesty, qui a mené une enquête en 2013.

"Personne ne demande des conditions de luxe pour les détenus, mais des conditions décentes en conformité avec le droit international. Un minimum inclut un matelas, un espace suffisant pour dormir, l’accès à l’eau potable et à l’assainissement, de la nourriture adéquate, une communication avec le monde extérieur et la protection contre la torture", explique Stephen Cockburn à Franceinfo Afrique.

La prison, estime-t-il, ne devrait pas être la seule forme de punition, mais juste une option parmi d’autres en fonction de la gravité du crime. Pour qu’on ne trouve plus des gens enfermés pendant des mois sans aucune inculpation, ou même pendant des années, sans procès.

Au Sénégal, les autorités ont annoncé depuis plusieurs années leur intention de généraliser les alternatives à la prison. L’objectif est de ne pas envoyer en prison certains délinquants condamnés à six mois d'incarcération ou moins. Des promesses dont les défenseurs des droits humains attendent toujours les effets dans les centres pénitentiaires surpeuplés.