Pourquoi le Mali appelle au secours

Malgré la présence de forces internationales et d'un dispositif militaire français, les attaques des jihadistes se multiplient dans le pays…

Le président du Mali, Ibrahim Boubacar Keita, avec des soldats maliens à Gao, grande ville du nord le 7 novembre 2019.
Le président du Mali, Ibrahim Boubacar Keita, avec des soldats maliens à Gao, grande ville du nord le 7 novembre 2019. (SOULEYMANE AG ANARA / AFP)

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta a insisté début novembre sur l'importance du soutien des forces internationales, affirmant que l'existence du pays "est en jeu". Plus de 100 soldats maliens ont été tués ces dernières semaines lors de combats ou dans des attaques menées par des groupes armés dans le nord ou le centre du Mali. Ce sont les pertes les plus lourdes enregistrées ces dernières années. Dans le même temps, 13 militaires ont perdu la vie le 25 novembre 2019 dans un accident d'hélicoptères.

Une armée nationale vulnérable

Depuis sa déroute en 2012 face aux insurrections indépendantistes, puis jihadistes, l’armée malienne ne s’est pas vraiment reconstituée. Sous-équipée et pas assez bien formée, les forces maliennes sont incapables aujourd’hui de faire face seules aux attaques jihadistes. Les violences qui avaient démarré dans le nord se sont étendues depuis au centre et aux pays voisins, comme le Burkina Faso et le Niger.

Une force internationale inappropriée

Sur le terrain, l'armée malienne est notamment épaulée par une force internationale et un dispositif militaire français (Barkhane). Mais l'opération française, qui a permis de barrer la route à la progression des jihadistes au Mali, se concentre aujourd’hui sur la coordination de la lutte anti-terroriste dans tout le Sahel. 4500 militaires sont déployés dans une zone vaste comme l'Europe. La force de paix onusienne Minusma n’a pas, quant à elle, un mandat fort qui lui permette d’agir contre les jihadistes.

Des jihadistes qui se renforcent

Pendant ce temps, les groupes jihadistes s’implantent localement du fait de leur grande résilience stratégique. Les noms changent, mais la capacité de nuisance est la même. Ansar Dine, Mujao, Aqmi, groupe Etat islamique, Katiba du Macina… Des mouvements armés qui se financent eux-mêmes grâce à de multiples trafics. L'une de leurs dernières sources de revenus est l'exploitation des mines d’or du Sahel, comme le souligne un rapport de l’ONG International Crisis Group.

Un accord de paix au point mort

Si la situation se dégrade, c’est aussi et surtout en raison du blocage de l'accord de paix. Signé en 2015 par le gouvernement malien et les mouvements rebelles du nord, l’accord d’Alger prévoit notamment d’accorder plus d’autonomie à cette région dans un Mali réunifié. Mais à ce jour, les différentes tentatives d’y installer des représentants du pouvoir central ont toutes échoué.

A titre d’exemple, Kidal, l’une des villes du nord-est, est sous le contrôle d’ex-rebelles séparatistes touareg et échappe de facto à l’autorité de l’Etat malien.

La colère et l’incompréhension

Dans ce contexte, la colère gronde dans le pays et de nombreux Maliens ne comprennent pas comment on en est arrivé là. Des voix de l’opposition font assumer cet échec à la France en l’accusant de soutenir les ex-rebelles. Des manifestations ont été organisées récemment contre la présence des forces françaises et internationales.

Paris reconnaît que la situtation sécuritaire est difficile, mais refuse de parler d'enlisement et se dit déterminé à mener le combat contre le terrorisme.